La Borne, vitrine contemporaine de la céramique

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La Borne

Qui s’attendrait à trouver un Centre d’art contemporain, au cœur du Berry, « au trou du cul du  monde », comme dit Lucien Petit, un artiste céramiste du cru ? Nous sommes à 25 km de Sancerre, à 15 bornes de Mennetou-Salon, des noms qui fleurent bon le solide pinard de terroir. D’ailleurs durant des décennies, il s’est fait ici des pichets pour le vin, des cruches pour l’eau et des pots à lait.

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Aujourd’hui, La Borne à quelques encablures d’Henrichemont, est devenu la capitale européenne de la poterie traditionnelle et de la céramique moderne. « Nulle part ailleurs on ne trouve une telle concentration de potiers, une centaine, et de céramistes, 70, dans un rayon de 30 km », lance Lucien Petit, président de l’association des céramistes de la Borne.

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Lucien Petit

Le centre de céramique contemporaine est un bâtiment lumineux aux lignes épurées, tout en longueur, aux murs blancs qui mettent parfaitement en valeur des œuvres belles, contemporaines, résolument surprenantes dans un tel village. De cette galerie de verre de 665 m2 inauguré en 2010, Lucien Petit explique : « C’est un lieu d’exception où nous avons l’opportunité de regrouper des céramistes, de style, de pratiques très variées ». Qui a dit que le Berry était…borné ?

Un village-atelier qui vit de son art

La Borne a réussi le tour de force d’être à la fois un  conservatoire de la poterie traditionnelle avec de l’imagerie populaire comme les épis de faîtage, les croix de calvaires, les pots à tabac. Des noms prestigieux sont attachés à ce mariage traditionnel de la terre et du feu, comme les Talbot, Bedu, Foucher… Mais la Borne c’est surtout un village-atelier qui vit toujours et de plus en plus de son art. Le centre céramique ouvre sur « l’espace « artistes invités » où s’exposent des artistes de renommée internationale comme Mia Refslund Jensen, une artiste danoise qui montre d’une part des bustes d’argile, de l’autre des jambes sans tronc. « Mon point de départ est le corps humain. Personne en particulier, mais des fragments. Quelque chose qui montre l’image momentanée d’un sentiment, d’un mouvement, d’une ambiance. Je pousse l’argile jusqu’à son point d’effondrement, pour provoquer une certaine perte de contrôle, qui donne la fragilité de la vie aux pièces.» 

Vient ensuite « l’espace carte blanche » où se mêlent les œuvres des artistes du cru  à celles de jeunes créateurs. Puis  la troisième partie, la plus attachante, celle qui montre la richesse et la diversité de la création céramique locale. Un surprenant buffet d’assiettes baveuses y dialogue avec des cruches de guingois et des jarres mordorées. « La Borne n’est pas que tourné vers le passé, c’est un village actif »,  précise Lucien Petit. Avec ses 35 000 visiteurs par an, le Centre d’art contemporain, trois étapes chronologiques de la poterie. Dans la chapelle voisine du Centre, le musée de la poterie retrace l’histoire ancienne de ce village installé dès le XIIIème siècle au milieu de la forêt près d’un filon d’argile conséquent découvert par les gallo-romains. Ce musée présente des pièces  anciennes utilitaires remarquables. Quant à Vassil Ivanoff il représente la première renaissance de la Borne. En effet dans la première partie du vingtième siècle, la poterie décline, détrônée par le plastique, comme la navigation fluviale par le chemin de fer. Mais en pleine occupation, des créateurs nouveaux, céramistes, sculpteurs s’installent à La Borne. En 1945 c’est au tour d’Ivanoff le Bulgare, qui y façonne ses émaux rouges « sang de bœuf » sa marque de fabrique.

Marier les techniques ancestrales et l’art moderne

img_9732Ivanoff, comme bien d’autres créateurs de la Borne, Pierre Mestre, Elisabeth Joulia, Yves et Monique Mohy, qui réussissent à marier les techniques ancestrales et l’art moderne exposent à travers le monde dans de grands musées (de la céramique à Sèvres), des expositions. Il existe une école de la Borne. « La céramique a le vent en poupe dans les arts plastiques », explique Lucien Petit. Adossé au centre de céramique contemporaine, deux fours traditionnels font la synthèse entre potiers d’hier et céramistes d’aujourd’hui. « Chacun peut y venir cuire ses œuvres ».

A deux pas de là, les locaux de l’ancienne école ont été transformés en atelier où des animateurs transmettent le savoir-faire de la culture céramique aux visiteurs. Qu’il vienne pour acheter ou pour le plaisir des yeux, il découvre, au fil des petites routes du village, et c’est un régal d’y déambuler, des ateliers et des petites boutiques de céramistes, flanqués de fours traditionnels dont certains, comme celui des Talbot, sont rallumés lors de grandes fêtes une fois par an. Cinq sont classés à l’inventaire des Monuments Historiques. Aux céramistes venus de France et d’ailleurs qui font vivre et prospérer la Borne s’est joint une population d’artistes d’autres disciplines, de graphistes, de journalistes…

img_9724« C’est un patrimoine vivant », précise Nathalie Mestre, vice-présidente de la Communauté de Communes qui a financé (avec les aides de l’Etat, la Région, le Département) la construction du Centre de céramique contemporaine. Son père Pierre Mestre arrivé à la Borne en 47, une des figures du village, venait de Paris. « Nous voulons toucher un public au delà des amateurs éclairés », dit Lucien Petit du Centre qui draine l’activité touristique et la renvoie vers les potiers et céramistes. Aussi des élus locaux comme Nathalie Mestre veulent garder la gestion du Centre « au plus près des habitants ». A la Borne, l’art contemporain est né directement de la cuisse du potier traditionnel qui a c’est bien connu, plus d’un… tour dans son art.

Ch.B

L’art brut de Jean Linard vaut bien une cathédrale

Une fois visitée La Borne, il est indispensable de faire quelques…bornes de plus et d’aller découvrir la cathédrale de Jean Linard qui laisse pantois. Peintre, sculpteur, potier-céramiste formé à La Borne.

jean linardLa cathédrale de Jean Linard, posée au milieu de nulle part, est souvent comparée à l’œuvre du facteur Cheval ou à la maison Picassiette à Chartres. Il a construit une maison vernaculaire et a peuplé un jardin d’œuvres monumentales. Cette œuvre d’art brut construite sur deux hectares de friches et de bois, est faite de bouteilles, de céramiques,  de mosaïque et de matériaux de récupération, de modules qui sortent des sons improbables au gré des vents, qui en font une cathédrale à ciel ouvert complètement déjantée, peuplée d’animaux monstrueux et de slogans pacifistes. Inscrite depuis 2012 à l’inventaire des monuments historiques, après une campagne de soutien qui faisait suite à des articles de Patrick Martinat dans le Berry et le Monde, la cathédrale de Jean Linard, à Neuvy-Deux-Clochers est-elle définitivement sauvée ? Rien n’est moins sûr.

Ch.B

La Borne, entre Bourges et Sancerre, à Henrichemont. Le Centre céramique contemporaine est ouvert tous les jours du 26 septembre au 31 décembre de 11h à 18h. Du 6 février au 24 avril de 11h à 18h. Fermeture annuelle du 1er janvier au 3 février.

L’entrée des expositions est à 3€, gratuite pour la boutique et la librairie, toutes les œuvres exposées sont proposées à la vente.

02.48.26.96.21

www.laborne.org

Du 22 au 30 octobre, grands feux 2016, cuissons au four à bois ouverts à tous. Une trentaine de céramistes cuiront dans 14 fours, l’occasion de découvrir l’art du feu. Rencontres autour de la terre, activités, cinéma, conférences tables rondes, ateliers démonstrations, animations pour les enfants et soirée musicale.

www.tourisme-hautberry.com

Commentaires

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  1. Bonjour,
    Merci pour ce très bel article, beau commentaire qui rend un bel hommage a ces créateurs , ces artistes de la terre, un lieu mythique de créations artistiques originales en plein Berry que j ai découvert en 1972 , pour mettre essayer, initier a la poterie.
    A l époque , es potiers exerçaient leur talent et savoir faire dans des ateliers très précaires ou dans les rues à la belle saison ,avec pour seul besoin, un tour , de la terre , et de l eau et de l huile de jambe pour activer le tour.
    un village, une communauté de passionnés, qui a su se développer , se réinventer, bravo.
    Pour reprendre votre propos de debut d artcicle; “Qui s’attendrait à trouver un Centre d’art contemporain, au cœur du Berry, « au trou du cul du monde », comme dit Lucien Petit, un artiste céramiste du cru” et bien si, le Berry est le trou du cul du monde, il a bien un Centre d Art Contemporain nommé TRANSPALETTES” crée en 1997 à Bourges et réouvert en septembre 2016, avec actuellement une belle exposition Entropia,( biologie, vidéo, astrophysique, sculpture, littérature, danse, photographie et anthropologie) une exposition qui regroupe des artistes dont Dorethee SMITH, une artiste vidéaste avec son filmTRAUM, qui se focalise sur un cas étrange de la fusion de deux corps qui questionne l’identité du genre, de l’hybride sur fond de conquête spatiale soviétique, qu elle accompagne par des photos, des sculptures qui complete parfaitement cette expo;
    http://www.radioneo.org/fr/actualites/view/17/reouverture-du-centre-d-art-contemporain-le-transpalette-a-bourges
    Simplement une information et invitation pour les amateurs d ARTS au sens large a se rendre dans le Berry qui, qui sait, est peut etre le nombril du monde ou tout au moins de la Region Centre, en tout cas novateur depuis longtemps(Printemps de bourges etc…..)
    Cordialement
    F.H

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