Michel Rocard : le triple temps du départ

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En ce jeudi 7 juillet, les adieux à Michel Rocard décédé le 2 juillet à 85 ans se sont  déroulés en trois temps conformément aux instructions qu’il avait laissées. Sentant sa fin arriver, l’ancien Premier ministre avait rédigé un testament comportant un déroulé très précis des hommages qu’il souhaitait. Il voulait  que soit souligné son engagement privé, son rôle public et sa vie militante et cela a été respecté à la lettre.

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Engagement privé

La matinée d’hommage  a débuté par une cérémonie protestante dans un temple du XVIIème arrondissement non loin de l’Arc de Triomphe. hommage rocardPorté par quatre hommes, le cercueil est entré dans l’édifice où s’étaient assemblés la famille, le président de la République, le Premier ministre et de nombreuses personnalités de gauche comme de droite : Jean-Marc Ayrault, Pierre Joxe, Roland Dumas, François Bayrou, Bernard Kouchner, Marisol Touraine, le président Giscard d’Estaing .

« Alors même qu’il se disait agnostique depuis longtemps, Michel Rocard a souhaité que nous soyons réunis ici, dans cette église protestante », a rappelé dans son accueil le pasteur Laurent Schlumberger, président de l’Eglise protestante unie de France. « Pour lui, il s’agissait d’abord d’exprimer une gratitude, en indiquant une source. Cette source, c’est celle du protestantisme et tout particulièrement de ses mouvements de jeunesse ». hommage rocardC’était faire allusion à l’engagement du jeune Michel Rocard chez les éclaireurs unionistes, scouts protestants pendant  l’Occupation puis au sortir de la seconde guerre mondiale. « D’eux il a reçu le goût du collectif et la découverte de la nature » a dit l’officiant avant de rappeler des paroles du défunt, « je ne crois plus à aucune transcendance et suis devenu agnostique. Mais je constate que l’humanité n’a pas su trouver en elle-même les sources d’une morale de vie. Toutes les religions ont erré, péché, comme elles disent. Celle qui m’accueillit, le protestantisme, m’est souvent apparue comme l’une des moins coupables dans l’asservissement des hommes et notamment, critère majeur, des femmes ».

« Belle et grande figure de la République »

hommage rocard

A midi, sous un soleil radieux, épuisant pour les militaires qui rendaient les honneurs en grande tenue, a commencé dans la cour d’honneur des Invalides l’hommage à l’homme politique que fut  de 1988 à 1991 ce premier ministre  de François Mitterrand. Le gouvernement y assistait quasiment au complet, les présidents des deux Assemblées mais aussi des anciens ministres et des compagnons de route en politique, majoritairement des rocardiens au premier rang desquels, le sénateur du Loiret, Jean-Pierre Sueur et Jean-Jacques Filleul, sénateur d’Indre-et-Loire. Tous les anciens Premiers ministres de François Mitterrand encore vivants, étaient présents, côte à côte, Laurent Fabius, Edith Cresson, Lionel  Jospin  et à la gauche de Nicolas Sarkozy, ancien président,  Alain Juppé avec qui Michel Rocard avait rédigé un livre d’entretiens, l’ancienne patronne du Medef, Laurence Parisot.

hommage rocardComme Michel Rocard l’avait souhaité,  devant son cercueil posé à même le sol,  son ami, Edmond Maire a pris la parole en premier. L’ancien secrétaire national de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) de 1971 à 1988 a ouvert son propos sur des souvenirs de vacances communes, en famille,  dans le Morbihan, moments heureux, fraternels. Puis il a rappelé le dialogue de Michel Rocard avec les syndicats dans la société d’après Mai 68. « Il était une personnalité de gauche qui opposait les promesses de court terme aux engagements de fond. Il s’élevait contre les hiérarchies abusives ». S’adressant directement à la foule des dirigeants assemblés, il concluait « son exemple nous concerne tous ».

Venait alors le tour du président de la République. L’occasion était trop belle d’adresser un message politique dont le sens n’a pas du échapper à Nicolas Sarkozy aux présents mais aussi au pays  à travers les media dont le travail est de le répercuter. S’inclinant devant « une grande et belle figure de la République », François Hollande a salué  « un homme politique audacieux qui a mené des réformes politiques difficiles, qui rêvait d’une France qui se parle à nouveau, qui a montré que le compromis n’est pas une faiblesse et n’a pas hésité à recourir aux procédures prévues par la Constitution ».  Des frondeurs seul Benoît Hamon assistait à la cérémonie et, pour enfoncer le clou, François Hollande ajoutait « Pour lever les blocages, à 28 reprises il a dû engager la  responsabilité de son gouvernement pour faire adopter des textes essentiels ».

Puis il a évoqué « une personnalité lumineuse qui a marqué plusieurs générations successives, un intellectuel brillant, un citoyen émerveillé du monde qui ne concevait son action qu’à l’échelle  de la planète, le théoricien de la deuxième gauche qui n’a jamais joué contre sa famille politique, même quand il a fallu qu’il s’efface devant François Mitterrand. C’était là son honneur. Michel Rocard aurait pu avoir de plus grandes responsabilités mais de ne pas les avoir atteintes ne l’a pas atteint »

Enfin, le président a conclu en rendant hommage à l’ancien député du Parlement européen dont la dernière apparition publique remonte au 12 avril dernier où dans un débat il s’opposait au Brexit. Faisant allusion au temps long qui  apparaissait au défunt comme une composante essentielle de la politique il a ajouté « les combats important mettent 30 ans, cher Michel, le combat continue ».

Hommage au militant

Sur fond de roses rouges en bouquets et devant un immense portrait  du socialiste Michel Rocard trois hommes ont successivement pris la parole peu après 14 heures dans une chaleur étouffante au siège du Parti socialiste, rue de Solférino.

Alain Bergougnioux d’abord, l’historien maison a évoqué Michel Rocard « l’homme de combat, militant avant tout, qui avait la passion de convaincre, qui n’était pas mou sur ses convictions même si parfois on lui a reproché de ne pas être assez dur ».

Cambadélis

Jean-Christophe Cambadélis

Puis Jean-Christophe Cambadélis , le premier secrétaire  s’est exprimé tandis que la sécurité distribuait des bouteilles d’eau tant la chaleur  si longtemps attendue en région parisienne était devenue suffocante. Ce fut un appel à retrouver la confiance «  dans ses idées, Michel puisait un espoir. Il était un des rares à posséder l’optimisme de l’intelligence, inquiet parfois, jamais pessimiste… Pour défendre son idéal il se cogne au réel… Je suis content de la paix, de la négociation, de la reconnaissance de l’autre et de la solution pacifique des conflits, disait-il ». Comme exhortation  à resserrer les rangs et à repartir au combat par temps  de crise on ne fait pas mieux. Mais n’est-ce pas à cela aussi que servent les morts ?

Manuel Valls, ancien jeune rocardien, lui succéda avec une voix remplie d’émotion « Je me souviens de lui dans la fonction qui est aujourd’hui la mienne. Il était passionné de sports et amateur de peinture ». Ayant rappelé les grandes réformes de celui qui fut son mentor, il a conclu «  il était un homme politique qui laisse à toute la gauche un immense héritage , et chacun peut y puiser. Il ne doit pas y avoir de querelle d’héritage (avis à Emmanuel Macron, son meilleur ennemi) . Nous sommes tous ses héritiers, il nous faut poursuivre son action ».  Puis la Marseillaise a retenti suivie de Bella ciao, émorto pour la liberta ».

La crémation devrait intervenir en fin de semaine à Paris  puis les cendres de Michel Rocard, l’amoureux des pôles, accompliront un dernier voyage « probablement en septembre » selon son fils Francis. L’urne reposera en Corse à Monticello dont est originaire Sylvie sa troisième et dernière épouse.

F.C.

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