Blois : « peur sur la ville » ?

  • PDF
  • Email
  • Add to favorites

Dans la nuit de lundi à mardi 18 octobre, l’incendie criminel d’une voiture a détruit un commerce du quartier Quinière ravivant la flamme d’une délinquance chronique à Blois. L’exaspération des habitants est à son paroxysme. La réaction de la police et de la justice a été rapide, mais ça n’est pas toujours le cas. Majorité municipale et opposants s’affrontent tout en se questionnant sur l’efficacité des moyens d’actions.

Le "village Quinière", a pourtant beaucoup d'atouts séduisants.

Le “village Quinière”, a pourtant beaucoup d’atouts séduisants.

A première vue, il fait bon vivre quartier de la Quinière à Blois. Niché entre l’avenue de Château-Renault bordée d’arbres aux couleurs automnales et la forêt de Blois dans les mêmes tons, difficile de croire qu’on arrive dans une « zone de non droit ». Des immeubles HLM mélangés aux pavillons, un centre commercial de proximité, une Poste, une piste cyclable, un gymnase, un village d’entreprises, un centre social… On appelle même le lieu central « village Quinière ». Alors de quoi se plaindre ? Beaucoup de villes de même strate rêveraient d’une telle situation.

Une réaction rapide, pour cette fois

L'incendiaire a expliqué "qu'il ne souhaitait pas attenter au commerce, mais se venger auprès d'un copain qui avait volé cette voiture". 18 mois de prison dont 6 fermes.

L’incendiaire a expliqué “qu’il ne souhaitait pas s’en prendre au commerce, mais se venger auprès d’un copain qui avait volé cette voiture”. 18 mois de prison dont 6 fermes.

Pourtant, depuis plusieurs années, ce quartier autrefois tranquille subit des actes de délinquance récurrents, essentiellement liés au trafic de stupéfiants bien connue de tout le monde, policiers et riverains. Un palier a été franchi avec l’incendie volontaire d’une voiture dans la nuit du 18 octobre, détruisant un magasin et endommageant son voisin plus la Poste. Cela malgré la présence de deux caméras de vidéoprotection dont une installée récemment. Elles semblaient avoir un peu apaisé les choses. La scène – qui s’est produite vers 2h30 du matin – a donc été filmée. Le principal suspect s’est présenté de lui-même au commissariat le soir même. Il s’agit d’un jeune, âgé d’une vingtaine d’années, sans antécédents judiciaires. Il a reconnu être l’auteur de l’incendie volontaire. Il a été condamné à 18 mois de prison ferme dont 12 avec sursis, en comparution immédiate. Une décision ferme, rapide et attendue qui satisfait Marc Gricourt, maire de Blois : « cette condamnation est exemplaire, dans des situations comme celles-ci c’est ce que les gens attendent : une réaction rapide ». Une satisfaction qui peine à faire oublier les délais habituels du traitement correctionnel de la délinquance : 6 à 9 mois, parfois plus…

Une délinquance pourtant en légère baisse

Au-delà du choc, du désarroi et du ras-le-bol des habitants, se pose la question de la multiplication des actes de délinquance dans le Blaisois, problème qui n’est pas propre à la cité royale, mais dont la récurrence agace : rodéos bruyants de motos ou quads, pneus crevés en série en janvier quartier du Foix et plus récemment quartier Vienne, vols de légumes à l’association d’insertion « Les Jardins de cocagne », cambriolages et dégradations diverses, incendies de voitures etc.  Un sentiment qui ne résiste pourtant pas complètement à l’épreuve des faits – têtus comme chacun sait : les actes de délinquances sont stables et même en légère baisse dans le Blaisois.

Tout prêt de la Place Louis-XII, un lieu peu discret de trafic régulier de stupéfiants.

Tout prêt de la Place Louis-XII, un lieu peu discret de trafic régulier de stupéfiants.

De l’avis de beaucoup d’élus en responsabilités ou dans l’opposition il existe une hypocrisie liée au trafic de stupéfiants. La consommation de cannabis n’est pas sanctionnée en France, et on estime à 4 millions de consommateurs dont 1,5 millions réguliers, y compris dans des catégories sociales favorisées. Mais le jeu du chat et de la souris continue avec les trafiquants. Pour Yann Bourseguin, adjoint au maire de Blois en charge de la sécurité et tranquillité publique, c’est même pire que ça : « Sur les stupéfiants, il faut désormais voir le monde tel qu’il est et non tel qu’on souhaiterait le voir. Soit on légalise, avec le risque de reporter les trafics sur d’autres types de drogues. Soit on sanctionne réellement. Le décalage entre le temps judiciaire, le temps des élus et le temps des citoyens, devient insupportable. Il n’y a plus de peur du gendarme ni de la prison. Proportionnellement aux crimes et délits commis, les peines sont légères ».

Une brigade canine en 2017

Marc GricourtUne réponse pénale plus courte, plus dure et plus efficace, c’est aussi l’avis d’Anis Sabri-Lebaron, secrétaire départemental de l’UDI – qui se verrait bien un jour dans le fauteuil de Marc Gricourt – qui l’interpella vivement via Facebook le jour même de l’incendie de la Quinière : « On a l’impression d’une forme de déni de réalité. La réponse éducative, oui, ça peut marcher, mais pas tout le temps, la preuve. C’est la chaîne pénale qui est en question. La réponse dédiée est insuffisante. Cependant, quand vous êtes maire, ‘vous êtes à portée de baffes’, comme dit M. Leroy. Le maire de Blois est responsable de la réaction et pas de l’efficacité de la réaction. Il faut une réponse dédiée immédiate ». Un avis que partage Michel Chassier (FN) conseiller municipal : « Marc Gricourt dit : il y a des limites aux interventions. Ça veut dire quoi ? Qu’il y a des consignes de modération, d’évitement… On ne voit pas vraiment les choses bouger, les dealers sont toujours au pied des immeubles. Il y a un fort sentiment d’impunité ». Marc Gricourt se défend en précisant que « le travail se situe aussi en amont, sur les questions éducatives. C’est ce que nous faisons avec les enseignants et dans le cadre du CLSPD (Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance). Les parents sont souvent très démunis sur l’éducation des enfants. Cet axe est à renforcer et vous le savez ce n’est pas simple. On ne baisse pas les bras pour autant. La Police municipale va être renforcée d’une brigade canine en 2017, c’est un effort considérable pour une municipalité ».

« Le contrat républicain est basé sur l’ordre »

L'incendie, provoqué par un feu de voiture, a provoqué d'importants dégâts.

L’incendie, provoqué par un feu de voiture, a provoqué d’importants dégâts.

Police nationale et municipale travaillent déjà de concert, 34 caméras de vidéoprotection sont désormais disséminées à Blois (au lieu de 24 jusqu’en 2015), la municipalité met le paquet sur la prévention, en lien avec les enseignants, les associations etc. Que préconiser de plus ? Pour Michel Chassier, la réponse est avant tout sécuritaire : « une présence policière dans tous les quartiers, que les policiers puissent aller vraiment partout, de jour comme de nuit. Le pouvoir du maire est de renforcer les missions de la police municipale, mais on sait qu’elle ne peut pas travailler au-delà d’une certaine heure », avoue celui qui ne serait pas contre, non plus, le port d’arme pour les policiers municipaux. Marc Gricourt ne le cache pas, il craint que l’exaspération des habitants déborde, « ça se traduira aussi dans les urnes au printemps prochain, mais je ne vois pas ce que le Front national pourrait apporter de positif. Toutes ces questions sont en plus exacerbées par la situation économique et sociale ».

L’adjoint à la sécurité Y. Bourseguin semble vouloir aller plus loin – il a l’oreille du maire – avec un discours pas forcément politiquement correct à gauche : « on aurait du pouvoir si on avait la main sur les politiques de peuplement. A Blois, 37 % du logement est du logement social, ce qui induit une grande précarité concentrée dans un même territoire. Alors oui, le vrai sujet c’est aussi une meilleure répartition des populations de l’habitat social. Il serait temps aussi que la gauche ouvre les yeux sur notre capacité d’accueil migratoire. La seule intégration possible c’est par l’économie. Oui, je sens monter l’exaspération, c’est du jamais vu actuellement. Il est grand temps de rétablir l’ordre. Le contrat républicain est basé sur l’ordre ».  

F.Sabourin.

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

  1. Un excellent titre propre à apaiser (!) un peu plus le citoyen. Vous aviez aussi “Chicago sur Loire” ou “Blois brûle-t-il ?”. Allez, un petit effort …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Code de sécurité *



Recevez chaque jour les nouveaux articles par e-mail

Votre e-mail ne sera communiqué à aucun tiers et servira uniquement à vous envoyer les titres chaque jour par e-mail