Ceci n’est pas un bras d’honneur…

  • PDF
  • Email
  • Add to favorites

euro regard> Joao Dorandao

Qu’elle était belle cette joie de Christophe Dugarry en ce 12 juin 1998 après son but qui avait libéré l’équipe de France dans son premier match de la coupe du monde face à l’Afrique du Sud! Une joie de gamin, spontanée, revancharde mais pas haineuse, moqueuse mais pas injurieuse. Celui qui aux yeux de certains journalistes et humoristes ne devait sa sélection qu’à son amitié avec Zinédine Zidane leur a donné en un coup de tête victorieux la plus cinglante des réponses.

Christophe Dugarry

Christophe Dugarry, 12 juin 1998

Et Dieu sait si la saison 1997-98 avait été difficile pour ce garçon : revenu en France après des échecs au Milan AC et au Barça (où Louis Van Gaal le faisait jouer milieu défensif !), sa signature à l’OM, ennemi juré des Girondins de Bordeaux, son club formateur, n’avait convaincu personne. « Du-gâchis » était régulièrement sifflé par les supporters adverses, quand ce n’étaient pas ces propres supporters qui le prenaient en grippe… Ce but face aux Sud-Africains, c’était sa revanche : une action pour faire oublier deux saisons faites de galères et de quolibets. Et une scène digne d’une pièce de Molière ou d’une comédie de Gérard Oury : Scapin se venge, le Corniaud se rebiffe, pour notre plus grand plaisir.

Les temps ont changé

Mais les temps ont changé, et nombre de joueurs de l’équipe de France expriment aujourd’hui leurs émotions et frustrations de manière moins potache. Quand Raymond Domenech, dans un trop rare éclair de lucidité, recadre Anelka pour son positionnement défaillant dans le match qui opposait la France au Mexique en 2010, ce dernier lui conseille vertement de garder le silence en assortissant son injonction de considérations sans ambigüité pour la catégorie socio-professionnelle de la mère du sélectionneur…

©Nicolas Anelka FB

©Nicolas Anelka FB

Certes, me direz-vous, mais Anelka n’était-il pas la grosse tête de nœud de l’histoire du football français ? Un tel comportement n’est-il pas isolé et propre à la petite frappe de Trappes ? Il semble au contraire que les événements d’Afrique du Sud (injures d’Anelka, propos comminatoires d’Evra destinés à démasquer le « traître » (!) ayant fait fuiter l’information dans la presse, refus de s’entraîner à Knysna …) aient été particulièrement révélateurs de l’esprit de l’époque. 

Nasri, autre garçon délicat, insulte collectivement la presse française pendant le matche de l’Euro 2012 face à l’Angleterre, injurie un journaliste à l’issue de la compétition et, alors qu’il serait impliqué dans la scabreuse affaire de la « sextape » de son grand copain Valbuena, rudoie et menace au téléphone le journaliste du Monde qui a révélé le scoop.

Jusqu’au début des années 2010, la relation Joueurs de football français – Journalistes sportifs relevait de la connivence pure ; c’était la belle alliance des rois de l’époque. Celle du premier pouvoir et des dieux du stade : autorités morales et vendeurs de rêves. Mais ces derniers en ont trop voulu : quasiment déifiés après les triomphes des années 1998 et 2000, les joueurs de l’équipe de France sont arrivés à la coupe du monde 2002 aussi arrogants que peu concentrés. Et la presse n’en dit pas un mot, alors les prémices du fiasco étaient aisément perceptibles.

Pogba nie

Après la finale de 2006, quel journaliste aura osé pointer du doigt la responsabilité de Zidane et de son coup de boule funeste dans la défaite française ? Même le Président Chirac, déjà totalement aux fraises, pardonnera publiquement au Dieu des Français. Alors, quand les journalistes d’aujourd’hui critiquent les piètres performances, hier d’un Nasri, aujourd’hui d’un Pogba, ils deviennent quasiment traitres à la Nation.

Malgré les images accablantes Pogba nie avoir adressé un bras d’honneur à la presse.

La presse aujourd’hui se permet tout : entre les politiques et les journalistes, le rapport de force s’est inversé. « On ne gagne pas une élection contre le Monde » avait affirmé Lionel Jospin. Journaliste est désormais la profession la plus détestée des Français ; même les hommes politiques honnis sont moins impopulaires.

C’est sans doute ce ressentiment qui explique aujourd’hui les réactions sur les réseaux sociaux, favorables à Pogba et hostiles à la presse qui a révélé son geste : à l’heure où nous écrivons ces lignes, plus de 45.000 tweets contenant le hashtag #Boycottlequipe ont été envoyés. On ne touche pas aux idoles ! Les « twittos », qui ne représentent certes pas, et loin de là, la majorité des Français, expriment une défiance générale et justifiée vis-à-vis d’une presse donneuse de leçons et politiquement correcte ; mais défendre envers et contre tout un jeune joueur qui a perdu ses nerfs, tout comme il a perdu son football depuis le début de l’Euro, est la plus injustifiable et la plus futile des causes.

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

  1. Le football, en France, est devenu de plus en plus le sport des milieux les plus populaires (terme pudique pour dire marginalisés socialement et culturellement), et une carrière de pro constitue l’espoir d’avenir de beaucoup de gamins déscolarisés et décérébrés par le matraquage télévisuel.
    les “gosses” des classes moyennes ne s’inscrivent quasiment plus au foot et s’orientent vers d’autres sports.
    le comportement actuels des joueurs n’est que le reflet de cette situation et celui de l’échec des politiques d’intégration, Il est le reflet de nos banlieues et d’une politique d’immigration non maîtrisée .
    Le fossé se creuse entre les français et”leurs” footballeurs.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Code de sécurité *



Recevez chaque jour les nouveaux articles par e-mail

Votre e-mail ne sera communiqué à aucun tiers et servira uniquement à vous envoyer les titres chaque jour par e-mail