La Lozère, intemporelle

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Tandis qu’à Mende prospère une vie paisible autour du vieux bourg, on festoie en costume moyenâgeux le temps des Médiévales du Malzieu et l’on salue à proximité des bisons que l’on croyait disparus. Dépaysant séjour hors du temps.

Par Yves Hardy

Vue panoramique de Mende et de la cathédrale Saint-Privat © YH

Vue panoramique de Mende et de la cathédrale Saint-Privat © YH

Il suffit de passer le pont … pour plonger dans une autre époque. Il est vrai que le pont Notre-Dame, édifié au XIIIe siècle à Mende, a survécu à toutes les crues du Lot. Bâti en pierre en forme de dos d’âne, il donne accès à la vieille ville piétonnière où l’on se perd entre les rues des Trois mulets et du Chou-vert.

La tour des Pénitents, reste du Mende médiéval © YH

La tour des Pénitents, reste du Mende médiéval © YH

L’étroite ruelle de la Jarretière rappelle qu’hier Mende fut ville de garnison… Sans transition, nous débouchons sur le parvis de la cathédrale ou trône curieusement la statue d’un pape. « Urbain V, élu pape en 1362, est considéré comme le bienfaiteur de la cité », explique Emmanuelle, notre guide. Originaire de la région, il fit ériger la fastueuse cathédrale aux tours asymétriques. Autre curiosité, son clocher possédait autrefois la plus grande cloche de la chrétienté, baptisée la « Non Pareille » pour ses dimensions (3 mètres de hauteur, 33 cm d’épaisseur). Le temps d’admirer l’un des derniers vestiges des anciens remparts, la tour des Pénitents, et nous décidons de prendre de la hauteur en grimpant jusqu’à l’aérodrome, lieu culte s’il en est. Outre qu’il offre une vue panoramique imprenable sur la capitale lozérienne, il accueillit en 1966 le tournage de la scène finale de « La Grande Vadrouille », lorsque Bourvil et de Funès s’enfuient en planeur à la barbe des Allemands.

Bêtes du Gévaudan

Notre « vol plané » vers le nord du département s’apparente à voyage dans le temps. Nous arrivons au Malzieu alors que la 5e édition des « Médiévales » bat son plein. En costumes d’époque ou cottes de maille, les habitants déambulent oriflammes en mains. Puis, se déroule le défilé d’une trentaine de confréries en provenance de toute l’Occitanie. On remarque au passage celles, colorées, des Epicuriens des Combrailles et des Chevaliers gourmands du Gévaudan. À côté se déroulent un spectacle de fauconnerie et un tournoi où des combattants harnachés de pied en cap font résonner leur rapière sur le bouclier de l’adversaire. Artisans et restaurateurs sont de la partie et proposent aux commensaux de festoyer en arrosant les repas d’hypocras, boisson d’antan à base de vin et de miel. Nous croisons l’un des initiateurs des festivités, Lucien Trébuchon, large sourire aux lèvres. « Tout est parti, raconte-t-il, de la volonté d’une poignée de bénévoles. Nous disposions du décor de la cité, restait à créer l’événement pour donner un élan au village. » Objectif atteint. L’édition 2016 des « Médiévales » du Malzieu a accueilli près de 10 000 visiteurs.

L'un des mâles dominants de la harde dans la réserve des bisons d'Europe à Sainte Eulalie-en-Margeride © YH

L’un des mâles dominants de la harde dans la réserve des bisons d’Europe à Sainte Eulalie-en-Margeride © YH

Au sortir du village, un couple de paysans statufiés se défend à l’aide de fourches des attaques d’un loup-garou. Manière de perpétuer le mythe de « la bête du Gévaudan » qui, entre 1764 et 1767, fut à l’origine d’attaques mystérieuses se soldant par la mort d’une centaine de personnes. À quelques encablures, près de Sainte-Eulalie-en-Margeride, nous découvrons un autre animal qui hante nos souvenirs : le bison, associé à la conquête de l’Ouest. Plus grands et plus élancés que leurs cousins d’Amérique, les bisons de cette réserve européenne proviennent de Pologne. Ils sont 33 spécimens à s’être bien adaptés à leur nouvelle vie en semi-liberté. Ils se nourrissent d’écorces, feuilles et arbustes, mais on leur fournit en complément du fourrage pour éviter que la forêt locale ne soit dévastée. On approche de la harde en calèche : pas trop près tout de même, car si le bison peut être futé, il se révèle agressif si on le perturbe. Lorsque le mâle dominant lève la tête et nous fixe d’un air de défi, nous prenons du champ : « Le bison peut courir à plus de 50 km/h », précise notre accompagnatrice.

Tous égaux en droits

La cour intérieure du château de Saint Alban-sur-Limagnole © YH

La cour intérieure du château de Saint Alban-sur-Limagnole © YH

Dans la ville voisine de Saint-Alban-en-Margeride, autre spectacle rétro : une « Scénovison » bien conçue nous fait partager la dernière tournée d’Auguste, le facteur. L’occasion en pénétrant dans la salle de tri d’époque de se remémorer l’histoire locale que l’on complète en se rendant au château. Jusqu’au XIXe siècle, Saint-Alban accueillait en ce lieu les aliénés du département et d’ailleurs en recourant à la camisole de force. Il fallut attendre le début des années 1940 pour que cette médecine entame sa révolution sous l’impulsion de François Tosquelles, psychiatre catalan et républicain antifranquiste. Bientôt le château-hôpital servit de refuge à des résistants, des poètes comme Paul Eluard ou Tristan Tzara et des rescapés des camps de concentration. Dès lors, plus question d’imposer une épreuve carcérale aux malades mentaux. On ne parle plus que de leur rendre leur dignité. L’hôpital s’humanise en s’ouvrant sur l’extérieur. Les patients se promènent dans les rues de la petite ville. En expérimentant cette thérapeutique, les pionniers de Saint-Alban venaient de jeter les bases de « la psychiatrie institutionnelle ».

Le château de Castenet, au bord du lac de Villefort © YH

Le château de Castenet, au bord du lac de Villefort © YH

Changement de direction. Nous quittons la septentrionale Margeride pour les contreforts cévenols, plus à l’est. Près de Villefort, une imposante bâtisse du XVIe siècle, le château de Castenet, baigne les pieds dans l’eau. « La carte postale est plaisante mais la mémoire des anciens reste douloureuse », glisse Muriele, animatrice de la communauté de communes de Villefort. Voici un demi-siècle la construction du barrage de Villefort par EDF a conduit à l’expropriation de dizaines de familles rurales. Celles en particulier du village de Bayard. Lors de la mise en eau, la presse locale titrait : « Ci-gît Bayard mort pour le progrès ».

Aujourd’hui, la vie a repris et l’histoire, tourmentée ou non, alimente les discussions avec les visiteurs. Non loin, le hameau de La Garde-Guérin cultive ses traditions. Le village fortifié est situé sur une antique voie de passage, un axe nord-sud reliant les foires de Champagne aux ports de la Méditerranée, le chemin de la Regordane.

Au XIIe siècle, des chevaliers « pariers », c’est-à-dire égaux en droits et devoirs, assuraient la protection des voyageurs moyennant la perception d’un « péage » qu’ils se partageaient. Les sentinelles ont prospéré tout comme le village où subsiste à l’abri des remparts une tour de guet haute de 21 mètres. Surtout, une association locale regroupant gens du cru et résidents secondaires ont transformé le hameau en l’un des plus beaux villages de France. Une église romane du XIIIe siècle, un four à pain, un lavoir ou encore une demeure seigneuriale reconvertie en auberge ont bénéficié de travaux de restauration. Ex-professeur de lettres, Marie-Hélène Landrieu, pilier de l’association, rend compte de la démarche : « Nous avons voulu faire revivre cette place forte et que les efforts déployés profitent à tous. » Dans la meilleure tradition des « pariers » d’autrefois.

 

° Renseignements. Comité départemental du tourisme, à Mende.

Tél : 04 66 65 60 00 www.lozere-tourisme.com

° Y aller. En train, de Paris-Bercy à Clermont-Ferrand (3h30), puis en autocar jusqu’à Mende (3h30).

° Y séjourner. Le très agréable hôtel de France, ancien relais de poste, à Mende. 9, boulevard Lucien Arnault. Tél : 04 66 65 00 04 www.hoteldefrance-mende.com

° Y manger. « Le Sanglier » à Mende : 5, avenue Foch. Tél : 04 66 65 12 62. Et pour goûter au bison des Amériques, « La Petite Maison » à Saint-Alban-sur Limagnole. Tél : 04 66 31 56 00. www.la-petite-maison.fr

° À voir. Les Médiévales du Malzieu. 6e édition en mai 2017, lors du week-end de l’Ascension. www.lesmedievalesdumalzieu.org

– Réserve des bisons d’Europe à Sainte-Eulalie-en Margeride.

Tél : 04 66 31 40 40 www.bisoneurope.com

– Scénovision de Saint-Alban. Tél : 04 66 31 32 85 www.scenovisionstalban.com

– Visite du village médiéval de La Garde-Guérin. www.lagardeguerin.fr

° À lire : « Histoire du canton de Villefort », par Jean-Louis Maurin et Alain Laurans et « Mémoire des anciens du canton de Villefort », par Fanny Castaing et Lucien Pelen (Ed. de la Communauté de communes de Villefort).

– Guide. Lozère (Petit Futé, 9,95 €).

 

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  1. Une autre façon de découvrir la Lozère, c’est de la parcourir à pied, sur le tout nouveau chemin de randonnée d’Urbain V (GR670), en passant par les villes et villages où le bienheureux pape a laissé quelques traces (Le Monastier Pin Moriès, Mende, le hameau de la Fage, Florac, Grizac où il est né, Pont de Montvert où je conseille l’auberge des Cévennes pour y diner, St Etienne Vallée Française et St Jean du Gard).

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