Inondations à Montargis: Manuel Valls admet les “freins et les lourdeurs”

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Chacun son job. L’attelage exécutif s’est partagé la tâche. Lundi matin, François Hollande était aux Invalides pour rendre un hommage émouvant aux victimes de la barbarie terroriste. Dans l’après-midi, Manuel Valls s’est rendu au chevet des victimes des inondations à Montargis (Loiret).

Sur le pont avec François Bonneau et Jean-Pierre Door.

Sur le pont avec François Bonneau et Jean-Pierre Door.

C’est sans doute moins « noble » et moins médiatique, mais le Premier ministre l’avait promis à Jean-Pierre Door, le député-maire de Montargis après sa visite du 6 juin et il a tenu parole. Non seulement Manuel Valls a fait une déambulation dans les rues de la capitale du Gâtinais débarrassée des stigmates horribles des crues catastrophiques de fin mai. Mais il a tenu une réunion avec les autorités locales, élus, fonctionnaires, pour faire un point sur les aides déployées et l’état des réparations , trois mois après les inondations.

Des millions d’aides des collectivités

vallsUne palanquée de chiffres ont été annoncés devant le Premier ministre avec un message commun des collectivités : elles ont fait avec l’Etat le maximum en matière de solidarité et de premier secours. Chacun y est allé de ses sommes rondelettes. Le département avec Hugues Saury a dépensé 800 000€ pour les sinistrés loirétains et deux millions pour les collectivités afin de réparer les dégâts occasionnés aux services publics. Quant à la région Centre-Val de Loire elle a débloqué huit millions d’euros à la fois en urgence en direction des CCAS mais aussi en direction des entreprises dont les modalités ont été fixées en  commission permanente vendredi dernier… Tout le monde s’y est mis, y compris la DRAC (Affaire culturelles) qui a dépensé 400 000 € pour le sauvetage des œuvres du musée Girodet.

Frappé par leur désarroi

Dans les rues de Montargis avec Juliette Meadel et Jean-Pierre Door.

Dans les rues de Montargis avec Juliette Meadel et Jean-Pierre Door.

Lors de sa visite lundi, Manuel Valls a d’ailleurs consacré quelques minutes à la visite du P’tit Girodet rue Dorée, où sont exposées les photos qui racontent la tragédie vécue par le musée. Plusieurs maires dont ceux d’Amilly, de Cepoy, ont décrit au Premier ministre la gravité et les conséquences du sinistre dans leur commune.

Le chef du gouvernement, accompagné de Mme Juliette Meadel, secrétaire d’État chargée de l’Aide aux victimes, a rappelé qu’il avait été “frappé par le désarroi” des sinistrés lorsqu’il s’était rendu sur place le 6 juin dernier. Saluant la mobilisation des communes, des communautés d’agglomération, du Conseil département et du Conseil régional, M. Valls a reconnu qu’au delà des aides d’urgence, “il y a eu des freins, des lourdeurs” par la suite. Un euphémisme si l’on en croit certains témoignages.

“Il y a encore beaucoup de choses à engager” pour venir en aide aux particuliers et aux entreprises touchées et aussi pour prendre des mesures de prévention, notamment de confortement des digues, “afin que cela ne se reproduise plus”, a-t-il dit lors d’une réunion avec des élus du Loiret et de la région à l’Hôtel de Ville de Montargis. A Chalette-sur-Loing, le maire Franck Demaumont a indiqué que ses services avaient attribué 300 aides d’urgence.

Une solidarité exceptionnelle

Les élus et responsables de l'administration à l'hôtel de ville.

Les élus et responsables de l’administration à l’hôtel de ville.

“La solidarité et la mobilisation ont été exceptionnelles”, a commenté le chef du gouvernement en demandant de “faire le point régulièrement sur ce qui a été fait et ce qu’il reste à faire”. Les dégâts causés par les inondations pour la ville de Montargis ont été évalués à 4,6 millions d’euros, et à 3,9 millions d’euros pour son agglomération. Une estimation provisoire des dégâts pour l’ensemble du département s’élève à 7,2 millions d’euros, a précisé la préfecture. 

Un total de 319.200 euros d’aides d’urgence, dont près de 163.000 euros venant de l’État, a été distribué pour soutenir 665 sinistrés pour la seule ville de Montargis. Soixante quatre commerces ont dû fermer leurs portes, dont 24 sont toujours fermés.

Pour tout le département, où ont été dénombrés 3.679 sinistrés, un total d’1,9 million d’euros d’aide d’urgence a été mobilisé, dont 905.200 euros par l’État, 582.000 euros du Conseil régional et 445.000 euros du Conseil départemental, a indiqué la préfecture du Loiret.

Des entreprises encore fermées

A la fin du tour de table, c’est Alain Jumeau le président du la CCI du Loiret qui s’est montré le plus critique sur la lenteur des indemnisations reçues par les sinistrés. Sur les 330 entreprises impactées, 98 ont reçu une aide d’urgence dans le Loiret. A Montargis, sur les 100 entreprises touchées, et les 60 qui ont du arrêter leur activité, 20 restent fermées pour travaux.

Philippe Saulet, le chef d'entreprise.

Philippe Saulet, le chef d’entreprise.

M. Valls, qui a déambulé dans le centre-ville de Montargis avant de se rendre à Nemours, a  ainsi été interpellé par ce propriétaire du “Pressoir du Gâtinais”, un commerce de vins à Amilly. Le commerçant, Philippe Saulet, dont les six salariés sont au chômage technique depuis les inondations, a demandé au Premier ministre “que le système soit allégé”. “Tout a été fait au niveau des communes mais la machine est trop lourde, l’administration ne suit pas, les assurances ne suivent pas”.  M.Saulet s’est notamment plaint d’avoir reçu une “mise en demeure de payer les cotisation retraite” alors qu’il avait demandé un report de paiement de charges. Exclu des aides d’urgence parce que son entreprise réalise plus d’un million d’euros de chiffres d’affaires, il évalue à un million d’euros les dégâts qu’il a subis. “Pour l’instant, j’ai touché 150.000 euros d’acompte de l’assurance… Depuis, plus d’image, plus de son”, a-t-il dénoncé.

Le président de la Chambre de commerce et d’industrie du Loiret, M. Alain Jumeau, a reconnu qu’une centaine de dossiers, sur 330 entreprises sinistrées du département, avaient été exclus des aides d’urgence car ils ne répondaient pas aux critères, notamment en termes de chiffres d’affaires.

Ch.B

 

Interview

A l’issue de la réunion Manuel Valls a répondu aux médias

Monsieur le Premier ministre, pourquoi ce déplacement à Montargis?

Manuel Valls et Jean-Pierre Door répondent à la presse.

Manuel Valls et Jean-Pierre Door répondent à la presse.

J’étais venu ici le 6 juin avec Bernard Cazeneuve aux côtés de Jean-Pierre Door, le député-maire de Montargis, et je m’étais engagé à revenir pour faire le point. Je viens de le faire car je voulais m’assurer par moi-même de ce qui a été engagé.  Il y a eu une immense solidarité ici, beaucoup de choses ont été engagées, des espaces publics, des bâtiments ont été réhabilités, des aides ont été accordés aux particuliers, aux milieux économiques, aux agriculteurs. C’est dans la durée qu’il faut reconstruire. Dans le milieu agricole on évalue les dégâts à 1,2 milliards d’euros dans le Centre-Val de Loire.

Il y a eu l’aide immédiate, la solidarité pour les particuliers, les collectivités, les commerces, les entreprises. Et puis il y a tout ce qui a été engagé, les missions pour que cela ne se reproduise plus. Toute une série de questions sont posées par les habitants, les élus, pourquoi une digue a cédé, pourquoi et comment les inondations ont pu causer de tels dégâts. Ce travail d’évaluation, de réparation est attendu dans les semaines et les mois qui viennent. Je suis venu dire l’attention de l’Etat à ceux qui ont subi ces dégâts.

Certains mettent en cause le travail de VNF, disent que le canal n’était pas entretenu, que répondez-vous ?

Le maire de Montargis lui-même avait interpellé VNF avec la courtoisie qu’on lui connait mais aussi avec l’engagement qui et le sien. Ne faisons pas de procès avant d’avoir évalué les choses comme il faut. VNF a déjà engagé douze millions d’euros et il va falloir continuer ce travail.
Il y a toujours la recherche d’un bouc émissaire, d’un responsable. Ce qui est important c’est d’évaluer puis d’engager les travaux

Vous allez peser pour que les assurances aillent plus vite ?

“La secrétaire d’Etat les a réunis, il faut que les assureurs soient attentifs, trouvent les mots justes, les procédures qui permettent d’aller plus vite. Alors c’est vrai que les commerçants, les entreprises qui ont perdu leurs biens, leurs machines-outils, estiment parfois que le retour des indemnités est très loin de ce qu’ils attendaient. C’est la raison pour laquelle il faut que l’Etat, les collectivités les accompagnent. J’attends des assureurs une grande attention et une grande réactivité”

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