“Juste la fin du monde”, une esthétique de l’excès

  • PDF
  • Email
  • Add to favorites

Tout est excessif dans ce huis clos familial et théâtral adapté d’une pièce de l’auteur Jean-Luc Lagarce.

gaspard ulliel

Gaspard Ulliel dans “Juste la fin du monde”

C’est d’abord une énorme leçon de mise en scène cinématographique: chaque plan, chaque raccord de ce montage haletant invente quelque chose dans le cadrage, la lumière, la couleur, les variations de mise au point, tout le registre esthétique du cinéma contemporain est exploité avec une versatilité et une agilité qui renouvelle de façon radicale la dramaturgie cinématographique. C’est parfois agaçant de maitrise formelle, souvent excessif mais finalement toujours parfaitement efficace pour traduire cette tension presque délirante entre les personnages de ce dimanche en famille.

Et la pièce de Jean-Luc Lagarce (mort du sida en 1995) fournit une trame dramatique presque autobiographique, dans laquelle cette mise en scène de Xavier Dolan va exceller dans la direction d’acteurs pour le moins confirmés, avec ces dialogues millimétrés qui conduiraient à la suffocation du spectateur si la pièce n’introduisait quelques respirations en forme d’à-parte des personnages du récit.

Cette description d’un dimanche en famille avec le retour d’un fils perdu de vue, construit une vision paroxystique  de la perversité des rapports humains, dans une logorrhée de l’incommunicabilité où chaque personnage s’enferme dans une bulle de mots devenus vides de sens pour l’autre. Ce huis clos théâtral qui respecte les trois unités de la tragédie classique, en gommant tous les repères extérieurs, bâtit, scène par scène une description clinique de la folie familiale qui nous dévaste par l’immense vide que génère ce trop plein de mots

Dommage que ces cris et quelques chuchotements  finissent par cette inutile parabole  d’un oiseau mort plutôt absente de sens…

Gérard Poitou

“Juste la fin du monde” un film de Xavier Dolan 1 h 35
Grand Prix du Jury Cannes 2016
avec Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Vincent Cassel, Marion Cotillard, Léa Seydoux

 

 

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

  1. On peut applaudir au “génie”, surtout compte tenu du jeune âge du réalisateur, mais c’est surtout l’art du ” bluff”, au sens de l’épate ou de la frime ! Je n’avais pas encensé “Mommy” et je ne me suis pas incliné devant “Juste la fin du monde” !
    Seulement un bel exercice de style et un cinéma pour âmes torturées…ou cinéphile de Magcentre qui fait bien son boulot !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Code de sécurité *



Recevez chaque jour les nouveaux articles par e-mail

Votre e-mail ne sera communiqué à aucun tiers et servira uniquement à vous envoyer les titres chaque jour par e-mail