L’onirisme foudroyant d’Hélène Duclos (Tours)

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«C’est le travail de cette artiste qui m’a donné envie de devenir galeriste». Après avoir découvert l’œuvre d’Hélène Duclos, on comprend vite la soudaine vocation d’Olivier Rousseau,
propriétaire d’une galerie éponyme rue de la Scellerie depuis septembre 2014. Une exposition d’une infinie richesse qui happe le regard, ne le lâche plus et bouscule vos certitudes sans pour autant vous plomber le moral. A voir jusqu’au 26 novembre.

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Art et ésotérisme font rarement bon ménage : les tentatives grossières de symbolisme exacerbé se soldent souvent par des machins lourdingues, fléchés à mort, qui finissent trop souvent en couverture de bouquin et où tout d’un coup la nausée vous prend parce que vous n’avez surtout pas envie de vous faire entraîner dans le cerveau malade d’un «artiste» qui, à part savoir super bien dessiner, n’a absolument aucun intérêt.

Dans l’univers d’Hélène Duclos, on rencontre aussi plein de figures qui évoquent la mythologie, quelques formes géométriques et surtout beaucoup de mises en scène qui rappellent moins ce symbolisme facile que l’univers d’artistes accomplis, comme certains tableaux (au sens de «saynètes») d’un Gérard Garouste par exemple. Car c’est bien la finesse et la «complexité légère» qui caractérisent le récit symphonique de cet œuvre aussi fouillé que volubile.

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Perchés sur de petits îlots, rassemblés de manière aléatoire (ou pas, c’est à chacun de voir) par les hasards de la vie ou d’autres raisons qui nous échappent, des groupes de personnages (pas toujours humains, et c’est tant mieux, parce qu’est-ce qu’on s’ennuie souvent, entre humains !) s’adonnent à d’obscures activités que l’artiste semble s’amuser à rendre volontairement indéfinissables : méditation, contemplation, chorégraphies, acrobaties, combats, disputes, accouplements, jeux, stretching postural (?!), ou un mélange de plusieurs… Ou des activités qu’on n’a pas encore imaginées ici bas. Une seule chose est certaine : on ne s’ennuie pas au pays d’Hélène Duclos.

Allez, cédons un peu à la tentation du symbolisme quand même : ces mini-communautés ressemblent étrangement à celles des réseaux sociaux où on cultive l’illusion quotidienne de s’adresser potentiellement au reste du monde et/ou d’y lire ce que le reste du monde pense et a à raconter, alors qu’en réalité seule une poignée de gens qui vous ressemblent (et accessoirement pensent à peu près comme vous) sont enfermés dans la même petite bulle.

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Le titre de l’ouvrage sur ce travail en vente dans la galerie, «Polysémies», et le titre de certaines toiles ou broderies («Le champ des possibles», «Limites à franchir», «Répartition des idées», «Connexions cérébrales»…) relèvent ici d’un espiègle euphémisme, là d’un jeu sur les mots, car il existe sans doute autant de lectures de cette chanson de gestes qu’il y a d’humeurs possibles chez chaque spectateur potentiel. A tel point qu’au cours même de votre visite, il est fort probable que votre perception d’un même tableau change, telle un ciel de traîne un jour de grand vent.

Cette étourdissante farandole de ribambelles au final plus souvent réjouissantes qu’inquiétantes nous (re)met devant les yeux tout un tas de questionnements sur la condition humaine et plus encore sur ce que nous voulons vraiment en faire, en quoi nous pouvons l’influencer : cette litanie de situations plus ou moins cocasses, entre ultra-moderne solitude et micro-sociétés en pleine réinvention, insuffle une envie de conquêtes, d’explorations inédites de notre rapport aux autres, aux animaux, aux végétaux, aux minéraux.

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Ces petits bouts minuscules d’exoplanètes qui flottent sur des toiles et parfois semblent se rapprocher, où se jouent (plus souvent dos à dos que face à face) des scènes en simultané, font d’une certaine manière écho au célèbre adage de François Truffaut dans Les deux anglaises et le continent : «La vie est faite de morceaux qui ne se joignent pas».

Hélène Duclos nous offre un puzzle fascinant dont elle dessine les pièces manquantes mois après mois et année après année – à un rythme soutenu, sur différents supports et avec différentes techniques – et dont elle seule visualise le résultat final. Ou pas.

Laurent Geneix

Exposition à la Galerie Olivier Rousseau, 48 rue de la Scellerie, Tours.
Œuvres de Hélène Duclos de 90 € à 4.500 €.

http://www.37degres-mag.fr/

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