A propos des manifestations policières

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Les citoyens ont tous un rapport ambivalent avec la police : ils l’adorent lorsqu’elle vient à leur secours, qu’elle libère des otages ou affronte une attaque terroriste, ils la détestent lorsqu’ils se font verbaliser pour une infraction routière, quand elle les matraque, les bouscule, et les gaze dans les manifestations de rue, aussi parfois lorsque des innocents Patrick Communalmeurent à la suite d’un tir de grenade, ou d’une immobilisation par compression thoracique.

Par Patrick Communal  

La police a aussi des rapports difficiles avec les habitants des quartiers populaires moins sujets à cette ambivalence. Les habitants des quartiers populaires savent en effet que s’ils font un esclandre dans un bar tabac du 6ème arrondissement de Paris, renversent une chaise et cassent un verre en insultant le patron, il est fort probable qu’une intervention rapide de la police mettra fin à bref délai à l’incident. En revanche quand l’un de ces mêmes habitants de Grigny ou de La Courneuve se fait tabasser en rentrant chez lui, et cramer sa Peugeot 106 au bout du rouleau, il se posera la question d’aller porter plainte tant il sait à l’avance que dans la meilleure des hypothèses, l’incident n’ira au-delà de la main courante que pour un enregistrement de plainte destiné au classement sans suite.

Police
Les habitants des quartiers populaires qui doivent souvent subir la loi quotidienne des petits caïds et des dealers en tous genre  savent aussi que lorsque la police pénètre dans leur zone d’habitation – parce qu’ils habitent des zones, des ZRU, des ZFU, des ZEP, des zones sensibles – c’est le plus souvent en formation militaire, avec des effectifs importants, des contrôles au faciès, un bouclage du secteur et parfois des caméras quand la démonstration de force a des visées communicantes pour le ministre de l’intérieur. Les quartiers populaires ont aussi vécu, dans le cadre de l’état d’urgence, 4000 perquisitions administratives particulièrement brutales, avec des portes enfoncées, des familles couchées au sol le fusil d’assaut sur le nez, l’appartement retourné entièrement, le tout pour déboucher sur 6 procédures anti-terroriste de faible intensité.

La politique du chiffre

Les habitants des quartiers populaires ont, moins que les autres citoyens, un rapport ambivalent avec la police parce qu’ils savent depuis longtemps que l’activité normale d’une police républicaine au service de la population, protectrice des habitants et auxiliaire de justice, s’est dissoute dans les mouvements de menton ministériels. Les dernières tentatives de Chevènement pour créer un ilotage dans les quartiers où c’était encore possible et rétablir le lien de la population avec une police de proximité participant aux actions de prévention, ont été définitivement liquidées par un petit politicien médiocre, au verbe hystérique, qui prétendait nettoyer la banlieue au karcher et a instauré la politique du chiffre tout en réduisant de manière drastique les effectifs. 12 000 policiers de moins sous Sarkozy et pas de manif dans les rues.

©Prefecture de police de Paris

©Prefecture de police de Paris

Alors, quand des policiers en sous-effectif, pénètrent dans un de ces quartiers autrement qu’en dispositif militaire, ils sont sujets à des incidents fréquents, parfois violents, ils sont insultés, provoqués ou caillassés, et quand ils débutent dans le métier, ils mesurent, non sans désarroi parfois, à quel point on les déteste.

Le supplice d’un jeune adjoint de sécurité brûlé vif dans sa voiture et demeuré longtemps entre la vie et la mort à la suite d’un guet-apens dans un quartier de Viry-Châtillon a légitimement provoqué l’émotion chez ses collègues et dans l’opinion. Cet évènement a été le détonateur d’un mouvement spontané de policiers qui manifestent dans les rues de Paris la nuit et quelques grandes villes en région pour exprimer leur colère mais ce mouvement inquiète à juste titre parce qu’il est porteur de dérives inquiétantes.

Le spectacle qu’on connait depuis quelques jours est celui d’hommes en armes, cagoulés ou masqués, adoptant un dress-code similaire à celui des blacks-blocs dont la violence a animé en permanence les manifestations de la loi travail, au point de questionner certains syndicalistes ouvriers tant la ressemblance est frappante. Ces hommes et ces femmes manifestent sans autorisation et en période d’état d’urgence, pour aller devant l’Elysée faire face aux barrages de gendarmes ou chanter la marseillaise sous la statue de Jeanne d’Arc, tout cela n’est pas sans évoquer ces mouvements factieux qui redressent la tête chaque fois que la république est vacillante.

Le mouvement est spontané, il est porté par la base mais fait l’objet d’une tentative de cadrage par les organisations syndicales représentatives, principalement le syndicat Alliance, majoritaire, et le SGP Police.

La pauvreté des moyens et la surcharge de travail

Il émerge de cette agitation plusieurs types de revendications, une dénonciation de la pauvreté des moyens matériels et en effectifs, la surcharge de travail ; de la part de la base une contestation des méthodes managériales, de l’attitude des grands chefs à plumes de la hiérarchie policière, une demande de modification des règles relatives à l’usage des armes de service et de la définition de la légitime défense à laquelle s’associent de vives critiques de l’institution judiciaire jugée laxiste vis-à-vis des délinquants puisque des manifestations sont prévues devant les palais de justice notamment à l’appel du syndicat alliance auxquelles ne s’associe pas le SGP Police qui a organisé des marches silencieuses le 26 octobre.

img_0541La pauvreté des moyens, la pression sur les personnels, la surcharge de travail est le lot de tous les services publics. Dans le langage « énarchique », on appelle ça la RGPP ou révision générale des politiques publiques. Une démarche qui consiste à diminuer les recettes de l’état en réduisant la fiscalité des entreprises et des revenus les plus élevés compensée par une baisse de la dépense publique. Les burn-out et la détresse des soignants dans les hôpitaux, les suicides de plus en plus fréquents à la Poste en raison des cadences intenables imposées aux facteurs, la souffrance des enseignants intervenant dans les secteurs en difficultés, les délais qui s’allongent en années dans les procédures judiciaires, tout cela est le lot commun de tous ceux qui ont fait le choix de servir l’état et leurs concitoyens. Ces politiques d’austérité se sont répandues partout en Europe pour devenir le dogme officiel. Là où elles ont créé des emplois, ce furent surtout des emplois de travailleurs pauvres et précaires, ailleurs, elles n’ont pas réduit le chômage, elles ont creusé les inégalités, accru les revenus des actionnaires au détriment des salariés. Pour autant, il faut croire qu’une majorité de la population est convaincue qu’il n’y a pas d’alternative puisque lors de nos prochaines élections présidentielles, ceux qui vont encore voter s’attendent à devoir choisir entre le fantôme du Maréchal Pétain et celui de Margaret Thatcher, lequel s’engage à nous assurer encore plus de sang et de larmes.

Engagements financiers et des promesses de moyens

Il suffit d’observer le regard de Bruno Lemaire dans ses meetings, quand il annonce la suppression de 600 000 fonctionnaires, on a l’impression que ce n’est pas seulement au tableau des effectifs qu’il veut les éliminer. Et ils sont tous sur la même longueur d’onde. Les policiers viennent cependant d’obtenir des engagements financiers et des promesses de moyens supplémentaires. Comme ceux qui font ces promesses ne sont pas les mêmes que ceux qui exécuteront la prochaine loi de finances, on verra si le nouveau président se sentira lié par les promesses de son prédécesseur, l’illusion aide à vivre.

police municipaleIl n’est quand même pas inutile de rappeler que le syndicat alliance, actuellement majoritaire, et dont le porte-parole sur les plateaux de télévision est un proche de Nicolas Sarkozy, a signé en 2008 un accord prévoyant la suppression de 8000 postes de fonctionnaires déjà énoncée dans la RGPP, étonnez-vous que la base prenne ses distances…

Mais ce mouvement se tourne aussi contre les palais de justice, les magistrats et les avocats, le syndicat des avocats de France (SAF) dans un communiqué récent invoque, non sans raison une menace pour la démocratie, soulignant que ni le caractère dramatique de l’évènement déclencheur, ni les difficultés avérées des conditions de travail de nombre de policiers, ne rendent acceptable cette volonté désormais officielle d’intimider l’institution judiciaire. On assiste en effet à une explosion des revendications politiques à l’égard, notamment de la magistrature, taxée de faire preuve de tolérance, laisser-aller, laxisme mais également des avocats complices de ce laxisme.

« Policiers agressés – République en danger »

Le SAF observe qu’au mépris de l’indépendance nécessaire de la Justice et de la séparation des pouvoirs, ces actions ont manifestement pour objectif d’exercer une pression en faveur d’une politique pénale toujours plus répressive et d’inciter le gouvernement à brider davantage la magistrature. Contrairement aux affirmations policières, les statistiques, les chiffres record de la surpopulation pénale, montrent que l’institution judiciaire n’est pas épargnée par cette tendance sécuritaire et fait au contraire preuve d’une surdité grandissante aux questions sociétales à l’égard desquelles le tout carcéral serait l’unique et utile réponse. Au demeurant, le rôle de la justice n’est pas de tenter d’apaiser une soif inextinguible de répression et de vengeance, que se plait à aviver l’extrême droite sous toutes ses formes.

Le SAF conclut fortement en rappelant que quand certains tracts, laissés sur les murs des tribunaux, proclament « Policiers agressés – République en danger », il est utile de rappeler que si les agressions de policiers mettent en danger les policiers, et affectent le maintien de l’ordre, ce sont les manifestations illégales de policiers et leur tentative d’intimidation de toute l’institution judiciaire qui mettent, elles, en danger la Démocratie et l’Etat de droit.

Il peut apparaître effectivement paradoxal de dénoncer l’existence de zones de non droit et de proposer en réponse de faire encore reculer l’état de droit, largement malmené par les dispositions d’exception propres à l’état d’urgence et la réforme récente du code de procédure pénale qui fait de notre pays l’un des plus répressifs de l’union européenne. Le bâtonnier de l’ordre des avocats de Paris déclarait même en mars dernier dans un entretien au Figaro qu’il pouvait nous faire basculer dans la dictature en huit jours.

 

Commentaires

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  1. Si certains osent soutenir que notre pays serait le plus répressif en Europe, ce n’est que sur le papier, que la surpopulation carcérale en serait l’exemple même, au delà la preuve de l’efficacité de notre justice pas sur. Il serait intéressant que le SAF vienne publier les chiffres des jours de prison prononcés et le nombre de jours de prisons effectués par le ou les auteurs d’agressions ce quelle qu’en soit la nature des policiers nationaux, des gendarmes et des policiers municipaux et plus largement des fonctionnaires assurant une mission de service public , des chiffre sans doute très révélateurs. Le SAF ne doit oublier qu’il fut un temps où agresser un policier, un gendarme, un fonctionnaire conduisait au bagne, dans les pires cas à rendre des comptes à Louisette et aujourd’hui le SAF serait bien en peine de soutenir le contraire, de tels faits conduisent trop souvent à un simple passage devant la porte des maisons d’arrêt une réalité incontestable. Une situation qui conduit les jeunes délinquants, celles et ceux qui partout créent la peur, par la violence dans nos cités, a ressentir un sentiment de toute puissance au point de ne point craindre de s’attaquer aux forces de l’ordre avec une violence inouïe. Réalité.

  2. Le problème vient des moyens. La Justice n’est pas laxiste elle manque d’argent. La Justice c’est l’ordre et le respect des règles. Tout le monde se plaint mais on ne se donne pas les moyens de les faire appliquer. Quand ont voit que Cazeneuve promet de nouveaux Flashballs aux policiers on se dit qu’il est à côté de la plaque. Il faut que les procès soient plus rapides et que les magistrats aient le temps de bien étudier les dossiers. En outre il faut plus de moyen pour les enquêtes de police car c’est bien beau de dire que les juges sont laxistes mais les policiers font parfois très mal leur travail. Il ne suffit pas de dire que untel est coupable il faut le prouver…et c’est le travail de la Police. Souvent c’est bâclé. Mais il y a tellement de travail ! La Justice est pauvre. A quoi bon faire des lois si on ne peut les appliquer ? Appliquer les Lois ce n’est pas réprimer les innocents ou remettre en cause la séparation des pouvoirs et l’institution judiciaire. A chacun ses responsabilités mais pourquoi ne donne t on pas plus d’argent à la justice ? Il n’y a pas qu’au pénal…les avocats en savent quelque chose il faut 2-3 ans pour avoir un jugement au TGI. C’est impossible. L’économie est menacée par les voyous économiques qui profitent des failles du système. Plus près d’ici je ne sais pas si le quartier Bourgogne d’ Orléans est un quartier populaire mais c’est la chienlit et l’ordre n’est pas respecté. Si la Police n’applique plus les réglementations, qui fait preuve de laxisme ?

  3. Très bon article. Comme le font remarquer de nombreux correspondants étrangers en France : “les policiers français se veulent au dessus des lois et de la loi de la République”. Donc : Policiers agressés = République en danger est très exagéré. Que veulent donc les policiers francais : tirer sur les gosses dans la rue comme aux états unis ? ce n’est pas mon choix. Je préfère la Gendarmerie !

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