Fidel Castro appelait Denis Rousseau le journaliste tourangeau, « le rouquin »

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Icône de toute une jeunesse progressiste française parce qu’il avait délivré son île de la dictature de Batista. Et surtout parce qu’il avait défié durant des décennies “l’impérialisme américain”, Fidel Castro, le Lider maximo, père d’une révolution cubaine devenue une odyssée tropicale, contraint par l’embargo américain à se jeter dans les bras soviétiques, fut aussi un dictateur implacable. Quoi qu’on pense de sa gouvernance, c’est l’une des plus grandes figures du XX ème siècle qui s’est éteinte vendredi. Denis Rousseau, directeur du bureau de Tours de l’AFP est l’un des rares journalistes français à avoir côtoyé professionnellement Fidel Castro.

Sanchez, vec Fidel Castro au Mexique.

Fidel Castro au Mexique.

Journaliste à Cuba sous Fidel Castro n’était pas une sinécure. Durant quatre ans de 96 à 99, Denis Rousseau, maintenant Tourangeau,  a dirigé le bureau de l’AFP (Agence France Presse) à La Havane.  Il témoigne pour Magcentre.

castro2Un certain magnétisme

denis rousseau

Denis Rousseau.

Avec sa consoeur Corinne Cumerlato (La Croix) il en a tiré un ouvrage “l’île du docteur Castro” qui fait référence sur la vie à Cuba sous Castro. « Je le voyais assez souvent » raconte Denis Rousseau, « il venait régulièrement aux cocktails donnés dans les ambassades et je mettais alors un point d’honneur à lui poser une question d’actualité».  A tel point que le guide de la Révolution avait repéré le journaliste de l’AFP. « Je crois qu’au début il m’avait à la bonne ». Jusqu’à l’appeler amicalement « El colorado », (le rouquin), comme en atteste l’organe du Parti, Granma, qui retranscrivait fidèlement les verbatim de toutes les interventions de Fidel Castro, en public et parfois en privé. « Je lui avais un peu tapé dans l’œil et alors je me suis dit, “c’est devenu dangereux il faut que je prenne mes distances” ». Denis Rousseau les prendra tant et si bien au fil des dépêches qu’il envoyait en France, qu’il fut ensuite considéré comme « un traitre » et traité comme tel. Ainsi, après avoir évoqué à mot couvert la maladie supposé du lider maximo dans  une dépêche, Denis Rousseau sera-t-il interrogé jusqu’à cinq livre-rousseauheures du matin dans le bureau présidentiel (lire par ailleurs).

Le “soulagement” des Cubains

Fidel Castro qui marquera l’histoire contemporaine à jamais, était-il un homme hors du commun ? « Il dégageait non pas du charisme mais un certain magnétisme comme tous les dictateurs. Ce n’était pas un homme  « normal » parce que entièrement tourné vers le pouvoir ». Comment Denis Rousseau, a t-il réagi à l’annonce de sa mort ? « J’ai éprouvé une sorte de soulagement en pensant aux Cubains » dit Denis Rousseau. Il n’estime que la mort de Fidel Castro qui avait passé le témoin à son  frère Raul en 2006, ne changera pas grand-chose à l’évolution du régime cubain et à son rapprochement avec les Etats-Unis.

Ch.B

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Reporter sans Frontière avait relaté, dans un long article consacré à la presse étrangère à la Havane sous Castro, la nuit de Denis Rousseau chez Castro. En voici un extrait.

“Le mardi 22 juillet 1998 cependant, Fidel Castro, inaugurant la session ordinaire de l’Assemblée populaire cubaine, critique avec virulence la presse étrangère, accusée de “discréditer le socialisme, démoraliser la révolution et la combattre avec des mensonges et des intrigues de toutes sortes”. Après quoi, il invite les journalistes et les invités accrédités à quitter l’enceinte du Parlement, afin que les députés puissent “discuter en toute liberté et pour qu’aucune des paroles, critiques ou autocritiques prononcées ne servent de combustible aux campagnes infamantes menées contre ce pays”. Denis Rousseau de l’AFP relate ces événements, cite ces propos et ajoute dans sa dépêche : “Fidel Castro n’a cependant fait aucune mention des informations parues dimanche dans un quotidien américain (…) démenties lundi par le gouvernement cubain, les qualifiant d’’infamie’.

Convoqué, comme ses collègues de Reuters et de EFE, par Fidel Castro en personne à son bureau présidentiel aux environs de minuit, Denis Rousseau devra justifier sa dépêche, décortiquée mot par mot, jusqu’à 5 heures du matin. Le reproche le plus grave portait sur l’utilisation du mot “cependant”, un adverbe qui, aux yeux de Fidel Castro, “relançait de manière insidieuse et délibérée les rumeurs les plus fausses sur son état de santé” (le Nuevo Herald a lui-même démenti ultérieurement cette intervention chirurgicale et les propos du médecin qui n’en était finalement pas un). A un moment, raconte le journaliste, le leader cubain a “littéralement explosé” : “Mais qu’est-ce que vous croyez, nous savons lire, nous ne sommes pas des imbéciles, vous nous prenez pour des imbéciles !” La réponse de Denis Rousseau (“Je n’ai jamais pensé une telle chose de vous”) a subitement calmé l’échange devant témoins mais le correspondant a eu le sentiment “d’être devenu indésirable à partir de ce moment-là”.

 

 

Originally posted 2016-11-27 17:44:13. Republished by Blog Post Promoter

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