François Zaragoza: “le Royaume-Uni est-il un jour entré dans l’UE?”

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L’interview de François Zaragoza, président départemental pour le Loiret du Mouvement Européen-France. Il répond aux questions de Magcentre sur le brexit.

François Zaragoza: “Tout d’abord, je veux faire un rappel. « L’Europe » a trop souvent été un bon (en réalité, mauvais) prétexte pour des personnalités politiques, dans leur propre pays ou leur propre parti, et dont les positions européennes dissimulaient à peine des « postures » politiciennes.

Le référendum britannique en est un nouvel exemple et David Cameron voulant « sauver ses meubles » au sein du Parti Conservateur aura surtout réussi à mettre le feu à la maison Royaume-Uni. Comment ne pas condamner cette basse manœuvre politicienne, qui a indirectement couté la vie, et je veux lui rendre hommage, à Jo Cox, député travailliste, militante européenne, assassinée par un exalté nationaliste.

ZaragozaAujourd’hui, l’apprenti-sorcier Cameron se souviendra probablement de Winston Churchill pour qui « il faut faire de toute calamité, une opportunité ».

Sortie calamiteuse pour David Cameron qui a réussi à diviser son parti et laisse le Royaume-Uni dans une situation proche « de la crise de nerfs », opportunité pour la définition d’un vrai projet européen à construire rapidement…L’avenir nous le dira et je suis confiant !

Magcentre:  Les Britanniques vont sortir de l’Europe, c’est le verdict des urnes, mais avec tant de dérogations et de refus, monnaie, Schengen, n’étaient ils pas sortis depuis longtemps ?

“La question qui mériterait d’être posée ne serait-elle pas «  le Royaume-Uni est-il entré un jour dans l’Union Européenne » ? En effet, la relation entre le Royaume-Uni et l’Europe a toujours été ambigüe car découlant de deux conceptions très différentes de la construction européenne. Celle des pays fondateurs, rejoints par d’autres depuis 1957, avec le projet politique d’une « Union sans cesse plus étroite ». Celle du Royaume-Uni, c’est-à-dire une Europe, espace de libre-échange ayant vocation à s’élargir toujours davantage, et au bénéfice de lui-même naturellement. Cela a été vérifié à travers l’enthousiasme manifesté par le Royaume Uni lors des différents élargissements de l’UE et le soutien apporté, jusqu’à récemment, à l’adhésion de la Turquie.

europe zaragoza

Jean-Marie Cavada, le président national du Mouvement européen, avec François Zaragoza.

En adhérant en 1973, le Royaume-Uni est donc venu « faire son marché en Europe », se gardant bien, au fil des ans, de mettre dans « son panier » les politiques européennes qu’il estimait porteuses de plus d’intégration européenne. On peut citer évidemment, la politique monétaire avec l’Euro, la libre-circulation avec Schengen et aussi les prémices de politiques sociales, d’harmonisation fiscale et d’autres, qui aujourd’hui, sont d’ailleurs toutes des politiques inachevées.

Comment ne pas rappeler à cet égard, la responsabilité de nombreux gouvernants des Etats-membres, y compris des Etats fondateurs, dans la mesure où ils ont constamment fixé à l’UE, des objectifs ambitieux pour ces politiques tout en refusant de donner à l’Union les moyens suffisants pour les mettre en œuvre dans leur totalité.

Depuis 1973, les autres Etats-membres de l’UE et donc leurs gouvernants, ont toujours eu à l’égard du RU ce que l’on peut qualifier de « politique de l’enfant gâté » à qui on accepte chacun des caprices pourvu qu’il se calme, en espérant qu’il revienne un jour à la raison”…

– Craignez-vous une contagion du Brexit dans d’autres pays européens et pourquoi pas en France ? Les mouvements populistes ont le vent en poupe, ce résultat va-t-il encore leur donner un nouveau souffle sur la scène européenne ?

 “La réponse est dans la question et il n’y a, hélas , rien de nouveau sous le soleil. Celles et ceux dont le fond de commerce politique est le rejet de l’autre et le repli sur soi sont déjà à l’œuvre, et depuis longtemps. Ils vont redoubler d’efforts et de mensonges caricaturaux pour attiser les peurs et exploiter les souffrances des populations qui se sentent, pour de multiples raisons et bien souvent plus nationales qu’européennes, abandonnées et laissées pour compte. On constate d’ailleurs lors de chaque scrutin dans les différents pays, que ce sont dans les territoires et dans les  tranches de la population qui souffrent, que prospèrent les votes populiste, nationaliste et xénophobe. L’analyse des résultats du référendum britannique en est encore une triste illustration. Et la dernière affiche de campagne du parti europhobe britannique montrant des « hordes de réfugiés syriens »  en route vers le RU est l’exemple même de ces mensonges et mystifications d’autant plus le RU n’est pas dans l’espace Schengen qui lui seul permet la libre circulation. Il faut donc dans les prochains mois, et dans la perspective des élections présidentielles et législatives de l’an prochain, nous attendre dans notre pays à toutes les outrances.”

– Concrètement, quelles initiatives devront prendre selon vous le noyau dur européen, France-Allemagne-Italie ? Plus d’Europe mais comment, il faut aller vite… ?  Sur le terrain au quotidien, comment mieux expliquer l’idéal européen ?

europe drapeau“La très grande défiance de l’opinion publique à l’égard de l’Europe est parfaitement compréhensible. Si « l’Europe » est rejetée par une partie importante de l’opinion et lors des scrutins (comme lors des élections du Parlement européen de 2014 avec la progression du vote europhobe partout en Europe), c’est parce qu’il n’y a plus de vrai projet européen clairement exprimé. L’opinion publique a ainsi basculé progressivement de l’incompréhension vers l’euroscepticisme et maintenant l’europhobie. Au fil des décennies depuis 1957, les négociations entre les Etats ont conduit à un empilement de traités, de textes, de règles, de normes, de dispositions, chacun des gouvernements essayant de tirer de l’UE des avantages à court terme et de « sauvegarder » ses interêts immédiats (trop souvent électoraux…), laissant à l’UE le soin de mettre en musique une partition parfaitement illisible. Mario Monti, ancien premier ministre italien a dit avec raison « Les Etats venaient autrefois apporter une pierre à l’édifice européen maintenant ils viennent en retirer ».

Il est donc désormais urgent de remettre l’Europe à l’endroit, définir un véritable projet politique pour l’Union et énoncer une vision de l’avenir qui soit lisible et compréhensible, non seulement par les citoyennes et les citoyens européens mais aussi, au delà du continent européen. Ce sera la meilleure, sinon une réponse à donner aux partisans du repli vers soi dont le projet est simple : construire des murs entre nos pays en Europe pour mieux confier nos destins à d’autres ….

Pour cela, il est vrai que la France avec l’Allemagne et l’Italie ont un rôle historique à jouer comme au début des années 50, aussi avec les 3 autres pays fondateurs et probablement avec ceux des pays qui nous rejoints depuis et qui voudront eux aussi participer à la définition d’un projet non pas pour aller à nouveau vers plus d’Europe mais pour aller vers « mieux d’Europe ».

Ce projet devra aller à l’essentiel et s’attacher à fixer 5 ou 6 axes parfaitement identifiés et répondant ainsi aux préoccupations légitimes des citoyens. On peut citer : le renforcement des frontières extérieures de l’UE, la sécurité intérieure sur le territoire de l’UE ainsi que la lutte contre le terrorisme en lien avec une politique de défense européenne, la convergence économique au sein de l’UE avec la nécessaire harmonisation fiscale et le combat contre la fraude, l’approfondissement des politiques sociales et la lutte contre le dumping social, la mise en œuvre de véritables moyens pour retrouver en Europe le chemin de la croissance enfin l’élaboration d’une politique de l’immigration digne de ce nom.

Ce projet ne peut être audible avant d’être compris que s’il est porté par une volonté politique forte, alors que les vents sont contraires. C’est dire s’il va nécessiter d’un courage certain dont beaucoup ont souvent manqué !

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Le Parlement européen.

Les semaines qui viennent vont être décisives et il est grand temps que s’élèvent des voix comme celles qui ont banni la guerre du territoire de l’Union européenne. Aujourd’hui, l’heure n’est pas aux petits calculs politiciens et partisans, comme cela a été souvent le cas lors « d’initiatives européennes ». Ce qui doit prévaloir, c’est la nécessité d’apporter enfin des réponses européennes fortes, parce que collectives, aux questions qui dépassent les frontières des Etats nationaux.

C’est ce qu’il faut expliquer sans relâche à nos concitoyennes et concitoyens. La tâche n’est pas facile mais elle est exaltante. Il ne s’agit pas de livrer des formules à l’emporte-pièce et des slogans racoleurs. C’est ce à quoi nous nous attachons, pour ce qui nous concerne, au Mouvement Européen-France, nous le faisons avec conviction et enthousiasme avec cette exigence d’explication et de pédagogie qu’impose le respect des citoyennes et des citoyens afin de les éclairer sur les enjeux plutôt que de les croire dénués de raison.”

Propos recueillis par Christian Bidault

 

Commentaires

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  1. N’est-il pas trop tard et y-a- t’il une vraie volonté de la part des Etats fondateurs ?
    Les divergences de vue sur l’ Europe de demain entre la France et l’Allemagne en font douter !
    La montée des populismes va submerger la Raison et on va revivre une Europe des nations où le chacun pour soi va l’emporter sur les valeurs communes…et peut-être même sur la sauvegarde de la paix.

    Quel gâchis pour l’Histoire, pour la démocratie et surtout pour les peuples !

  2. “Projet dévoyé, ayant trahi sa vocation originelle, l’Union Européenne se voit aujourd’hui infligée une gigantesque gifle. S’il s’agit avant tout d’une victoire pour le peuple britannique, c’est aussi une victoire pour la démocratie et tous les peuples d’Europe qui ont plus que jamais soif d’identité, de souveraineté et de liberté.
    Avec 52% des suffrages exprimés en faveur d’une sortie de l’Union Européenne, la volonté des Britanniques doit maintenant être respectée et mise en œuvre. N’oublions pas que le peuple Français, lui, avait voté NON au traité constitutionnel européen en 2005 et que ses dirigeants, Nicolas Sarkozy en particulier, avec la participation effective des instances européennes, l’avaient honteusement trahi en bafouant son vote avec le traité de Lisbonne !” Nicolas Bay

    Ce n’est pas d’une Europe totalitaire et technocratique dont les peuples ont besoin mais d’une Europe des nations libres et souveraines au service des populations et non de la grande finance. Il faut rebâtir l’Europe dans ce sens , c’est la seule direction viable!

    • Que vient faire le nom de “Nicolas Bay” dans votre commentaire ?
      Puisez-vous votre “inspiration” au sein du Front National, vous le “Vert37” ?

      • Bonjour,

        Je partage la déclaration de Nicolas Bay et ne m’attribue pas son texte mis entre guillemet, les 3 dernières lignes sont de moi….et traduise ma conviction.

  3. Et si le “brexit” était le résultat, non d’une volonté populaire informée et distanciée, mais de l’intox systématique des discours réactionnaires et mensongers tenus à travers les médias ?
    L’analyse que nous, Français, pourrions faire de ce séisme devra être assimilée avant 2017. Sans condamner systématiquement l’Europe.
    A accepter de faire plier notre bulletin de vote par tous les yakas et les faukons (les vrais aussi) qui vont proliférer à notre droite-gauche d’ici un an, on peut déjà craindre une grosse gueule de bois.

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