Corneille vide son sac mais n’est pas prêt à revoir Kigali

  • PDF
  • Email
  • Add to favorites

Voilà un livre qui tombe à point. « Là où le soleil disparaît » est l’autobiographie du chanteur Corneille. Il y raconte sa trajectoire d’émigré, celle que vivent avec des variantes tout aussi douloureuses, tout aussi horribles, des milliers d’enfants, de femmes et d’hommes, nos contemporains. Il met sous nos yeux, sans fard, sans pathos une vérité que nous, confortablement installés dans une sécurité ancestrale bien balisée, nous avons tant de mal à regarder en face ou que nous refusons par peur d’être dérangé. Il ne commente pas, il dit tout simplement : il est le verbe.

arton1825-1

© Guillaume Simoneau

Le chanteur revient sur son enfance rwandaise, marquée par le génocide de 1994 et l’assassinat de sa famille. Cornelius Nyungura, plus connu sous le nom de Corneille est enfin arrivé à mettre des mots sur une douleur si vive qu’elle était muette, aussi violente que « Le cri » de Munch. Parce qu’il est enfin un mari et un père heureux, le chanteur canado-rwandais a pu évoquer la mort de sa famille, assassinée sous ses yeux la nuit du 15 avril 1994 à Kigali, en plein génocide.

Les mots sont revenus d’un coup

A 39 ans, deux décennies après les événements, Corneille évoque en détail et avec précision cet atroce épisode. Il accuse expressément le FPR (Front patriotique rwandais)  d’avoir exécuté sa famille à Kigali où elle vit dans une certaine aisance.Un soir d’avril 1994, des coups de feu retentissent en face de sa maison. Corneille et sa famille passent la nuit prudemment calfeutrés chez eux. Le lendemain, son père ose s’aventurer chez les voisins, pour voir s’il peut porter secours. « Dix minutes plus tard, mon père ressortit, le sourire, effacé, les yeux hagards, un petit garçon dans les bras », un enfant tutsi, dont la famille a été massacrée par les forces du régime, explique Corneille.

Quelques jours plus tard, le 15 avril, des soldats font irruption en pleine nuit chez ses parents et les questionnent : « Cachez-vous des sinyenzi (cafards en kinyarwanda, le terme utilisé pour désigner les tutsis) ? ».

corneilleConvaincu que ces hommes armés sont des hutus, son père ment avec aplomb : « Nous ne cachons pas de cafards ici. Bien au contraire, nous sommes de fidèles partisans du régime Habyarimana. »Le massacre qui s’en est suivi ne laisse aucun doute à Corneille : « Mes bourreaux sont des sbires du FPR tutsi qui se sont faits passer pour des hutus. » La famille du chanteur aurait donc été victime d’un crime de guerre perpétré par les forces armées du FPR, et non du génocide organisé par le pouvoir hutu. Pour arriver à reconstituer ces jours si marquants avec un tel niveau de détail, Corneille, qui longtemps a assuré n’avoir que très peu de souvenirs des événements, a affirmé avoir travaillé sur lui et sur ce livre « pendant cinq ans. Plus j’approchais de ce passage, plus je ralentissais. D’un côté, j’avais un besoin impératif de me libérer ; de l’autre, il fallait que je me confronte à la réalité terrifiante de ce que j’avais vécu. Tout était enfermé à double tour dans ma tête et, dès qu’une porte s’ouvrait, j’en découvrais une autre. Je voulais retrouver les sensations, la douleur, et même avoir mal, pour être à la hauteur de ce qui s’était passé. » Il affirme que les souvenirs et les mots pour évoquer cette nuit macabre lui sont venus « d’un coup », au restaurant, en attendant un ami.  Mais le traumatisme de la mort de sa famille reste irrémédiablement ancré en lui.

Seul survivant, miraculeusement protégé par un canapé, âgé de 17ans, atteint de la malaria il doit fuir dans une colonne de fuyards, « une fourmilière », de pauvres gens en perdition, à pied sur un millier de kilomètres un petit garçon, autre miraculé sur les épaules. Il est ensuite recueilli par une famille allemande avec laquelle ses parents avaient lié amitié lorsqu’ils y étaient en poste et où il est né.

Auteur-compositeur-interprète, Corneille a l’an passé formé un trio avec Garou, et Roch Voisine pour la tournée « Forever Gentleman » qui s’est produite avec succès dans toute la France et qui s’est terminé en mars dernier. 

F.C.

« Là où le soleil disparaît »
Corneille, éditions XO
330 pages 19,90beuros

 

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Code de sécurité *



Recevez chaque jour les nouveaux articles par e-mail

Votre e-mail ne sera communiqué à aucun tiers et servira uniquement à vous envoyer les titres chaque jour par e-mail