Disparition de Michel Rocard, le père de la deuxième gauche

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Michel Rocard en 1981 cl Roland Godefroy

Michel Rocard en 1981 cl Roland Godefroy

Michel Rocard, le père de la «deuxième gauche», est décédé ce samedi 2 juillet à 18h, à l’hôpital de la Pitié-Sâlpétrière à Paris. Il avait 85 ans. De juin 1988 à mai 1991 ce social-démocrate fut le Premier ministre de François Mitterrand avec lequel il ne s’entendait pas.

Il laisse un héritage politique dont on mesure à peine l’ampleur. Il est à l’origine de la création de la social-démocratie à la française, et de la conversion d’une partie de la gauche à l’économie de marché. Fervent soutien de l’écologie, cette grande figure politique a influencé nombre de politiques, dont Lionel Jospin, Dominique Strauss-Kahn, Manuel Valls ou encore Emmanuel Macron.

Né à Courbevoie (Hauts-de-Seine) le 23 août 1930, Michel Rocard a été nommé inspecteur des finances à sa sortie de l’ENA. Militant de la décolonisation en pleine guerre d’Algérie, il rompt avec la SFIO pour fonder le Parti socialiste unifié (PSU) en 1960. Il en est secrétaire le national de 1967 à 1973. L’année suivante, il rejoint la création du Parti socialiste lors du Congrès d’Epinay, dont François Mitterrand prend alors la direction. La nouvelle formation doit incarner, pour Michel Rocard, une nouvelle gauche, moderne et tenir compte de l’économie de marché. Il est le père de la «deuxième gauche», aile droite du nouveau parti.

Ses relations avec François Mitterrand, son rival de toujours, furent complexes et souvent douloureuses . A l’arrivée de la gauche au pouvoir, Michel Rocard rejoint le gouvernement en tant que ministre du Plan puis de l’Agriculture, avant de revenir comme Premier ministre en 1988, après la réélection de Mitterrand à l’Elysée. Il reste trois ans dans « l’enfer de Matignon », régulièrement humilié par le président de la République. On lui doit la mise en place du Revenu minimum d’insertion (RMI) en 1988, la contribution sociale généralisée (CSG) et en 1990, la paix en Nouvelle-Calédonie dont il fut l’un des artisans.

S’exprimant alors sur sa politique d’immigration, il prononce une phrase qui le poursuivra pendant des années: «La France ne peut accueillir toute la misère du monde». Il expliquera plus tard que cette citation était tronquée: «La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit en prendre fidèlement sa part» fallait-il entendre.

Après Matignon il publia en 2011 un livre d’entretiens avec l’ancien Premier ministre Alain Juppé (La Politique telle qu’elle meurt de ne pas être, ed. Lattès).

Victime d’un accident vasculaire cérébral en Inde en 2007, il démissionne du Parlement européen en 2009, mettant fin à une carrière d’élu politique d’une quarantaine d’années. Mais, pour lui, la retraite ne rimait pas avec pétanque. Nommé ambassadeur du climat chargé des pôles en 2009 par Nicolas Sarkozy, il participe en 2012 à la création du Collectif Roosevelt avec son grand ami Stéphane Hessel auteur d’Indignez-vous (2011 éd. Indigène).

Poil à gratter de la gauche, il distribuait les bons et mauvais points: en avril 2016, il expliquait que «la gauche n’est pas à la hauteur de sa mission réformatrice» et il déconseillait à François Hollande de se représenter en 2017. Ses héritiers sont Manuel Valls qui patricipa à son cabinet et Emmanuel Macron. (il avait donné une interview sur les sujets d’actualité au Nouvel Obs en avril).

Plusieurs fois marié, Michel Rocard a eu plusieurs enfants. Un de ses fils Loïc, ancien élève de Polytechnique et de l’Ecole nationale de l’aviation civile, est conseiller au cabinet du Premier ministre Manuel Valls.

F.C.

Jean-Pierre Sueur très touché par cette disparition

SueurLe sénateur (PS) du Loiret était très proche de Michel Rocard. D’ailleurs la fédération du Loiret du PS tant avec Michel de la Fournière, qu’avec Jean-Pierre Sueur et Rémy Blondel, ses disciples, fut longtemps étiquetée “rocardienne”.

«Une grande figure s’est éteinte.  J’étais étudiant à Normale Sup quand avec plusieurs amis nous sommes allés le voir en 1968. Il est avec Pierre Mendes-France de ceux qui ont œuvré à la rénovation de la gauche sociale. Il fut l’un des premiers à militer pour l’indépendance de l’Algérie et parla avant tout le monde de la décentralisation aux assises de Grenoble en 1965.

C’était à la fois un réaliste et un utopiste. Il est venu de multiples fois dans le Loiret où il comptait de nombreux amis, Michel de la Fournière, Augustin Cornu… Il est venu régulièrement à Orléans au séminaire du PS en septembre.

J’ai perdu un ami ».

 

 

 

Commentaires

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  1. je permets de vous signaler une erreur dans votre article. Vous écrivez : “L’année suivante (1974) il rejoint la direction du Parti Socialiste, lors du congrès d’Epinay…”or ce congrès, auquel M Rocard n’a pas participé a eu lieu les 11-12-13 juin 1971.
    Il a adhéré au PS à l’occasion des Assises du socialisme qui se sont tenues les 12-13 octobre 1974. Cette manifestation a été organisée conjointement par le PS, le PSU et “la 3ème composante (militants CFDT, associatifs,…) pour préparer l’élargissement du PS.
    L’adhésion du PSU devait être approuvée par son Conseil national qui s’est tenu à Orléans les 5 et 6 octobre mais sa direction y fut mise en minorité et un fort contingent des adhérents du PSU a rejoint le PS à titre individuel.
    Michel Rocard a intégré la Bureau national du PS à l’occasion du congrès de Pau (31/01-02/02 1975)

  2. D’abord l’ENA, puis les longues heures de voyages, notamment internationaux, avec les grands patrons, les big peoples et la grande presse… il lui aurait fallu une sacrée force pour ne pas (nous) trahir.
    Malheureusement, comme le souligne Jospin ce jour, voilà un homme qui n’est pas passé à côté de son destin.
    Et mauvaise nouvelle : il a des descendants qui peuvent encore faire mal, Jospin, Strauss-Kahn, Macron, Valls, … , et des complices encore jeunes, Juppé, Sarkozy qui l’a chargé des… pôles (Au moins, au frais, une dernière initiale, un dernier “p”, qui ne pue pas le pourri.).

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