Naples, le plan « Baie » des voyages en Italie

C’est une ville blanche, et rose, et bleue, adossée à la colline. On s’y promène à pied, ou en métro. Pour voir ses musées ou ses venelles animées. Sur la côte amalfitaine, Naples la mal-aimée s’est transformée en ville d’art et de culture. Sans rien perdre de son charme ni de ses atouts : la baie, le Vésuve et la pizza margherita.

Par Valérie Appert

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Dans les années 90, quand vous vous aventuriez en touriste jusqu’au centre historique de Naples, on vous harponnait le bras à tous les coins de rue. Pas pour vous dépouiller ! Pour vous mettre en garde, avec sollicitude, contre les voleurs. Rassurez, braves gens, ce temps-là est bien loin. Finis la paranoïa ambiante, la mauvaise réputation, la désorganisation des services publics, la saleté légendaire, les horaires fantaisistes des musées… Naples n’est plus bruyante, elle est animée. Ce n’est plus une cité chaotique mais une capitale culturelle où les musées couvrent trois millénaires d’Histoire, où le métro fait figure de parenthèse artistique, où les galeries d’art contemporain sont inaugurées au même rythme que les boutiques de créateurs. Entre le Castel Nuovo et le port, le patrimoine fait l’objet de travaux de réfection et d’embellissement ; comme sur la place Garibaldi, près de la gare centrale où se concentrent tous les transports souterrains, et qui ne sera bientôt plus ce grand parvis pas très reluisant.

5-naples-castel-dellovo-_6204-copyright-valerie-appertDésormais confiant, le touriste se laisse gagner par l’évidence : le charme d’une Naples aux mille couleurs – façades ocre ou blanches, nuages roses des bougainvilliers, vert ciré des palmiers – qui s’étage sur les collines face à la mer et à son chapelet d’îles. Ce repli de paysage qui fait le gros dos à l’est, c’est le Vésuve avec ses pentes sombres et son chapeau de nuées. Naples, aujourd’hui, s’éveille aux côtés d’un volcan qui somnole.

Ce qui fend le cœur de Napoli

Mais alors, la rumeur des ruelles encombrées, le linge étendu d’une fenêtre à l’autre, les scooters qui couinent au milieu des piétons ? La passion du calcio, les cierges offerts à tous les saints de la création, le goût de la margherita ? Palpables bien sûr dans bien des quartiers. Direction Spaccanapoli, littéralement le quartier « qui fend Naples », entre la très commerçante via Toledo et la via Duomo, et qui suit le tracé d’une voie romaine vieille de vingt-huit siècles ! Ici sont les églises (San Domenico Maggiore, Santa Maria della Anima del Purgatorio…), entre des palazzi du XVIe siècle, fréquentées dans une effervescence toute latine. L’ensemble a été inscrit au Patrimoine mondial par l’Unesco.

4-bis-naples-a-spaccanapoli-dans-la-rue-des-createurs-de-creches-_6131-copyright-valerie-appertOn ne peut pas louper la via San Gregorio Armeno, la « rue des crèches », avec ses boutiques qui alignent sur des dizaines de mètres des collections de santons… et de figurines plus profanes à l’effigie de Messi (le footballeur, pas le prophète) ou de Beppe Grillo. Tout près de là, existe une Naples méconnue et souterraine, creusée sur 200 km de galeries dans le tuf, une roche tendre issue des débris volcaniques du Vésuve et qui a servi de matériau de construction depuis l’Antiquité (entrée piazza San Gaetano). Pour retrouver la couleur locale, filons vers les quartiers espagnols, construits au XVIe siècle pour héberger les troupes du vice-roi de Tolède et dînons chez Nennella. Par quel miracle ce petit restaurant populaire a-t-il gardé ses plats maison (pâtes ou pommes de terre, friture d’anchois) à prix plus que modiques et cette agitation bienveillante que tolèrent les serveurs ultra-pressés ?

Barques au pied de la ville

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En redescendant par la via Toledo, entre deux rangées de boutiques de luxe, on gagne le quartier Monumental. Le Teatro San Carlo, la magistrale Galleria Umberto I dont la coupole de verre et de fer culmine à 57 m de haut, la piazza Plebiscito, imposante place en arc de cercle, égayée chaque année par l’œuvre d’un artiste contemporain, et le Gambrinus. Ah, le Gambrinus ! En voilà un qui n’a pas changé, même depuis les années 90. Dans ce café historique ouvert en 1890, tapissé de miroirs et organisé en petits salons, on choisira sur le comptoir de marbre la pâtisserie dont on va se régaler. Pourquoi pas une sfoliatella, un chausson en pâte feuilletée fourré aux fruits confits ou à la ricotta ? C’est la pâtisserie napolitaine par excellence. On l’accompagnera d’un macchiato zuccherato.

2-naples-face-au-vesuve-_6207-copyright-valerie-appertEt la mer ? Mais là, au bout de la via Santa Lucia que prolonge quasiment une presqu’île de tuf piquée d’un château : le Castel dell’Ovo. Les barques tanguent à ses pieds dans la petite marina du Borgo Marinaro et les restaurants affichent complet. De là se lance le lungomare, ce cours traditionnel de bord de mer qui ourle presque toute la ville, avec ses rochers (où se posent des nuées d’amoureux), ses jardins, ses vendeurs de granite… Si l’on marchait très longtemps (mais l’on peut aussi prendre le bus), on rejoindrait Mergellina, un petit port de pêche tout à l’ouest de Naples. On se glisserait, comme les habitués du coin, dans une petite crique déchiquetée, au milieu des barques bleues. Et l’on assisterait, dans la lumière dorée d’une fin d’après-midi, au retour des ferries. En toile de fond, le Castel dell’Ovo, fondu dans la masse bleutée du Vésuve.

Pompéi, au-dessous du volcan

naples-encadre-pompei_6114-copyright-valerie-appertComment programmer un séjour à Naples avec ses enfants en pleine année scolaire sans culpabiliser ? En les amenant à Pompéi. Voilà qui vaut bien une leçon d’histoire magistrale ! Tout est là : la ville commerçante et prospère, ses maisons patriciennes, ses boutiques, ses restaurants, ses temples et ses théâtres, ensevelis pendant 1700 ans sous une couche de cendres, lors de l’éruption volcanique du 24 août 79 apr. J.-C. C’est idéal pour comprendre la structure d’une ville concentrée autour de son forum ou l’art de bâtir une villa typiquement romaine avec son atrium, ses fresques et son impluvium. A ne pas rater : la maison du Poète tragique (les latinistes repèreront le motif « Cave canem », « Attention au chien » !), la voluptueuse Villa des Mystères et ces drôles de passages piétons en pierres plates destinées à traverser les rues inondées. Attention toutefois : beaucoup de travaux et de sites fermés (comme l’amphithéâtre). Prendre depuis Naples, place Garibaldi, le train Circumvesuviana qui relie les différentes communes proches du Vésuve.

Capri, les caprices d’une île

naples-encadre-sur-li%cc%82le-de-capri-_6196-copyright-valerie-appertComment ça « Capri c’est fini, on ne nous y reprendra plus ! » ? Navettes aller/retour chères, files d’attente partout, taxi indispensable pour rallier certains sites… Pas facile de profiter pleinement des merveilles de cette île située dans la baie de Naples, face à la péninsule de Sorrente. Falaises blanches, villas de villégiature, lézards tout bleus… A la haute saison, les touristes se répandent par grappes entières dans la commune de Capri, trustée par les célébrités et les grandes marques de mode, ou, plus loin, dans celle d’Anacapri. Avant d’embarquer pour la Grotta Azzurra et de chercher, au-delà des bougainvilliers en fleurs, la fameuse villa Malaparte. Puis de s’engager dans un chemin à pic pour s’offrir un bain de soleil sur une petite plage paradisiaque, mais payante (15/20 € l’entrée). Un Monaco de poche !

La Solfatara : on a marché sur un cratère

naples-encadre-la-solfatara_6216-copyright-valerie-appertPour les Romains, c’était l’entrée des Enfers ! La Solfatara se situe à une dizaine de km de Naples, à l’ouest, près de la ville de Pouzzoles ; ce cratère plat de 700 mètres de diamètre est né d’une explosion phréatique il y a environ 4000 ans. Un fois dépassé l’espace boisé qui le sépare de la ville, un étonnant paysage quasi fantomatique apparaît, une cuvette couverte de garrigue et de cendres blanches d’où s’échappent des fumerolles dans des vapeurs de soufre. Une visite d’une heure est nécessaire pour découvrir les nappes de boue qui bouillonnent à 140°, les cristaux de sulfure d’arsenic à l’entrée de la « grande bouche » ou les deux étuves, d’anciennes grottes reconverties dès le XIXe siècle en sudatoriums naturels. La tranquillité du lieu et la présence d’un petit restaurant et d’une aire de jeu invitent à prolonger l’après-midi, loin de rumeurs urbaines bien plus… infernales.

Le métro, une galerie à ciel couvert

naples-encadre-metro-station-universite-_6047-copyright-valerie-appertCe serait dommage, sous prétexte de flâner nez au vent, de ne jamais prendre le métro napolitain. Car depuis 2000 le projet Les stations de l’Art invite des artistes ou des designers de grande renommée à investir chaque station pour en faire une œuvre d’art. Et voilà un inconfortable transport collectif transformé en remarquable musée souterrain ! A la station Garibaldi, c’est Michangelo Pistoletto, l’un des piliers du mouvement contemporain Arte Povera, qui a incrusté sur un mur-miroir des photos grandeur nature d’usagers… du métro. Une confrontation confondante. La station Toledo est l’œuvre de l’architecte Oscar Tusquets Blanca qui l’a tapissée de mosaïques bleu et blanc et de leds pour, via l’escalator, une fascinante « montée au ciel ». A propos d’escalator, ne ratez pas celui de la station Università : grâce au designer Karim Rachid, celui-ci déploie marche après marche le profil de Dante, le poète italien.

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