Saint-Michel-Vibrac pris la main dans le seau à glace

Jean-Pierre Dick, skipper du bateau Saint-Michel-Vibrac, a franchi involontairement la limite des glaces, « zone interdite » sur la route du Vendée Globe. Deux heures plus tard, il a du faire demi tour pour sortir de cette zone interdite à l’endroit même où il l’avait franchi. Une étourderie qui lui coûte entre 100 et 200 milles et 8 heures sur ses concurrents les plus proches de lui, dont Jean Le Cam, et Thomas Ruyant. Mais au fait… qu’est-ce que cette « zone interdite des glaces », comment est-il calculé et par qui ? Réponse avec l’entreprise toulousaine CLS (Collecte Localisation Satellites), filiale du CNES, Ardian et de l’Ifremer, spécialisée dans les calculs de dérives et des courants marins tout autour du globe.

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C’est pour éviter d’entrer en collision avec les icebergs dans les mers du sud qu’une ligne délimitant une zone interdite à ne pas franchir est calculée sur la route du Vendée Globe…

Mur des glaces dites-vous ? « Nous assurons le système de localisation des bateaux depuis le premier Vendée Globe, et depuis 2008, un service de détection des glaces  », explique Sophie Besnard, responsable Vendée Globe au sein de CLS (Collecte Localisation Satellite, basé à Toulouse). « On utilise des observations radars embarqués à bord de satellites », précise Franck Mercier, responsable du service détection des glaces, « qui ont l’avantage de voir à travers les nuages et la nuit ». Les mouvements des icebergs qui remontent de l’Antarctique sont suivis depuis l’été précédent le départ du Vendée Globe. Début septembre, CLS édite une « situation générale », un peu comme pour les prévisions météo. « Ce sont les principales zones où sont détectés des icebergs. Cette année, il y en a beaucoup dans l’Atlantique sud. On définit à cette occasion une première ligne, le fameux mur des glaces, afin de pouvoir les signaler aux skippers ».

Opérateur CLS en pleine détection d'iceberg.

Opérateur CLS en pleine détection d’iceberg.

Les radars détectent les icebergs dont la taille minimale est de 100 mètres de long. « Actuellement il y en a un qui fait 20 km de longueur, à environ 48° sud, nommé A56 ». En dérivant, les gros icebergs se fragmentent en plus petits morceaux : les growlers. « Le 31 octobre, très proche du départ, on donne une nouvelle information, un nouveau brief et une nouvelle version de la ligne d’exclusion. C’est la version 1 avec laquelle les skippers sont partis ». Puis les ingénieurs océanographes de CLS utilisent une deuxième technique, avec leurs collègues de Brest et la station radar Vigisat, des images satellites radar haute définition, avec un affinement plus précis. La ligne des glaces est de nouveau modifiée. « On recale systématiquement devant le leader de la course, pour que la ligne soit la même pour tous et qu’aucun ne soit pénalisé et puisse éventuellement parcourir la même distance ». CLS discute également avec la direction de course pour montrer les zones qui seraient à modifier. « Toutes les observations sont intégrées dans un modèle de dérive, qui alimente une base de données pour déterminer quelle trajectoire les icebergs peuvent prendre. Les mises à jour sont quotidiennes ». C’est la direction de course qui valide et envoie aux skippers l’information. Les bateaux doivent accuser réception.

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Jean-Pierre Dick, skipper de Saint-Michel-Vibrac.

« Il semble que le skipper n’avait pas intégré dans ses logiciels de navigation le fait que les points définissant ce Mur des glaces avaient été remontés vers le nord, il y a plusieurs jours, en raison de l’accumulation d’icebergs avant les Kerguelen », indiquait vendredi 2 décembre l’organisation du Vendée Globe. Ce qui explique que Jean-Pierre Dick a involontairement franchi la ligne du « mur des glaces ». Le règlement du Vendée Globe impose, s’il ne veut pas subir des pénalités, de devoir faire demi-tour pour franchir à nouveau ce mur à l’endroit même où l’avait traversé.

dick saint-Michel vibrac« On ne détecte pas tous les icebergs, seulement les plus gros. Nous minimisons le risque mais on ne l’annule pas complètement. On crée une tendance, à partir d’observation du terrain, un modèle d’amélioration du terrain », concluent Franck Mercier et Sophie Besnard. Une histoire qui ne laissera pas de glace Jean-Pierre Dick sur Saint-Michel-Vibrac, mais qui pourra se consoler en goûtant une madeleine fabriquée à Contres… en Loir-et-Cher.

F.Sabourin.

www.cls.fr.  www.vendeeglobe.org/fr/

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