“Eurêka !” aux Rendez-vous de l’histoire…

Les 19e Rendez-vous de l’histoire de Blois se sont achevé dimanche 9 octobre par la conférence de clôture, magistralement donnée par Michaëlle Jean, Secrétaire générale de la Francophonie. A l’issue, Jean-Noël Jeanneney (président du Conseil scientifique des RVH) a annoncé le thème 2017 de cet incontournable rendez-vous blésois des amateurs d’histoire : “Eurêka !” Tout un programme…

Michaelle JEAN

“Partir. Une pulsion de vie qui pousse à aller chercher ailleurs”.

“Partir et vivre. Ou rester et mourir. Combien de fois faut-il partir, et finalement mourir quand même ? Partir ailleurs, pour renaître à soi-même ?”. Entre 17h30 et 18h30 dans l’hémicycle de la Halle aux Grains de Blois, un silence emprunt d’une incroyable gravité s’est emparé de l’assistance, suspendue aux lèvres de Michaëlle Jean, Secrétaire générale de la Francophonie. Haïtienne d’origine, ayant du émigrer au Canada “en laissant tout, mais tout…” pour fuir le régime de “Papa doc”, François Duvalier, Michaëlle Jean a fait mieux que captiver et émouvoir le public : elle l’a fasciné, entrainé dans sa propre histoire, comme une sorte d’accouchement pour mieux “ouvrir nos esprits”.

“Circuler, une pulsion de vie”

Michaëlle JEAN “Combien parmi vous sont des enfants ou petits enfants d’immigrés, enfants ou petits enfants de déplacés ?” a-t-elle lancé à la salle invitant le public concerné à lever le doigt. “Combien parmi vous sont des enfants ou petits enfants de déplacés suite aux guerres sur le sol français ?”. Dans les deux cas, de nombreux doigts se sont levés, et le silence total se fit, à peine troublé par la volée de cloches de la cathédrale Saint-Louis, au loin. A la suite de Fernand Braudel, qui invitait “au temps long, pour mieux le comprendre, et mieux vaincre l’inquiétude et la peur” – le temps de l’histoire donc – Michaëlle Jean sait mieux qu’une autre que pour vivre, il faut partir. “Chaque jours, je pense aux milliers de compatriotes migrants classés dans une froide statistique. Il faut souvent partir ailleurs pour renaître à nous-même”. Mais pour cela, il faudrait “décadenasser nos cœurs, sans quoi nous ne parviendrons pas à ouvrir nos esprits. Alors c’est tout l’équilibre du monde qui s’en trouverait menacé”.  Selon elle, “commençons par rétablir migrants et réfugiés dans leurs droits. Le droit de circuler librement et de s’installer où ils veulent à l’intérieur d’un État. Jouir de cette mobilité, c’est le label de la mondialisation. Seulement, en 2016, les 2/3 de la population mondiale ne peut pas partir car ils n’ont aucun visa”. Circuler… “une pulsion de vie qui pousse à aller chercher ailleurs”.

“Eurêka !”

De récentes études menées par l’OCDE et le FMI montrent que “la contribution des migrants est plus forte que ce qu’ils reçoivent. Ils veulent produire, consommer, ils arrivent avec une incroyable volonté. Il faut regarder la réalité, et agir sur cette réalité”. Pour la Secrétaire générale de la Francophonie, “il y a longtemps que la communauté internationale a renoncé à anticiper. Pour avoir trop tardé, elle est aujourd’hui obligé d’agir sur tous les fronts”.

Retrouver le sens de cette anticipation, le sens de l’ouverture du cœur et du même coup de nos esprits. Michaëlle Jean ne prêche pas, elle ouvre le sien, et invite à méditer, avec Saint-Exupéry : “Une démocratie doit être une fraternité, sinon, c’est une imposture”. Un beau message d’espoir, pour peut-être un jour prochain s’écrier : “Eurêka !”.

F.Sabourin.

Le Prix Augustin-Thierry des Rendez-vous de l’histoire a été attribué à Sylvain Venayre pour : La guerre au loin. Annam 1883 (ed. Les Belles Lettres). Œuvre à mi-chemin entre la littérature et l’histoire.

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