Nous, Daniel Blake

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Je sortais hier soir, la gorge serrée, du “I, Daniel Blake”, de Ken Loach, totalement bouleversant. Derrière nous, deux dames mélanchonnaient contre le système tout en se félicitant que nous n’en soyons « pas encore là en France ».Gérard Hocmard

Par Gérard Hocmard,
Professeur de Première supérieure honoraire

Chacun reçoit à sa façon et selon sa sensibilité le « message » d’un roman,  d’une pièce ou d’un film. Certes il y a dans celui-ci la description d’une manière très British d’appliquer un règlement, de vivre un règlement et de mourir pour lui, « Queen and country », qui pourrait se traduire par : « jugulaire, jugulaire ! ». En France, l’attitude serait plutôt, selon la formule du philosophe Alain, de « mourir pour les affiches blanches de la mobilisation générale, mais rien de plus ». Ce qui m’a en tout cas le plus frappé dans la situation administrative toute kafkaesque dans laquelle Dan et Katie sont broyés, c’est, plus encore que le poids du système, l’effet de la numérisation sur les processus administratifs.

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Les procédures dont ceux qui sont chargés de les appliquer ne comprennent que le mécanisme et non la raison d’être, l’once de sadisme avec laquelle celui qui a le moindre brin de pouvoir fait sentir sa supériorité toute relative, l’incapacité à se mettre à la place de l’intéressé sont de tous les temps et de tous les pays. Mais pour ne pas compatir — de loin et à un niveau bien dérisoire par comparaison — aux tourments de Daniel Blake, il faudrait par exemple ne pas avoir eu de fille rentrant enceinte d’un séjour professionnel à l’étranger sans pouvoir faire valoir ses droits de couverture santé, ni même d’accès à la CMU, pour cause de serpent se mordant administrativement la queue sur écran, il faudrait ne pas avoir d’enfant revenant de pointer à Pôle Emploi et rentrant découragé de l’incompréhension de son référent, ne pas être soi-même empégué dans une histoire de taxe foncière d’auto-entrepreneur (réglée obligatoirement en ligne) parce que le site n’accepte pas le numéro de SIRET que l’on tape…

Alors, pensez donc, ceux qui n’ont pas accès à la Toile, ne savent pas utiliser un clavier et un écran ou tout simplement déchiffrent mal ce qu’ils y lisent après avoir mal appris à lire à l’école et oublié… Mais je m’égare : l’administration peut bien sûr compter sur la disparition progressive mais inéluctable de ces catégories, n’est-ce pas ? 

Nous sommes tous des Daniel Blake et ferions bien d’y réfléchir.

Gérard Hocmard.

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