Retro: « Alors Mamie, on s’fait mouiller la culotte ? »

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Date initiale de publication: 8 mars 2016

Dominique Tripet rejoint Magcentre pour une chronique régulière. Elle se présente elle-même: “femme, et par conséquent militante féministe”. Ancienne présidente du Planning Familial, elle a abandonné ce mandat lorsqu’elle a été élue au conseil municipal d’Orléans en 2014, “j’ai respecté mes engagements de ne pas cumuler”.

Cette chronique, que Dominique Tripet a choisi de commencer -au hasard- un 8 mars, sera consacrée au “vécu des femmes dans notre société”, sur le ton de l’humour. Ça promet, la preuve! 

Dominique Tripet

Par Dominique Tripet

Le ciel est clair, et l’air plutôt doux en cette fin février en bords de Loire.
Le vent glacial qui souvent y sévit est pour l’instant aux abonnés absents.
Et c’est bien.

La clémence du temps, les jours qui rallongent agréablement annoncent le Printemps. Une véritable invitation à la flânerie. Juchée sur mon vélo, c’est ce que je fais, je flâne. Je flâne en cette fin de semaine, à 17h pour rentrer chez moi, l’esprit préoccupé par l’état de santé de l’un de mes très proches. Mon esprit maussade vagabonde en de floconneux méandres, quand soudain une interpellation incisive interrompt ma baguenaude :

  • «  Alors Mamie, on s’fait mouiller la culotte ? ».

Je regarde à droite, à gauche mais n’aperçois que deux jeunes gens qui déambulent sous les arcades de la rue Royale. Je m’arrête aussitôt :

  • «  Pardon ? C’est à moi que vous parlez ?… » 

Un grand instant de solitude passe dans les yeux de l’un d’entre eux. Il se renfrogne et grommelle une réponse inaudible, tandis que l’autre pouffe, rit, se gondole, s’esclaffe à s’en étouffer, tout en ne manquant pas de se moquer de son acolyte :

  • «  Ah, ah, ah… Tu ne t’attendais pas à celle-là, hein ? ».

Pour ma part, n’ayant pas eu de réponse, j’insiste et réitère ma question :

  • «  C’est à moi que vous vous adressez ? »

Même tableau. Et je poursuis :

  • «  Non, parce que si c’est à moi que vous parlez, je tenais à vous le dire, je n’ai aucun problème quant à mon âge, ni même à être grand-mère. Vous voyez, je m’arrête même pour discuter cordialement avec vous »

Plus fort cette fois, bien qu’en pressant le pas pour s’éclipser, l’ombrageux me répond sèchement  :

  • « Je vous ai dit que ce n’est pas à vous que je parlais… »,

Les quolibets de son ami me disent pourtant le contraire, mais son ton, son attitude changent. C’est un jeune homme qui pourrait presque être mon petit fils, sans doute la vingtaine tandis que j’aurais bientôt trois fois son âge. En un instant, je comprends qu’il faut lui laisser une porte de sortie. Je le sens acculé, et surtout ridiculisé par son ami qui continue à le chambrer sans discontinuer. L’intuition qu’il ne recommencera pas de sitôt à interpeller, du moins les femmes de mon âge :

  • «  D’accord. Mais je vous le redis, je me sens fort bien dans mon âge et mon statut de Mamie. Si vous avez quelque problème quant à cela ou sur ce que je suis, fais ou autre, je suis prête à en discuter avec vous. Sur ce, je vous souhaite une bonne soirée… »
  • «  Au revoir Madame », répond son ami toujours hilare, tandis que je lis du soulagement dans les yeux du principal intéressé et que je remonte sur une partie de l’objet du délit : la selle de mon vélo.

Bon…Tout de même soufflée intérieurement.

Je comprends qu’à près de 60 ans, ma sexualité ou supposée sexualité de femme mûre, est toujours sous surveillance de mâles regards . D’ailleurs, même bien plus jeunes que moi, ils s’octroient le droit de me le faire savoir.

Ainsi, une femme à vélo, ne peut se déplacer pour circuler d’un point à un autre. Non c’est bien connu, elles sont dépravées de nature et ne songent qu’à s’astiquer le riant bocage, se lutiner le bonbon, se faire lustrer le bijou à l’eau du bénitier… Ah les perverses ! Car en clair et sans décodeur, une femme à vélo, c’est louche : elle se masturbe !

Assez du slip Kangourou tous les jours!

Je n’en reviens pas. J’ai 60 ans et cela continue. Plus jeunes, dans la rue ou les transports en commun, les femmes subissent les pires avanies qui vont des insultes au frottage. Nous sommes réputées disponibles à toutes les sollicitations de ces messieurs. Des sex-toys sur pattes qu’il convient d’appeler d’un coup de sifflet, remarques salaces à la clé. Plus tard, c’est l’étiquette de couguar qui nous est accolée. Même chose que précédemment, toujours disponibles, mais en plus initiatrices, disposées à toutes les expériences sexuelles, et même, peut-être de payer pour être « (des)honorées ». Plus tard…plus tard, et bien je viens de l’apprendre, nous nous défrisons la chicorée en public , décodons manuellement la piste de lecture du ticket de métro….

Bref, en voilà assez de la fête du slip kangourou tous les jours !

Aujourd’hui, c’est le 08 mars, Journée Internationale de Luttes pour les Droits des Femmes. Alors faisons-le savoir. Refusons de laisser détourner cette belle journée de luttes au profit d’une journée commerciale et sexiste.

Non, nous ne voulons pas de fleur en buvant un café gratuit aujourd’hui, ni participer à une journée de relookage, encore moins à un concours de repassage. On s’en fout que le lavage de la voiture soit moins cher pour nous, qu’il y ait 20% de remise  sur un parfum, ou sur l’abonnement de la salle de sport…Non, non et non ! Marre d’être des niches commerciales !

Mais OUI à l’égalité salariale et de pensions retraite, aux partages des taches ménagères, à l’égale représentation en politique des femmes et des hommes, à la fin du plafond de verre, du harcèlement sexiste et machiste de rue, dans les entreprises, à la maison ! Et oui à la fin de la domination masculine et patriarcale, aux violences de genre… Oui à l’égalité réelle ! Et oui au respect qui nous est dû !

Pour finir, et après tout çà, parole de Sorcière Féministe, si d’aventure, nous avions envie de se ou de nous faire joyeusement tirlipoter la craquette, tilter le jackpot, gonfler la moufette ou béliner le joyau…, et bien là–aussi, c’est quand nous voulons, comme nous voulons et seules, ou avec qui nous voulons !

Jouissons sans entraves dit l’hymne des Femmes.

Mais notre corps nous appartient et c’est nous qui décidons.

Sans aucun compte à qui que ce soit.

Voilà…

Du Chaudron de la Sorcière Orléanaise, je vous rends le clavier, Mag’Centre, et à bientôt pour de nouvelles aventures…

Commentaires

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  1. Même à la relecture, je trouve cet article aussi vulgaire et dégradant de la part d’une personne pourtant admirable par ailleurs.

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