Liège et Namur, stars de la Meuse

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À quelque deux heures de train par le Thalys depuis la capitale, Liège et Namur sur les rives de Meuse reflètent la bonne humeur inventive des Belges. Des gaufres, des bières, de bonnes blagues en français en découvrant des monuments insolites. Une ambiance toute « à votre aise », comme disent les Wallons.

La Meuse

La Meuse

Par ce beau matin de mai 2016, les 200 000 habitants de la ville de Liège sont en émoi. Baptisée autrefois la « Cité Ardente » mais aussi la « Jérusalem de la Meuse » pour sa centaine de clochers, cette ville universitaire s’est transformée en une ruche créative et trépidante d’idées…

À la pointe, le quartier de la Boverie

La foule longe les quais de la Meuse. Elle traverse la ville entre le centre historique du nord et le sud novateur vers le bâtiment de la Boverie, réhabilité par l’architecte Rudy Ricciotti. Situé dans un parc où paissaient les bœufs qui lui ont donné son nom. Inspiré du Petit Trianon et rescapé de l’expo Universelle 1905, ce musée des Beaux-Arts inaugure un nouveau concept contemporain. La première des trois expositions prévues en collaboration avec le musée du Louvre, débute par les paysages En plein Air vus par les Impressionnistes dont Corot et Boudin. Parmi les collections permanentes de la Renaissance à nos jours, les salles cachent de véritables trésors récupérés sur les Nazis, comme Les Masques et la Mort  de Max Ensor, la célèbre Famille Soler  de Picasso et le fascinant Sorcier d’Hiva-Oa de Paul Gauguin.

Vous l’avez compris… Liège se parcourt de bas en haut et de haut en bas, avec de multiples points de visite à commencer par la très moderne gare des Guillemins, sous une immense voûte de verre et d’acier conçue par le catalan Calatrava Valls. Elle est reliée au musée de la Boverie par une passerelle futuriste sur la Meuse.

Le centre ville

Pour traverser la ville, vous continuer rive gauche, par tram (2 €) ou en train vers le nord et le centre historique, ou à pied en une demi-heure de trajet direct agrémenté de haltes balisées.

Liège est situé sur l’un des chemins de pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle, comme en témoignent les coquilles en bronze incrustées dans les trottoirs. Que d’églises, de séminaires et de collégiales dans cette ville qui fut dès le Xème siècle, une principauté épiscopale sous l’égide de Notger le Souabe ! Le rôle primordial de l’église durant huit siècles est à l’origine de ses monuments les plus riches.

Rive gauche, ne manquez pas les stalles en bois de l’église Saint-Jacques ainsi que la cathédrale Saint-Paul où le reliquaire en argent de Saint-Lambert et les ongles griffus du beau Lucifer en marbre plaqué sur la chaire, retiennent toute l’attention.

Le dédale des ruelles se resserre, les magasins et les placettes se succèdent par le quartier piétonnier et le Carré jusqu’à l’Opéra royal de Wallonie et le centre culturel de la Cité-Miroir. Cafés et bars sont à toutche-touche, seuls les verres en plastique sont tolérés dans la rue ! Et les galeries d’art contemporain donnent le ton, telle la galerie Yoko-Uhoda, si vous avez la bourse pleine.

Le nord historique

Place du Marché

Place du Marché

Au nord, le méandre de la Meuse élargit la rive gauche qui s’anime autour du marché aux puces dominical de la Batte.

Depuis l’Opéra, continuer vers le nord-est et l’imposant palais des Princes-Évêques, siège du gouvernement provincial de Liège. Il suffit ensuite de traverser la place du Marché, de longer ses immeubles du XVIIIème siècle et ses brasseries tentantes autour de la fontaine du Perron, pour se perdre dans les rues étroites environnant l’Hôtel de Ville.

rue Hors-Château

rue Hors-Château

Une gaufre, un verre de péket, alcool de genièvre de Wallonie, et vous voilà requinqué pour continuer par la majestueuse rue Hors-Château, tracée hors des murailles comme son nom l’indique. A chaque numéro, les curiosités vous retiennent. Depuis le musée de la vie Wallonne, les magnifiques hôtels baroques aux facades vieux rose, l’escalier de la montagne de Bueren et ses 375 marches qui grimpent la colline vers la citadelle jusqu’aux surprenantes impasses, telle la cour Saint-Antoine, rénovée en 1970 autour d’un monument signé Poirier.

Montagne de Bueren, 375 marches

Montagne de Bueren, 375 marches

La collégiale romane Saint-Barthélémy abrite des fonts baptismaux considérés comme l’une des merveilles de la Belgique. Les arts décoratifs du musée d’Ansembourg conduisent au Grand Curtius, ensemble muséal où l’on admire, entre autres, une magnifique collection de verres anciens et des exemples religieux de l’art mosan. N’oubliez pas de ressortir par le porche de la cafeteria du musée sur les bords de Meuse, quai de Goffe, et d’observer les curieux mascarons en tuffeau peint qui ornent la façade de ce palais Renaissance.

L’outremeuse

Rive droite, le quartier d’Outremeuse ou « djus d’là Moûse », à l’architecture de brique sombre plutôt hétéroclite, évoque le Liégeois Georges Simenon qui y vécut. Si les « potales », ces niches à vierges saintes à l’angle des rues, accrochent toujours l’œil, les lecteurs de policiers s’arrêteront avec émotion devant le pont des Arches qui donna son titre au premier roman de Simenon, sous le pseudo de Sim. L’église Saint-Pholien où se pendit un ami de l’écrivain, servit de décor au premier Maigret.

Le musée Tchantchès, compagnon d’armes de Roland et héros liégeois avec sa compagne Nanesse, symbolise l’esprit frondeur de la ville. Le retour se fait alors jusqu’à la Boverie pour rejoindre la gare des Guillemins. Détail utile, ici le café liégeois n’a rien à voir avec le dessert parisien glace café à la crème Chantilly… Il s’agit du breuvage café viennois rebaptisé ainsi après la guerre de 1914-18…

Namur, la belle bourgeoise

Si les jeunes préfèrent l’animation liégeoise, les romantiques et les historiens aimeront à déambuler paisiblement dans les rues et les nombreuses places à taille humaine de Namur, 60 km plus au sud.

La capitale administrative de la Wallonie avec deux fois moins d’habitants que sa voisine, se concentre au pied de sa citadelle, perchée sur un rocher au confluent de la Sambre et de la Meuse.

Le centre ville se fait confortablement à pied, sauf, bien sûr, lors des fêtes de Wallonie où le péket coule à flots, s’il vous plaît… Là, c’est une autre histoire, sourit mon guide Jean-Marc, en me montrant la première borne des 14 stations du trajet Péket. Elle est cachée sur la place du Marché-aux-Légumes, entre la taverne du Tatin Tot, et la plus vieille église namuroise Saint Jean-Baptiste…

Et puis, il y a aussi les enseignes sous formes variées de poissons, de boules et bien d’autres. Elles désignaient les anciens métiers et les adresses bien avant que n’apparaissent les numéros de rues. « Ma grand-mère m’indiquait toujours qu’elle allait à la boule d’or et non pas en citant le nom de la rue »… ajoute notre Namurois.

Commençons donc par la cathédrale Saint-Aubin située sur une place malheureusement envahie par les parkings. Une consolation, derrière l’autel se cache une curiosité : les entrailles de don Juan d’Autriche, bâtard de Charles-Quint. Un symbole politique durement conservé !

 Cathédrale Saint-Aubain

Cathédrale Saint-Aubain

La rue du Collège se dirige droit vers le centre historique où une émotion inattendue émerveille architectes et amateurs d’art. L’église baroque Saint-Loup doit son originalité à Pierre Huyssens, jésuite-architecte au XVIIème siècle.

 St Loup

Saint-Loup

Les spécialistes se régaleront avec une plafond en pierre de sable ou tuffeau ouvragé, et des encorbellements de toute beauté en marbre noir de Belgique. Il était recherché dès la Renaissance par les cours princières de l’Europe pour la profondeur de sa couleur obscur lui conférant une allure funéraire. Baudelaire ayant subi une attaque due à sa syphilis au sortir de l’église, n’aurait-il pas traité Saint-Loup de « terrible et délicieux catafalque… » ? Les colonnes de marbre jaspé rouge-brun de Saint-Rémi sont environnées des alignements de dix confessionnaux lambrissés de toute beauté.

Ce coquin de Rops

Non loin, le musée Félicien Rops (1833-1898), enfant terrible de Namur, demande une visite approfondie pour l’œuvre et la vie méconnue de cet artiste aux talents multiples. Il « n’est pas un grand prix de Rome, mais son talent est haut comme la pyramide de Chéops », disait de lui son ami Baudelaire… Drôle d’histoire que celle de Félicien Rops en effet… À 47 ans, il laisse femme, enfants et fortune au château de Thozé pour vivre en ménage à trois avec les deux sœurs Duluc, couturières de leur état dans l’Essonne.

Osez donc Félicien Rops pour ses gravures érotiques et sataniques. Vous connaissez sans doute déjà son sulfureux tableau allégorique Pornokratès ? Une dame demi-nue aux yeux bandés guidée par un cochon illustre la domination féminine sur la luxure du monde.

Art nouveau, art déco

B Namur art déco amm - copie

Remontons vers le nord par la rue des Carmes. Croisant la rue Saint-Jacques parcourue par les pèlerins de Compostelle, ne manquez pas d’entrer au n° 28 occupé par un magasin de vêtements. Ne soyez donc pas surpris d’apercevoir vestes et chapeaux devant les anciens autels et les statues de l’église Saint-Jacques !

Le quartier sud de la gare présente de superbes alignements de façades art nouveau-art déco toutes différentes et amusantes à étudier. Le plus bel exemple de l’art nouveau (1900) triomphe au 28-30 rue de Fer dont la frise de céramiques colorées révèle le « coup de fouet » reconnaissable de l’architecte belge Horta. Style moderniste, style « paquebot » (1937), du bow-window à la fenêtre hublot, toutes les nuances de l’architecture de la première décennie du XXème siècle se conjuguent dans les rues de Namur.

Boune Lèctoure à Tortos ! 

Au 24 de la même rue, le Musée provincial des Arts anciens abrite, parmi les plus belles oeuvres de l’art mosan, le trésor du prieuré d’Oignies, l’une des sept merveilles de Belgique, là aussi ! Tant d’ors dans l’obscurité font cligner des yeux, avant de s’émerveiller sur les paysages poétiques du peintre Henri Bles (XVIème s) qui signait ses tableaux par une chouette.

Un repos mérité sur un banc du square de l’Hôtel de Ville voisin permettra de détailler l’immense Fresque des Wallons. Sur 320 m2 de mur peint, elle illustre les gloires régionales, du Marsupilami à Benoît Poelvoorde, de Georges Simenon à Paul Delvaux… et beaucoup d’autres.

Les courageux monteront à la citadelle et ses souterrains pour la découvrir grâce à son petit train touristique. Et pour finir, voici une publicité d’un brasseur namurois : « Qui boit s’enivre, qui s’enivre s’endort. Qui s’endort ne pèche pas. Qui ne pèche pas va au paradis, buvons ! ».

Le tout est de le dire en wallon et avec l’accent… arvèy !

Anne-Marie Minvielle.

Fiche pratique

Office belge de tourisme Wallonie-Bruxelles
274 bd Saint-Germain 75007 Paris
Tél. 01 53 85 05 20
belgique-tourisme.fr

Centre Wallonie-Bruxelles
127-129 rue Saint-Martin 75004 Paris
Tel. 01 53 01 96 96
cwb.fr

Transports

Train. Paris-Liège : Thalys direct 2 h 20
Liège-Namur : 1 heure
Paris-Namur : changement à Bruxelles
Croisières sur la Meuse à Liège, et entre Namur et Dinant en été. Baleinière la Namourette sur la Meuse, à Namur en été.

Liège

Promenades guidées et City-pass auprès de la Maison du Tourisme de Liège. Liege.be

À voir

La Boverie. Exposition « En plein air » du 5 mai au 15 août 2016, en collaboration avec le musée du Louvre. laboverie.com
Galerie d’Art Yoko-Uhoda : 25 rue Forgeur
Yoko-Uhoda-gallery.com
Musée Le Grand Curtius. lesmuséesdeliège.be

Où dormir, où manger ?

Hôtel Amosa. 4, rue Saint-Denis, pour sa situation centrale et son restaurant de grillades. Amosaliege.be
Le Balcon de l’Émulation, restaurant du Théâtre de Liège, pour son décor baroque.
La Maison du Péket. 1-3 rue du Stalon, pour finir la soirée.
Une gaufrette, saperlipopette, 7 rue des Mineurs. Pour ses gauffres au beurre, au praliné ou moka qui font tomber en pamoison. Les régimes se contenteront d’une simple gauffre et c’est bien bon.
Brasserie C, impasse des Ursulines pour sa bière artisanale Curtius. brasseriec.com

Namur 

Brochure documentée sur les balades à thèmes auprès de la Maison du Tourisme du pays de Namur. Visites guidées. QRcodes et audioguide MP3. namurtourisme.be
Fêtes de Wallonie, 3ème WE de septembre, fêtes des arts forains (Ascension).

À voir

www.museerops.be
www.muséedesartsanciens.be
Marché aux Puces le dimanche matin sur les quais de la Meuse.

Où dormir, où manger ?

Hôtel Les Tanneurs, 13 rue des Tanneries. tanneurs.com
Le Temps des Cerises, 22 rue des Brasseurs pour son groin de cochon à la sauce Sambre et Meuse. cerises.be
Brasserie François, 3 place Saint-Aubain,l pour son cadre. www.brasseriefrançois.be
La Maison des Desserts, rue Haute-Marcelle pour ses Bietrumés, caramels mous truffés de noisettes grillées au beurre ou au chocolat.

À savoir

L’avisance, petit pain feuilleté à la saucisse, est une spécialité de Namur. Parfait pour un repas sur le pouce avec quelques fraises de la région.
Demander au restaurant, une bouteille de vin « à la ficelle »… On ne vous comptera que ce que vous aurez consommé.

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