Sauver la Maison sublime

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Découverte il y a quarante ans sous la cour du Palais de justice de Rouen, mal conservé, rongé par les infiltration d’eau et les dépôts salins, le plus ancien monument juif de France va renaître grâce à une souscription nationale dont le lancement a eu lieu le 14 juin dernier.

Palais de justice de Rouen - Cour d'appel - La Maison Sublime se situe sous le grand escalier ©editions point de vue - Eliot Rioland

Palais de justice de Rouen – Cour d’appel – La Maison Sublime se situe sous le grand escalier ©editions point de vue – Eliot Rioland

Il y a quarante ans, l’été 1976, un engin de chantier qui travaillait à la réfection du dallage de la cour du Palais de justice de Rouen se coinçait dans un affaissement de terrain. Immédiatement le chef de chantier arrêta les travaux et alerta le service régional de l’archéologie.

Photo du haut - Août 1976. Debut des fouilles devant l'escalier de la Cour d'appel - 1976 © Jean Vavasseur, Service regional de l'archeologie

Début des fouilles devant l’escalier de la Cour d’appel,1976 ©Jean Vavasseur

Les fouilles entreprises permirent de mettre à jour les vestiges d’un édifice rare parce qu’en pierre et dont la construction avait des similitudes avec l’abbaye romane du XIIe siècle de Saint-Georges de Boscherville non loin de Rouen. Or il s’avéra qu’il s’agissait d’un monument juif, les graffitis trouvés sur la pierre attestant de son origine, notamment les caractères hébraïques « Que cette maison soit sublime (pour l’éternité) », en référence à un verset du Livre des Rois. C’est la raison pour laquelle on l’appela Maison sublime. Les recherches permirent de dater la construction de cet édifice rectangulaire de 15 mètres sur 10 et vraisemblablement haut de trois à quatre étages à 1100, juste après la Première Croisade. On estime ainsi qu’il s’agit du plus ancien monument juif de France sinon d’Europe. Depuis sa découverte, les spécialistes discutent encore l’usage de cette construction : s’agit-il d’une résidence privée, d’une synagogue, d’une école rabbinique. C’est en tout cas pour cette dernière possibilité que penche Norman Golb de l’Université de Chicago qui a par ailleurs étudié la présence des Juifs en Normandie et le rôle majeur de Rouen comme centre religieux et culturel juif au Moyen-âge. Ils seraient arrivés dans la région avec les Romains, et Rouen serait devenu la capitale d’un des trois « royaumes juifs » de l’empire carolingien avec Narbonne et Mayence. Ce sont des juifs de Rouen que Guillaume le Conquérant emmènera avec lui à Londres en 1066 pour fonder une communauté sœur.

Un monument historique en grand danger

En 1977, Jean Lecanuet, alors maire de Rouen et garde des sceaux, obtint le classement de la Maison sublime comme monument historique et fit en sorte qu’une crypte soit construite pour la rendre accessible au public. Elle se trouve sous le grand  escalier de la Cour d’appel du Palais de justice. En 2001, le lieu fut fermé au public pour cause de plan Vigipirate. On se rendit compte de la dégradation du monument par manque de ventilation et à cause des remontées de la nappe phréatique. En 2006, un rapport parlementaire alerta les pouvoirs publics sur son état inquiétant. Le laboratoire de recherche des monuments historiques (LRHM) missionné par le ministère de la culture confirma la présence importante de dépôts salins, le taux très élevé d’humidité, la découverte de bactérie, la dégradation des pierres et la lente disparition des graffitis. Si en 2009 La DRAC autorisa une réouverture partielle au public. Il n’en demeure pas moins qu’une campagne de restauration était indispensable pour sauver ce patrimoine de l’humanité.

Présidée par l’historien Jean-Robert Ragache, l’association La Maison sublime de Rouen (LMSR) avec comme moteur son délégué Jacques-Sylvain Klein, les amis de la Maison sublime, tous ceux notables ou non que le sort de ce monument ne laissait pas indifférent tirèrent les sonnettes pour qu’un financement soit trouvé afin de mettre en chantier la sauvegarde du bâtiment. Leurs efforts payèrent puisque le 14 juin était lancée la souscription nationale pour la renaissance de la Maison sublime. Le coût des travaux estimé à 780 000 euros sera couvert par la souscription publique, une dotation de l’Etat, des financements des collectivités locales, une subvention du Crédit agricole, une demande en instance auprès de la Fondation de la Shoah. Il s’agira donc d’assainir les vestiges par drainage, de restaurer les maçonneries de stabiliser l’atmosphère, de mettre en place une scénographie adaptée au lieu. Ainsi en octobre 2017, après dix mois de travaux, la Maison sublime sera sauvée des eaux pour témoigner du passé juif de la ville de Rouen.

André Degon

– Des visites guides ont lieu tous les mardis à 15h et le dernier vendredi de chaque mois à 10h30. Elles sont limitées à 18 personnes. Réservation obligatoire sur le site de l’office de tourisme (www.rouentourisme.com) ou au 02 32 08 32 40.

– A consulter : http://www.lamaisonsublime.fr/

– Pour souscrire : https://www.fondation-patrimoine.org/fr/haute-normandie-11/tous-les-projets-550/detail-la-maison-sublime-de-rouen-33076

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