Cave de Mareau : le manque d’avenir m’a tué !

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Les Vignerons de la Grand’Maison tireront le rideau en 2017. Le résultat du gel mais aussi du vieillissement des coopérateurs et du manque d’investissements. 

Mareau 2

Paradoxalement la cave de Mareau aux Prés, aussi appelée les Vignerons de la Grand’ Maison, n’a jamais aussi bien fonctionné. Depuis l’annonce de sa fermeture, les clients se pressent pour acheter les dernières bouteilles. « C’est le paradoxe de Mareau constate Laurent Rabier le président de la coopérative, commercialement la cave fonctionne bien, nous n’avons pas de stock, pas de dette et des clients qui veulent acheter nos produits auréolés de deux AOC, Orléans et Orléans-Cléry décrochées il y a juste dix ans ». Mais après Baule et Olivet la cave de Mareau fermera donc ses portes en 2017. « Le gel a causé des dégâts considérables explique Laurent Rabier. Nous ne ferons pas de vendange cette année. Si nous avions travaillé nous aurions sans doute produit entre 500 et 600 hectolitres alors que la cave est dimensionnée pour 25000 hl ». Malgré une réduction d’effectif salarié déjà réalisée, il aurait fallu produire au moins 2500 hl pour équilibrer les comptes de cette année. Pas de millésime 2016 donc mais une activité poursuivie au moins jusque fin 2017 pour écouler le stock, en particulier l’année 2015 qui n’est pas encore mise en bouteille.  Mareau poursuivra également la vente de vins d’autres coopératives puisque les Vignerons de la Grand’Maison ont intégré Alliance Loire, un groupement de huit coopératives.

Vers la disparition des vins de l’Orléanais ?

Rabier

Laurent Rabier

Certes les vignerons pourraient scander « la météo m’a tué » car, en six ans, le gel a touché quatre fois la soixantaine d’hectares de vignes, trop éclatées en de multiples parcelles et avec des vignes souvent trop anciennes, sans replantation. Mais l’explication n’est pas suffisante. L’obtention des deux AOC qui permettaient aux vins de Mareau de pénétrer dans le Graal des vignobles français a sans doute caché une réalité structurelle plus inquiétante. Car le gel pourrait en grande partie être enrayé si la cave avait investi dans des équipements anti-gel. Mais là encore la cave n’en avait pas les capacités. D’abord par sa petitesse : 10 vignerons coopérateurs aujourd’hui contre 300 en 1931, date de création de la cave.

vignes Mateau« Et surtout, note Laurent Rabier, il n’y a pas eu de renouvellement, pas d’installation de jeunes : sur nos 10 vignerons 3 ont plus de 70 ans, beaucoup approchent de l’age de la retraite, sans espoir de reprise ». Mais si les communes de l’Orléanais avaient davantage joué le jeu (contrairement à de nombreux restaurants qui sont devenus ambassadeurs de ces vins) en achetant des vins pour leurs réceptions alors les coopérateurs auraient été davantage rémunérés et auraient pu investir. Un phénomène qui n’est pas propre à la cave coopérative : Laurent Rabier craint que le même phénomène touche dans la décennie prochaine les cinq vignerons indépendants encore présents sur le territoire des AOC mais aussi les producteurs de cerises. « Nous sommes des entreprises à la main d’œuvre forcément coûteuse poursuit le président de la coopérative et sensibles aux aléas climatiques, il est sans doute plus simple et plus rentable de produire des céréales qui a terme vont grignoter les territoires viticoles ». Sur la soixantaine d’hectares de la cave (contre 120 ha il y a dix ans), une vingtaine devrait être arrachée et les autres sans doute repris par d’autres vignerons.

L’association dans le doute !

Mareau 3La disparition de la cave met aussi dans l’incertitude l’Association pour l’amitié de l’Argonne et dans l’Orléanais, créée elle aussi par l’ancien instituteur Laurent Rabier qui avait initié un beau travail pédagogique avec des enfants d’écoles et les habitants de l’Argonne.L’association qui produit notamment la cuvée bio « Red’Bouches »  s’était investie à Mareau en louant 6 ha de vignes (dont 65 ares avaient été replantés  il y a six ans) et en s’associant à la coopérative qui l’accueillait. L’association déjà en difficulté et qui s’était déjà séparée de salariés pourrait ainsi se retrouver sans structure d’accueil au risque de disparaître elle aussi.

Dans tous les cas une page se tourne, celle de huit décennies de vins de l’Orléanais même si les vignerons indépendants sont bien décidés à s’accrocher à leur terroir.

Jean-Jacques Talpin

Commentaires

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  1. les vins de l’orléanais étaient des vins légers facile a boire et fruités Ce qui me surprend c’est que dans l’auxerrois dans les meilleurs secteurs on replante des blancs et des rouges et pourtant il y a eu du gel et de la grele l’appelation bourgogne est plus connu mais les vins sont ils meilleurs a voir amitiés

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