Blois : Pierre Morabia et les Rhapsodies hongroises de Liszt

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Pierre Morabia.

Pierre Morabia.

Le 13 octobre, Pierre Morabia a ouvert sa saison de concerts- découvertes avec trois Rhapsodies hongroises de Liszt. Le corpus compte 19 de ces pièces, dont la composition s’étend de 1846 à 1886, l’année de sa mort. Pierre dissipe la confusion entre musique hongroise et musique tzigane  hongroise, dont relèvent les Rhapsodies, confusion entretenue par Liszt lui-même dans un ouvrage publié sous son nom en 1859. Il suffit d’énumérer quelques compositeurs hongrois tels que Bartok, Kodaly, Ligeti, pour comprendre que la musique de ce pays ne se limite pas aux mélodies populaires qui inspirent les Rhapsodies, airs issus du folklore et transformés en musique savante sous la plume habile de Liszt. Préfiguration des pages que nous connaissons, les dix Magyar Rhapsodiak de 1846 adoptent le plan du verbunkos où alternent le lassan lent et grave et la friska rapide et survoltée. Le compositeur excelle pour restituer au piano les effets sonores du cymbalum et la virtuosité du violon solo avec l’utilisation persistante de la gamme mineure propre aux tziganes.    

Vivacité d’un rythme, couleur d’une phrase musicale

Et justement, la Rhapsodie n° 11 se développe d’abord sur des trémolos quasi zimbalo. Le thème mélodique nerveux, très évocateur de l’orchestre tzigane, conduit à la brève czardas du finale prestissimo dans un vacarme joyeux.
    La courte Rhapsodie n° 3 installe un climat grondant d’andante en sol mineur dans l’extrême grave du clavier pour l’opposer à son ton relatif de si bémol majeur, sorte de ballade rêveuse conclue par un bel épisode irréel marqué dolcissimo.
    La Rhapsodie n° 13 s’ouvre sur un dolce mélancolique. Un contre-thème sautillant de vivace pour le violon affirme la particularité tzigane d’un point de vue rythmique. La coda tapageuse presto assai referme cette page sur un rythme enlevé de czardas.
    On ne peut imaginer interprète plus éclairé que Pierre Morabia pour faire vivre ces musiques, lui qui est allé les étudier à la source même, l’Académie Franz Liszt de Budapest. Mieux que quiconque, il sait mettre en valeur la vivacité d’un rythme, la couleur d’une phrase musicale, l’opposition de nuances entre deux passages voisins, la subtilité des modulations, « l’expression de certains des états de l’âme dans lesquels se résume l’idéal d’une nation » disait Liszt lui-même dans son ouvrage de 1859 Des Bohêmiens et  de leur musique en Hongrie.  Rien à ajouter !

Roger Bouchard.

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