Blois : Chopin sous les doigts de Pierre Morabia

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Pierre Morabia.

Pierre Morabia.

Le 17 novembre dernier, les fidèles auditeurs de Pierre Morabia se sont retrouvés à l’auditorium du conservatoire de Blois où l’acoustique est meilleure et les sièges plus confortables, pour écouter son concert annuel consacré à Chopin. Après avoir visité quasiment tous les genres à raison d’un par an, l’artiste aborde son compositeur préféré d’une autre manière. On ne sait pourquoi Chopin a laissé de côté une bonne cinquantaine de compositions en interdisant leur publication. Mais il s’est bien gardé de les détruire. Les héritiers ont bravé l’interdit et ils ont bien fait. Qu’on en juge au travers de quelques exemples : Pierre a déjà joué pour nous le Nocturne op. 72 écrit en 1827, mais publié en 1855, de même que les deux Valses op. 69 dites « de l’adieu » et « mélancolique », plus les trois  de l’op. 70 et celle en mi mineur probablement composée en 1827, mais publiée en 1860. Éditée en 1855 est la Fantaisie-impromptu op. 66, en réalité le 4e Impromptu, de loin le plus joué des quatre. Par ailleurs, on redécouvre un Prélude en 1918, une Marche funèbre datée de 1827, publiée en 1855… de même que Trois Écossaises… Trois Polonaises op. 71 publiées en 1855,  Huit Mazurkas op. 67 et 68… Le Nocturne op. 72 plus deux autres édités en 1875. Liste non exhaustive.    

 Virtuosité des doigts

La Mazurka est une danse à trois temps née chez les Mazurs, habitants des plaines autour de Varsovie. Elle se caractérise par son accentuation sur le deuxième, parfois le troisième temps habituellement faibles. Chez Chopin, qui en a composé toute sa vie, le corpus atteint une petite soixantaine. Pierre nous livre Deux Mazurkas sans n° d’opus classées parmi les posthumes,  publiées dès 1841. La 2e fut pour le banquier Émile Gaillard, élève de Chopin. Mais lisons le témoignage de Berlioz qui parle de l’artiste « les exécutant avec le dernier degré de douceur, au superlatif du piano, les marteaux effleurant les cordes tellement qu’on est tenté de s’approcher de l’instrument et de prêter l’oreille comme on ferait à un concert de sylphes ou de follets ».   

Les études nous ramènent à Chopin bien vivant. En 1839, Moscheles et Fétis se proposent d’intégrer dans leur Méthode des Méthodes (publ. en 1840) des pages qu’ils demandent à Mendelssohn, Liszt et Chopin. Après l’op. 10 et l’op.25, c’est l’occasion pour le compositeur de produire Trois Nouvelles Études qui traitent de l’indépendance des doigts : triolets de noires à la main droite et arpèges de huit croches à la main gauche, progression distincte de deux parties indépendantes superposées à la main droite, suite d’accords ternaires à la main droite sur un rythme binaire à la main gauche. Sont ajoutées des difficultés inattendues telles que l’utilisation dans des traits de virtuosité de doigts réputés faibles.    

Morabia : passionnant

Pour finir, trois Polonaises, genre lié en grande partie au drame de ce pays après l’écrasement de l’insurrection de 1830 et aux explosions de révolte d’une nation persécutée. Chopin en laisse une bonne quinzaine, qui couvrent presque toute sa carrière, la première datée de 1817 (l’auteur a sept ans ! ), les deux autres pas très bien situées par Pierre Morabia. 

La soirée permet de mieux comprendre tous les souvenirs rapportés dans sa mémoire par un artiste qui s’exile à vingt ans pour ne plus jamais retourner au pays natal. Pierre donne de toutes ces pièces une interprétation lumineuse. Il se présente particulièrement détendu, comme heureux de retrouver son fidèle auditoire. Comme toujours, il émaille son propos d’anecdotes, d’extraits de lettres. En un mot, il est toujours aussi passionnant.

Roger Bouchard.

Le prochain concert de Pierre Morabia sera donné au Temple le jeudi 15 décembre et consacré à Robert Schumann.

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