Jeanny Lorgeoux : “Nous avons subi une crue millénaire exceptionnelle”

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Romorantin-Lanthenay et sa région ont été parmi les zones les plus inondées de la région. Le sénateur-maire de cette agglomération très sinistrée explique comment lui et sa communauté de commune vivent l’après inondation dont les médias nationaux se désintéressent, happés qu’ils sont par une actualité galopante. Il demande la prise en compte du passé pour envisager l’avenir en matière d’occupation du territoire près des rivières.

François Hollande avec les habitants de Romorantin lors des inondations. @présidence de la République.

François Hollande à Romorantin lors des inondations. ©présidence de la République.


Magcentre :   Il y a eu l’inondation proprement dite mais il y a, aussi, l’après catastrophe  qui demande beaucoup au  maire et président de  communauté de communes que vous êtes A quoi situation devez-vous faire face maintenant ?

Jeanny Lorgeoux

Jeanny Lorgeoux

guillemets-anglais-ouvrantJeanny Lorgeoux : Ça fait 31 ans que je suis maire et je n’ai jamais vu une telle inondation à Romorantin-Lanthenay. Et d’ailleurs même si j’avais été maire depuis trois siècles, je ne l’aurais pas vu non plus. Nous avons subi une crue millénaire tout à fait exceptionnelle. La Sauldre est montée de plus de 60 centimètres qu’en 1910, crue considérée jusque-là comme la plus exceptionnelle. L’eau est montée avec une célérité jamais constatée. Toutes les normes que nous avions jugées bon de fixer ont été submergées.

Il y a eu 880 sinistrés, 540 évacués, 300 ont pu bénéficier de la générosité et de la solidarité de leurs proches  250 ont trouvé une place dans des logements réquisitionnés ou mis à  disposition mais il y n’y a plus de disponibilités.  50 familles sont encore à reloger. Des maisons sont inhabitables. Il faut encore  au minimum deux mois de travaux sinon plus. 42 PME et TPE sont sinistrées sur Romorantin-Lanthenay et 20 autres dans les villages de la communauté de communes. Sans compter les dégâts occasionnés sur la mairie et les divers bâtiments communaux que l’on peut chiffrer à 10 millions d’euros.

Continuez-vous à venir en aide aux sinistrés ?

© twitter Maurice Leroy

© twitter Maurice Leroy

Absolument et toujours dans l’urgence. Nous avons mis en place un fond d’urgence de 650 000 euros abondés comme suit : 250 000 euros de la mairie, 200 000 du département, 200 000 de la Région. Pour les logements  j’ai passé des contrats avec les différents offices d’HLM des alentours qui disposent d’appartements vides. Je leur ai demandé  de loger des familles et concomitamment je les  ai engagés à construire dans la ville des logements sociaux avec l’aide de la mairie qui leur donne gratuitement des terrains. Les familles pourront ainsi revenir à Romorantin-Lanthenay.

J’ai également fait savoir aux PME et aux TPE qu’on ne les oublie pas, qu’ils ne sont pas tout seuls. Il existe un fond pour eux de 500 000 euros abondés par l’État et la Région. Certains ont leur outil de travail entièrement détruit, un boulanger par exemple. Depuis le  31 mai il est, si l’on peut dire, au chômage technique et n’a pas rentré un centime. Sous quinzaine, chacune de ses entreprises sinistrées touchera 1500 euros  et 500 euros par emploi concerné jusqu’à concurrence de 5 000 euros.

Ne vous faut-il pas également envisager l’avenir et pendre des mesures anti inondations futures ?

Si bien entendu. Faut-il imputer cette crue du début juin au réchauffement climatique ? C’est tout à fait possible. Aussi ai-je demandé aux meilleurs hydrologues français d’étudier et de nous expliquer le phénomène qui s’est produit, un tel débordement dans un pays plat.

Il y a deux millénaires Romorantin a été construit au bord de la Sauldre sur un terrain plat et même dans le creux qui en bordure de l’eau leur permettait de développer une agriculture et une industrie. Nous sommes les héritiers de cette décision. Heureusement que nous avions étudié l’écoulement des eaux sur les 6 hectares de la friche Matra que nous avons réhabilitée en centre-ville après le départ de l’entreprise. J’ai confié une étude à l’architecte Éric Daniel-Lacombe qui a étudié le plan cadastral napoléonien faisant ressortir l’existence de chenaux d’écoulements qu’il a imposés et qui  ont pleinement joué leur rôle dans la crue que nous venons de subir. Heureusement. Toujours dans le même souci nous avions décidé que les pavillons en accession à la propriété et les HLM bâtis sur cette zone le seraient sur pilotis comme les villas de Floride. Ces bâtiments ont été épargnés, de justesse mais épargnés.

Le Président de la République avec Jeanny Lorgeoux, le sénateur-maire (PS) de Romorantin.

Le Président de la République avec Jeanny Lorgeoux, le sénateur-maire (PS) de Romorantin.

 

Il faut toujours tenir compte de l’histoire des lieux et ne pas avoir peur de remonter loin. Aussi et toujours dans le même ordre d’idées ai-je demandé à mes collègues élus s’il ne serait pas bon de revenir au curage des rivières comme cela se faisait dans le temps et que l’on a abandonné au nom du naturalisme. Je m’en suis ouvert au ministre de l’Environnement que cela concerne. Il faut une grande réflexion générale et à long terme sur les politiques des rivières. Il nous faut accompagner leur liberté et celle de la Sauldre en particulier.

Romorantin–Lanthenay et sa région  viennent de vivre une période très dure dont elles ne sont pas encore sorties.   Leur horizon est-il en train de se dégager avec par exemple de nouveaux emplois en perspective ?

Nous  allons poser la première pierre en septembre sur 11 hectares des nouveaux locaux très fonctionnels (28 000 m2) de l’entreprise Caillau. En pleine expansion, spécialisée dans la fabrication des colliers automobiles et aéronautiques, entreprise entièrement française qui valorise le savoir-faire   de notre territoire Caillau nous redonne espoir et nous aide à regarder vers l’avenir.

Propos recueillis par Françoise Cariès

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