RAMI V2.0: Toupie, Hors Notes…

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Ouverture des Rencontres Artistiques de Musiques Improvisées (RAMI), ce mercredi soir au Théâtre d’Orléans avec le vernissage, sur la galerie, de l’exposition visuelle et sonore de l’artiste Delphine Loiseau.

Delphine Loiseau


Toupie, hors notes,…

Tout a commencé alors que mon fils s’est mis à poser ses premiers prolongements, en traces, dessins et écritures. Au coloriage pour se contenir, aux gribouillages, pour se soustraire… J’ai replongé les mains dans le bleu, les mains, dans le cambouis des apprentissages. D’où nous viennent nos écritures, notre langage, nos expressions? Que racontent-ils de nous ? A qui appartiennent-ils ? De quoi sont-ils issus ? Que reste-t-il d’empirique et de sauvage, dans notre façon d’étreindre le monde ? A quoi nous en remet-on-nous ? Écrire entre les lignes, colorier sans dépasser, se discipliner à la tâche, inscrire le culte de l’effort, reproduire l’exemple, s’attacher à s’incarner sur un mur en cristaux liquides… Et dès lors, être contraint à faire image et à passer sous la coupe d’une évaluation. Que de procédés pour contenir l’être, et invariablement rejeter la possibilité de s’extasier, d’errer, de se tromper et se laisser surprendre. Et, du moins, ces moindres essentiels, avant d’y aboutir : la découverte, la sensation, l’expérience comme procédés naturels aux apprentissages. Le dessin, ici, moyen élémentaire au prolongement premier et archaïque, est encore le lieu de l’interrogation de ce que potentiellement l’être a à dire, vraiment. Avec l’objet d’une innocence tournoyante, il est question de laisser le doute opérer, dans tous les cas de s’interroger, sur la nécessité d’être à toute étape de la vie, désormais, évalué… Tout du corps est mis à profit pour dire sa hargne, et rappeler qu’il est vivant! Que son incarnation est entière et plus complexe dans la manière d’appréhender l’environnement et d’apprendre avec tout cet être qui palpe, goûte, renifle, entend, et peut-être simplement en complément et dernier recours,… regarde. Ce, alors que nos yeux sont devenus plus gros que nos bouches, oreilles, mains, nez. Des figures encore latentes émergent comme si lignes et masses étaient mises à l’épreuve du vivant qui demeure. Ces visages se dessinent et pourtant, à qui appartiennent-ils ? Des parcelles et fragments d’ensembles, qui se détachent de « coloriages » amplement mais, vaguement esquissés. Expérimenter, c’est nécessairement trouver en l’improvisation une évidence, une ressource, des possibles, pour se risquer à induire de la diversité.

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Le cris des crayons
Fragment sonore et autonome de Toupie Hors Notes

Soustraire le regard à l’écoute. Imposture ou posture à double entente ? L’immédiate frontalité s’effondre au profit d’une mise en perspective. S’improviser du registre de l’oreille… Faire sans savoir. Effacer les différents visages du dessin et, en révéler l’express-son des doutes, frénésie, fluidité, voir… inconsistance. Il est question de se risquer.
Sur la galerie, pas de proposition faite de son, ou uniquement en échos d’expériences antérieures. Ce fragment invite par le détour à redonner toute sa place à l’écoute comme moyen de mise en retrait d’un monde devenu trop visible. Comme un procédé de mise à distance. Un paysage sonore se dessine. Le papier, interface palpable, médium tangible à la transmission, alors ancestral (papyrus, parchemin, codex, encore palimpseste ou manuscrit), faisait résonner admirablement, par le temps de l’exercice des inscriptions, la densité fragile, de la mise en jeu du corps porté par la tâche, son âme et ses émotions. Contexte où s’exprimer, relevait d’un engagement total désinvesti de l’effet de résultat immédiat. Les crayons sont ici les outils du prolongement du corps qui s’aventurent à des vitesses variées, complexes ou répétitives selon l’origine de leurs impulsions, physiques, mentales ou entre deux. Sous forme d’une dualité, entre concret et abstrait, ce fragment expérimental vous invite à éprouver physiquement un espace colorié par le son et ainsi, redonne une ample parole aux crayons. C’est, aussi suggérer et pérenniser l’engagement plein, de ceux qui témoignent, dénoncent, poétisent, ironisent par l’écrit. Par le biais de l’oreille, organe complexe à la richesse méconnue, il s’agit aussi d’une invitation à consacrer un réel temps d’écoute (dans son acception large) à la totalité des dimensions perceptives et sensorielles qui nous incarnent au monde.

Exposition des dessins de Delphine Loiseau

Du 19 octobre au 6 novembre – Galerie du Théâtre
Entrée libre du mardi au samedi de 13h à 19h et les soirs de spectacles
Vernissage mercredi 19 octobre 18h30

Scène Nationale d’Orléans avenue Pierre Ségelle 45000 Orléans

 

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