Prendre le quart: la tentation de belles îles en mer

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euro regard> Pierre Allorant

pierre allorant

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Quand arrive le début de l’été, ses longues soirées et sa fête de la musique, entre le bac et le brevet, en attendant la caravane du Tour de France et les congés payés qui rythment nos vies depuis le Front populaire, il est généralement temps de faire ses valises pour prendre le quart. Cette année, avec la concordance de la phase finale de l’Euro de football, de ses matchs couperets et d’échéances électorales décisives du Royaume désuni aux Espagnes en plein doute, ce serait plutôt prendre le quart ou faire sa valise ou bien, comme on dit à Liverpool depuis les Beatles, “You say Hello, I say goodbye !”

L’Euro ou le grand large

An EU official hangs the Union Jack next to the European Union flag at the VIP entrance at the European Commission headquarters in Brussels on Tuesday, Feb. 16, 2016. British Prime Minister David Cameron is visiting EU leaders two days ahead of a crucial EU summit.  (AP Photo/Geert Vanden Wijngaert)

@Telegraph.

Au pays d’Hamlet, l’interrogation binaire ne saurait surprendre. Être ou ne pas être européen, c’est bien la question posée à un peuple insulaire bercé dans l’habitude de voir dans les autres Européens, les continentaux, “eux” et rarement “nous”.

La campagne référendaire lancée par la promesse inconsidérée de David Cameron a été rude, souvent démagogique, et pour finir dramatique avec l’assassinat, dans le pays de la Magna carta et de la naissance du parlementarisme, d’une jeune femme députée, sur fonds de déchaînement de peurs xénophobes.

 Postulant à la direction du gouvernement, l’ancien maire de Londres, drôle d’hybride, OGM blond, jeune Trump sorti de l’élite anglaise, porte également une responsabilité particulière, lui qui de ses années de journaliste à Bruxelles à son mandat dans l’une des grandes métropoles cosmopolites, semble n’avoir retenu en guise de conviction que cynisme et outrance, les deux mamelles des succès populistes dans l’ensemble d’une Europe en perte de repères, de la mairie de Rome “5 étoiles” à la dérive autoritaire de l’Europe centrale.

Rivalité méditerranéenne et bad boys de Mittell Europa

euro fan zone

Dans les fan zones, des jeunes européens qui eux cohabitent sans problème.

Cette Europe est à l’honneur à la veille de la deuxième phase de l’Euro. Certes, comme pour la monnaie unique, le Portugal est en souffrance et n’a dû son sauvetage qu’au rapatriement des avoirs de son plus gros épargnant exilé, Ronaldo. Mais Hongrie et Croatie, les deux “bad boys” tentés, comme leurs pires supporters, par le retour à leurs mauvais penchants nationalistes, brillent par leur jeu léché et technique, là où le couple franco-allemand tarde à lâcher les chevaux. Lot de consolation : les hooligans poutiniens sont déjà rentrés à la maison, la canette basse tel un athlète dopé rattrapé par la patrouille olympique.

Quant aux sœurs méditerranéennes de la botte et de la péninsule ibérique, elles ont montré le meilleur, mais aussi des faiblesses inédites, comme si elles hésitaient entre l’affirmation bravache : “Podemos” et le renversement de la table façon “mouvement 5 étoiles”. Contre toute attente, la réponse sur le bien-fondé de leurs prétentions à la victoire finale viendra très tôt, puisque ces deux favoris et habitués des trophées s’affrontent cette fois prématurément, dès les 1/8e. Le leadership méditerranéen pourrait toutefois échapper aux deux sélections, au regard du tableau bien dégagé dont bénéficie la Croatie. Petite madeleine de 1998, une Croatie au sommet, et cette fois en finale contre la France ? Reste à convaincre Laurent Blanc de digérer le carton rouge imminent dont le menacent les quataris, et Thuram de revenir, uniquement le temps d’un second et dernier doublé.

Les primaires pour tous, belle alliance ou grande illusion ?

Pendant ce temps, comment va la France ? Face à l’hémorragie des effectifs militants des partis traditionnels, aussi précieux et rares que les professionnels de santé dans bien des territoires frappés par la désertification médicale, mais aussi en tirant les leçons du risque de fraude de “l’entre soi”, le PS puis LR se sont résolus à en passer par des primaires, pourtant étrangères à l’esprit des institutions gaulliennes.

Mais l’apparence de démocratie directe du procédé constitue-t-elle la panacée ? La prolifération des pré-candidatures à droite, l’apparition de candidatures extérieures, de Guaino à Alliot-Marie, enfin l’échec à gauche de la tentative de primaires englobantes en soulignent les limites. Comme Filoche à gauche, ces candidatures de témoignage (les Islande et Irlande du Nord de la compétition présidentielle) attirent la sympathie lors des phases de poule, le tour de chauffe du grand prix de l’Elysée, mais on les oublie dès que l’on passe aux choses sérieuses des matchs à élimination directe.

Le tournoi des seize nations

Avec pour horizon le “soleil vert” irlandais dans le parc lyonnais ce dimanche, pour les Bleus, le vent se lève enfin avec ce début d’été caniculaire. Sur des pelouses bizarrement jaunies, au sortir des inondations, l’équipe de France a devant elle une sorte de tournoi des six -pardon des seize – nations, avec d’abord l’Irlande, la vraie, celle qui ne perd pas le Nord, qui ne manque ni d’air, ni de fighting Spirit ; puis, si les Islandais ne la mangent pas, entre îles flottantes, une Angleterre aussi peu sûre de son jeu que de son désir de durer en Europe, de choisir enfin l’Europe et non le grand large, juste histoire de faire mentir notre grand Charles.

 Il ne manquerait plus qu’une finale contre les étonnants voyageurs gallois, rouges comme leurs mines, rouquins tout droits sortis de Poudlard, pour parachever l’illusion d’un passage au rugby, histoire de rappeler à nos amis  “Gens de Dublin” que le football peut, lui aussi, se gagner haut la main, à la condition de faire revenir notre “Thierry la Fronde” qui fit le bonheur d’Arsenal et le malheur de toute l’Irlande. Le clin d’œil avec la brûlante actualité serait complet, car, avec l’Ecosse, seule absente britannique de cet Euro, tous les voisins de l’Angleterre voient en l’Europe leur avenir, et leur avenir en Europe sans l’Angleterre, si par malheur les jeunes électeurs diplômes et europhiles du Grand Londres ne suffisaient pas à faire pencher la balance du côté du “remain”.

Le grand Charles sans traîner

A la recherche d’une terrasse accueillante, loin des “délices de Camba”, grosses ficelles tactiques qui signent la fin de l’engagement politique sur des convictions de fonds, on pourra préférer, sans hésitation et sans traîner, le suspens et les incertitudes stratégiques du ballon rond comme une orange, ses stars en Payet, voire les sarabandes de Pogba et les entrechats de Griezmann, pourvu que leur football champagne soit riche de bulles et de buts.

Exit morosité, remain l’espoir. Boom, quand le ballon fait boom, tout Matuidi dit Boom et y’a d’la joie, bonjour, bonjour les Eurondelles, y’a d’la joie, le soir, au-dessus de la transversale de Pogba, en plein dans le mille de nos étranges lucarnes ! En route pour ce jardin extraordinaire…

P.A

 

 

 

 

 

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