Santé en région : alerte du CESER sur la précarisation

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Dans son rapport annuel sur la conjoncture, le Conseil économique, social et environnemental régional (CESER), présidé par Xavier Beulin, lance un cri d’alerte sur l’état de santé de la santé dans la Région. Tous les indicateurs se dégradent.

hôpital clinique lit

Jusqu’ici avant dernière juste devant la Picardie, la Région Centre-Val de Loire vient de passer dernière région de France en matière de démographie médicale. Avec même de grandes disparités entre les départements : le Loir-et-Cher est notamment classé 94e département sur 96 en la matière. Et c’est la médecine de base qui est particulièrement touchée : on compte 130 généralistes pour 100.000 habitants dans la région (contre 157 en France hexagonale). Niveau dentaire, la situation n’est pas meilleure, loin de là : 45,9 chirurgiens dentistes pour 100.000 habitants (moyenne nationale 64), il faut anticiper la rage de dents !
Le Ceser note aussi une surmortalité prématurée de la population masculine : 282,2 décès prématurés pour 100.000 habitants de moins de 65 ans (271,7 en moyenne nationale). Et une surmortalité masculine par suicide, particulièrement dans les zones rurales. L’espérance de vie en région Centre-Val de Loire, qui était jusqu’à présent plus favorable que dans le reste de l’Hexagone, est désormais au même niveau que la moyenne française : 78,5 ans pour les hommes. 84,9 ans pour les femmes.

Des maisons de santé labellisées universitaires

Ce constat intervient au moment où, dans beaucoup de territoires, les élus essaient de palier ce manque de médecins – notamment généralistes – par l’ouverture des fameuses MSP (Maisons de santé pluridisciplinaires). Tout en répondant partiellement aux attentes des patients qui s’impatientent, et aux professionnels de la santé en terme de pratique de leur activité grâce notamment à des prises en charge financières des frais d’installation, sont-elles pour autant la solution miracle à la désertification médicale ? (1)
A en croire les propositions du Ceser, non. Le Conseil économique, social et environnemental régional envisage aussi d’autres solutions : augmenter le numerus clausus  de la PACES (Première année commune aux études de santé) de 9 %, c’est-à-dire de passer de 235 à 255 places, dès l’année universitaire en cours, ce qui demeure, selon lui, insuffisant. Entre autres propositions également : organiser des liens institutionnels entre les futurs groupements hospitaliers du territoire et la faculté de médecine d’Orléans-Tours ; enrichir et diversifier les terrains de stage ; labelliser universitaire au moins une maison de santé pluridisciplinaire (MSP) dans chaque département au sein de laquelle exercerait un assistant universitaire territorial.

Repenser le territoire, pour sortir du désert médical

santé medecin docteur medecine.jpg Au-delà d’une « stratégie santé » en région Centre-Val de Loire, c’est toute une politique territoriale qu’il faut repenser – et repenser vite car c’est peu dire qu’il y a urgence – pour tenter d’endiguer l’hémorragie de médecins et particulièrement de généralistes. Dans un récent entretien au journal La Croix, Yann Bourgueil (médecin en santé publique et directeur de recherche à l’Irdes (Institut de recherche et de documentation en économie de la santé) apportait un éclairage sur le phénomène qui se rapproche des propositions du Ceser : « Face aux déserts médicaux, il n’existe aucune solution miracle pouvant, à elle seule, attirer des jeunes médecins vers les territoires sous-dotés. Il est certes important d’avoir une certaine reconnaissance pécuniaire pour la médecine de premier recours. Mais l’incitation financière ne suffit pas. Pour faire venir les médecins dans ces zones, il faut aussi s’intéresser au problème de leurs conditions de travail, de leurs lieux d’exercice, des liens que pourront avoir ces généralistes avec l’hôpital, de la formation continue qu’ils pourront suivre… C’est un ensemble de mesures cohérentes qu’il faut mettre en place, en favorisant par exemple l’exercice dans des maisons de santé ».

Un « contrat social » pour les jeunes médecins ?

médecine docteur hôpital infirmier santéUne approche plus coercitive pourrait être aussi envisagée, par exemple en obligeant les jeunes médecins à s’installer quelques années dans les territoires sous dotés. Une approche qui est encore loin de faire consensus, mais elle est néanmoins de plus en plus souvent évoquée. Selon Yann Bourgueil,  « c’est une idée d’une sorte de « contrat social » devant être instauré entre ces médecins et la collectivité. Un contrat fondé sur la logique suivante : la société vous paye vos études de médecins et, en échange, il est normal que vous alliez exercer quelques années là où on a besoin de vous. C’est une approche qui se défend, à condition que l’on soit en mesure d’offrir un certain nombre de garanties à ces médecins sur leurs conditions d’exercice, mais aussi leur cadre de vie. Il est difficile d’obliger un jeune médecin à exercer dans un territoire où il n’y a plus de services publics, plus d’écoles par exemple. Ce qui pose aussi la question plus large de l’aménagement du territoire ».

(1)    Lire à ce sujet : l’ouverture d’une MSP à la Source, Mag’Centre du 6 janvier 2016 ; et l’article du 8 juin dernier sur la future MSP de la Sologne des Etangs.

Frédéric Sabourin.

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