Promenade des Anglais

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euro regard

> Par Pierre Allorant

Comme dans le roman de jeunesse de Victor Hugo, Han d’Islande, histoire d’amour contrariée, l’Europe du football découvre aujourd’hui la rage de vaincre des Vikings qui ne se cantonne plus aux rivalités de zone de pêche à la morue avec les Anglais, bataille aussi accrochée, mais moins meurtrière, que celle de la Dame de fer aux Malouines au temps de Maradona, alias « la main de Dieu ». Entre deux îles, il faut parfois choisir la moindre, nous l’allons montrer tout à l’heure : vaillance vaut mieux que force ni que rage, entendez Farage, of course.

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De si beaux lendemains

Depuis près de trois siècles, les élites anglaises ont élu la « French Riviera » – notre Côte d’Azur – comme terre promise pour venir se changer les idées et oublier un moment le smog au pays des « frogs », ces curieuses grenouilles continentales capables de prendre le soleil du Midi sans ressembler immédiatement à des écrevisses, et de se faire quotidiennement allumer par le Sun sans réussir à véritablement briller.

Mais en ce début d’été, la Promenade des Anglais prend des allures de bataille de la Somme, ce carnage des soldats de l’empire britannique en 1916, voire de rembarquement des troupes à Dunkerque en juin 1940, « l’étrange défaite » à l’Allianz Riviera de Nice étant tout sauf une promenade de santé ou une étape romantique du « Grand tour ».

Au lendemain du coup de bambou – ce boum sans « Boris boom boom », l’arroseur arrosé des promesses de vie en rose – du vote en faveur de la sortie de l’union européenne, alors que l’Angleterre, toujours plus loin du « yes we can », est plus que jamais à la Croisette des chemins, toute la presse européenne y compris britannique, enfin réconciliée, se gausse du second Brexit en 4 jours, cette sortie de route de l’Euro précipitée par la désormais véritable grande île du football : l’Islande.

Han d’Islande

Le supplice chinois est encore plus douloureux pour nos voisins anglais que l’Islande, ce pays de supporters des clubs de Première League et de futsal – à ne pas confondre avec le foot sale de Sepp Blatter et de ses bienfaiteurs russes et quataris – compte moins d’habitants que Coventry – ou que le Luxembourg de Jean-Claude Juncker – et moins de footballeurs patentés que la seule ville de Manchester.

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Il est vrai qu’avec un goal keeper aussi fantasque que Joe Hart – cet Arconada des temps modernes, qui est à la sûreté des cages ce que Nigel Farage est au goût des autres – le risque était bien grand d’affoler les parieurs, de s’éloigner des standards et de s’approcher des Poors : avec perte du triple « A » à la clé, au profit du triple « Ah, ah, ah ! » moqueur, voire de l’extinction de voix, du rossignol islandais, le commentateur télévisé qui ahane le « Han » d’Islande, cri d’amour sorti tout droit d’un casque de Viking juché en haut du mât d’un drakkar nommé désir.

Directoire européen. Le « Pacte à quatre » ad hoc ?

Qui dit Castafiore pense nécessairement capitaine Haddock et son florilège d’insultes et d’interjections poétiques. Parmi tant d’expressions fleuries, comment ne pas penser aujourd’hui, après les rencontres au sommet de Berlin et de Bruxelles – ou, en dépit de la double initiale « BB », nul plan B ne repousse – au fameux, historique et diplomatique « Pacte à quatre »?

En effet, en un troublant parallélisme des formes et des participants, qui retrouve-t-on parmi les dirigeants qui somment Albion de prendre acte au plus vite de son coup de Trafalgar, sans attendre d’entonner une Mélodie Nelson le glas ? Angela Merkel, l’Ange bleu, la Thomas Müller de la surface de réparation budgétaire, redoutable d’efficacité plus qu’amoureuse du beau geste ; Hollande, sorte de Rami-nagrobis, en retard sur l’adversaire et sous la menace d’une suspension de cinq ans ; le sémillant Renzi, séduisant comme sa sélection, et à qui il ne faut pas en Conté, et encore Donald Tusk, Polonais au prénom qui nuit à la crédibilité, chargé de réparer la délicate plomberie des institutions européennes. Bref, les représentants des principales sélections nationales encore postulantes au titre, s’activant, courtois, au hasard et sous la bruine, dans la capitale de la BD. En toute hypothèse, après l’élimination de l’ingouvernable Espagne, ce « Spain exit », pour les joueurs de la Roja, c’est déjà Tintin, ils ont butté en vain sur le lotus bleu transalpin, la défense de Buffon, ce redoutable lac aux requins.

Marseillaise

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Velodrome

A l’heure des référendums consultatifs tant décriés à chaque échelle, du départemental de la Loire-Atlantique au national du Royaume-Uni, bref des zadistes sans Voltaire aux Pangloss qui cultivent le jardin de leur île mystérieuse dans le meilleur splendide isolement possible, il vaudrait peut-être mieux s’en remettre, avant l’alléchant rendez-vous quasi final et sévillan du stade Vélodrome le 7 juillet, non à la Bonne-Mère qui fait bonne garde en surplomb du Vieux-Port et de son ferry-boat, mais à Notre-Dame des Länder : pour continuer d’exister sans exiter, pour liker les « leave » et tweeter en live, une fois le piégeux obstacle islandais franchi, au-dessus du volcan, que Deschamps hume Titi le Parisien, chante sa Cabaye au Canada, loin des châteaux en Espagne, qu’il fasse confiance au mistral et à un nouveau coup de Grizou, notre geyser à nous. Et en route vers la finale au parfum rattachiste des deux pays qui ont tant besoin d’insoutenable légèreté, après l’année terrible du « terrorisme-Thalys », ce Paris-Bruxelles sans retour : un Belgique-France le 10 juillet !

Sinon, en cas de malheur sur la Canebière, ce sera, jusqu’au prochain Mondial, certes Deux ans de vacances, mais surtout Vingt mille lieues sous les mers.

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