Les grandes expos parisiennes de la rentrée

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par Bénédicte de Valicourt

De Bernie Krause inspirateur d’une exposition sur le monde animal à la Fondation Cartier, à la Corée du sud vue par Françoise Huguier, en passant par l’apport de la Beat Génération à la création contemporaine, les expositions de la fin de l’été sélectionnées pour vous par Mag’Centre sont passionnantes. Précipitez-vous, car certaines ferment bientôt.

Manabu Miyazaki

Manabu Miyazaki


Animals

C’est sans doute l’exposition de l’année à Paris. C’est en tout cas l’une de celle à ne pas rater, ne serait-ce que parce que grâce à elle, nous pouvons peut-être changer notre regard sur le monde animal et  prendre conscience de sa poésie, de sa richesse et de sa singularité. Un monde qui pourrait bien un jour se taire complètement, en raison des activités humaines, comme le crie haut et fort Bernie Krause, musicien et bio acousticien américain, grand inspirateur de cette exposition qui réunit des artistes du monde entier.

Un astucieux procédé permet en même temps la visualisation simultanée de sonagrammes. Avant d’écouter Bernie Krause expliquant sa démarche face à la caméra de Raymond Depardon et Claudine Nougaret. « Ainsi s’accorde le grand orchestre animal, révélateur de l’harmonie acoustique de la nature…, dit-il. C’est la base de ce que nous entendons dans les régions encore sauvages aujourd’hui et il est probable que tous les morceaux de musique qui nous procurent du plaisir et toutes les paroles que nous prononçons procèdent, dans une certaine mesure, de cette voix collective ». 

Bernie Krause sugarloaf ridge state park california-©ramin rahimian

Bernie Krause sugarloaf ridge state park california-©ramin rahimian

Depuis près de cinquante ans, il a collecté près de 5000 heures d’enregistrements sonores d’habitats naturels sauvages, terrestres et marins, peuplés par près de 15000 espèces d’animaux. Une approche unique, à la fois poétique et scientifique d’un musicien acousticien qui a travaillé dans les années 1960 et 1970 avec les Doors et à la composition de  musiques de films comme Rosemary’s Baby de Roman Polanski et Apocalypse Now de Francis Ford Coppola. Il faut plonger au sous-sol de la fondation Cartier et s’allonger par terre, pour écouter dans le noir, collé à son voisin, la bio phonie des sept paysages sonores, enregistrés par Bernie Krause en Afrique, en Amérique et dans les océans. 

On peut ensuite remonter au rez-de-chaussée pour s’immerger dans les représentations animales d’artistes originaires d’Asie, d’Afrique, d’Amérique et d’Europe. Ils ont peints, photographiés, dessinés ou filmés des animaux et c’’st fascinant. Comme dans cette séquence toujours prise au même endroit et à des saisons différentes où l’on voit tous les animaux du coin, dont un ours s’approcher de l’appareil fixé sur un arbre. Autre séquence d’anthologie devant laquelle on peut passer des heures : les parades nuptiales du paradisier, de l’oiseau jardinier et de l’oiseau-lyre, comme un écho au grand orchestre de Bernie Krause.

Le grand orchestre des animaux. Jusqu’au 8 janvier 2017, Fondation Cartier pour l’art contemporain, 261, bd Raspail, Paris 14e.  www.fondation.cartier.com
Et pour ceux qui ne pourrons pas se déplacer : cinq scénarios acoustiques interactifs qui peuvent durer 5 minutes ou toute la journée sont sur le web.  De quoi  écouter à la maison les mystères du grand orchestre des animaux.  www.legrandorchestredesanimaux.com

Au pays du matin calme

Que ceux qui ne connaissent pas la photographe de l’agence Vu Françoise Huguier lèvent la main. Et surtout se précipitent à la galerie Polka pour voir les images qu’elle a rapporté de Corée du Sud, où elle n’était pas allé depuis 1982. Une plongée dans la nouvelle société coréenne. Entre adolescentes mutantes, qui se font opérer à l’âge de 18 ans avec l’argent de leur parent pour atteindre le visage idéal.  Aux retraités en goguette dans les « colathèques », sortes de bal à la coréenne où ceux-ci dansent toute la journée,  en costume et en robe du soir.

« Virtual Seoul », jusqu’au 29 octobre. Galerie Polka, cour de Venise, 12 rue St Gilles, Paris 3e.  www.polkagalerie.com

« Beat Generation »

Qu’a apporté la « Beat génération » à la création contemporaine ? Réponse au Centre Pompidou qui consacre une exposition à ce mouvement  d’inspiration littéraire et artistique né aux Etats-Unis et porté par des enfants de l’après-guerre révoltés contre les conformismes de tous poils.

affiche-beat-generationIls sortent de l’ombre le 7 octobre 1955, quand Allen Ginsberg lit son son poème « Howl » (1956) qui lui vaut un retentissant procès pour obscénité́. Puis en 1957, Jack Kerouac publie « Sur la Route »,  autre œuvre phare de cette génération. Et Paris devient à son tour, jusqu’en 1963, l’un des principaux foyers de la Beat Generation. Tous logent régulièrement au Beat Hotel, 9 rue Gît-le-Cœur, haut-lieu de la bohème d’après-guerre et laboratoire d’expérimentations visuelles et sonores. C’est ici que Brion Gysin, William Burroughs et Antony Balch développent la technique du « cut-up », que  le même Burroughs écrit « Naked Lunch » (Le Festin nu, 1959) qui le conduit directement lui aussi devant les tribunaux pour obscénité, et que Brion Gysin invente sa « Dreamachine ». Pas vraiment simple de parler de tout cela dans une exposition, qui a choisi d’épouser le nomadisme Beat, de New-York à San Franscisco, en passant par Mexico et Tanger. Une époque bouillonnante, faite de poésie, d’opposition têtue aux conventions, d’explosions d’idées nouvelles, de sensations, de plaisirs et de déconstruction. Le rouleau de Kerouac se déploie dans une semi-obscurité. Les messages se brouillent et s’entrechoquent les uns les autres entre portraits de « garçons sauvages » et voix nasillarde et inquiétante du troisième mousquetaire de la bande, William Burroughs.

Jusqu’au 3 octobre 2016 www.centrepompidou.fr Place Georges Pompidou, Paris 4e 

Erotisme sur estampe   

Utamaro-Les-Pecheuses-d'abalone, Musée Guimet

Utamaro-Les Pecheuses d’abalone, Musée Guimet

« Estampes à caractère sexuel explicite ». l’avertissement à l’entrée du musée Guimet donne d’emblée le ton de cette exposition qui met en scène une cinquantaine d’estampes érotiques, plus ou moins osées. Elles datent de la période Edo au Japon (1603-1868) durant laquelle  plus de mille livres ont été produits. La femme y est représentée à travers le prisme de l’érotisme, sur des paravents peints de scènes de la vie quotidienne du Japon impérial ou sur des estampes, sur lesquelles des pêcheuses plongent à demi-nue à la recherche de crustacés, sous le regard excité mal dissimulé des hommes restés dans leurs barques.  Le tout est traité dans un dessin raffiné aux couleurs douces, presque romantique, si ce n’était cet érotisme torride et s’achève avec des illustrations à la dimension quasi pédagogique où l’on peut apercevoir comment les maisons closes aux allures de grands supermarchés du sexe étaient organisées. Les courtisanes y sont classées par compétences, prix, rang social. Tout un monde.

Jusqu’au 10 octobre. Musée Guimet 6 place d’Iéna, Paris 16e www.guimet.fr

Et aussi

Robots en vue

musee-du-quai-branly-doll-story« Comment un objet accède-t-il au statut de personne ? », se sont demandés les commissaires de cette exposition. Une question que se posait déjà Masahiro Mori, roboticien japonais, qui dès 1970 affirmait haut et fort qu’un robot ayant trop de ressemblances avec un homme ne susciterait pas l’attraction, mais la répulsion. A vous d’en juger, en suivant le continuum d’expériences perceptives  et de stimuli –que nous fait vivre « Persona », toujours à la frontière entre un trait d’humanité et la qualité d’artefact. « Persona. Étrangement humain ».

Jusqu’au 13 novembre 2016, musée du quai Branly, 37 Quai Branly, Paris 7e www. quaibranly.fr

Jardins d’Orient

institut-du-monde-arabe-jardins-dorientQuelles sont les sources d’inspiration du jardin oriental, ses codes et ses déclinaisons ?  Quels sont ses liens avec les jardins occidentaux et quel rôle les jardins peuvent-ils jouer dans les grandes villes aujourd’hui ?  Réponse sur le parvis de l’IMA investi par un jardin éphémère exceptionnel, tout de roses et d’orangers. Une interprétation contemporaine des jardins d’Orient imaginé par le paysagiste Michel Péna, que l’on traverse avant d’aller à la découverte d’une immense anamorphose végétale imaginée par François Abelan et de pénétrer à l’intérieur de l’IMA où 300 œuvres retracent l’histoire des jardins orientaux. De ceux suspendus de Babylone au tout récent parc al-Azhar du Caire, en passant par l’Alhambra de Grenade ou le jardin d’essai d’Alger. Des jardins princiers ou des jardins pour tous, dans lesquels l’eau, symbole de la vie, joue toujours un rôle central.

« Jardins d’Orient, De l’Alhambra au Taj Mahal ». Jusqu’au 25 septembre 2016.  Institut du monde arabe, 1, rue des Fossés-Saint-Bernard Place Mohammed-V
Paris 5e. www.imarabe.org

Herb Ritts, star shooter 

Bill-T.-Jones-@Herb-Ritts-Fondation

Bill-T.-Jones-@Herb-Ritts-Fondation

Madonna émergeant d’un blouson en cuir, Richard Gere en garagiste sexy, Jack Nicholson en Joker. Dans les années 80 et 90 Herb Ritts, enfant gâté de la côte ouest américaine, a immortalisé toute la planète people. Des images sensuelles qui célèbrent la perfection des corps et le mystère profond de la nature.

« Herb Ritts, en pleine lumière », jusqu’au 30 octobre. Maison européenne de la photographie, 5/7 rue de Fourcy, Paris 4e. www.mep-fr.org

Commentaires

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