Retro: Fragonard, le cru et le nu

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Date initiale de publication 9 janvier 2016

 

Couple amoureux (la cage...)

Couple amoureux (la cage…)

Les Amis des Musées d’Orléans nous proposaient dans le cadre de la conférence de ce mercredi, une visite commentée par M. Fabrice Conan, de l’Exposition “Fragonard, Amoureux” qui se déroule actuellement au Musée du Luxembourg à Paris, conférence riche et passionnante, mais comme rien ne peut remplacer la vision concrète des œuvres, hâtez-vous car vous avez jusqu’au 24 janvier pour découvrir et admirer cette remarquable exposition.

Et tout d’abord, notre conférencier nous rappelle que, contrairement à une légende, et comme le sous-titre de l’exposition “galant et libertin” pourrait le laisser entendre, Jean-Honoré Fragonard a mené une vie de bon père de famille, il ne fréquenta pas les lupanars et autres lieux de débauche qu’il représenta de façon si réaliste, dans nombre de ses œuvres… de même que si certains attribuent son génie de la lumière à la lumière provençale, il ne vécut à Grasse que jusqu’à l’age de six ans !

Élève de François Boucher puis de Chardin (qui lui enseignera le sens du détail), Fragonard commence sa carrière par des scènes galantes où de charmantes bergères richement vêtues jouent à d’innocents jeux avec de jeunes bergers entreprenants, pour finir en apothéose avec le célébrissime tableau de “l’escarpolette”, où la jeune femme dévoile ses dessous à un spectateur (nous par procuration ?…) qui en tombe à la renverse dans un buisson de roses, pendant qu’à défaut de s’envoyer en l’air, le chausson de la dame s’envole comme un joli papillon, symbole de la liberté amoureuse (au contraire de la cage, si souvent présente dans les tableaux de Fragonard…)

Les hasards heureux de l'escarpolette, Wallace Collection

Les hasards heureux de l’escarpolette, Wallace Collection

Puis viennent les scènes plus licencieuses (suggestives comme l’on disait du temps de mon adolescence), et sous couvert de représentation mythologique, les dieux et les déesses révèlent des corps justement divins que Fragonard excelle à peindre. Puis avec le peintre Pierre Antoine Baudouin, les contes érotiques de Jean de La Fontaine (à ne pas confondre avec les fables du même auteur) font l’objet d’une série d’illustrations pour la célèbre édition dite des Fermiers généraux, avant de produire des images que l’on qualifiera de pornographiques, pour des ouvrages vendus sous le manteau (ou sous la robe comme le suggère le tableau intitulé “La Lecture”), ouvrages d’autant plus recherchés que censurés !

Le Lever  Collection of Lynda et Steward Resnick, Los Angeles / Photo Los Angeles County Museum of Art.

Le Lever Collection of Lynda et Steward Resnick, Los Angeles / Photo Los Angeles County Museum of Art.

Au fil du temps et de l’évolution des mœurs (et de la demande de ses commanditaires), la nudité se dévoile, la chemise vaporeuse remonte pour dévoiler la cheville, puis la cuisse jusqu’à l’impudique sexe du “Lever”  que sans doute la censure de Facebook nous interdirait de publier !

Et cette exposition nous fait voyager dans une histoire du sentiment amoureux et de la sexualité, (Fragonard avait bien compris que cela allait de paire dans la représentation érotique), vaste tableau d’une période charnière qui, anticipant une révolution politique et sociale, par une révolution des mœurs, nous fera passer de l’amour galant d’un état de nature très rousseauiste à une vision d’une sexualité libertine où la violence et la contrainte ne semblent pas absentes (comme chez le Divin Marquis de Sade), pour aboutir à un idéal de couple romantique animé d’un amour passion, partagé dans un regard commun de la vie, thème du tableau “La Fontaine d’Amour” qui clôt cette magnifique exposition, revisitée grâce à M. Fabrice Conan.

Gérard Poitou

La Fontaine de l'Amour Paul Getty Museum

La Fontaine d’Amour Paul Getty Museum

“Fragonard Amoureux, galant et libertin” jusqu’au 24 janvier

Musée du Luxemboug : 19 Rue de Vaugirard, 75006 Paris

ouverture tous les jours de 10h à 19h. Nocturnes les lundis et vendredis jusqu’à 21h30.
Entrée : 12 euros / TR : 7,5 euros.
http://museeduluxembourg.fr/

http://www.amismuseesorleans.com/

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