L’adieu aux larmes

Avec Les Larmes amères de Petra Von Kant, adaptée du film et de la pièce de Rainer Werner Fassbinder (1971), Arthur Nauzyciel quitte le Centre Dramatique National d’Orléans/Loiret/Centre qu’il dirigeait depuis 9 ans. 

Les larmes de Petra Von Kant Riccardo Hernandez

Les larmes de Petra Von Kant
Riccardo Hernandez

Un grand tapis blanc à poils longs, une méridienne et un magnifique et troublant visage sur une très grande toile au pied de laquelle va se jouer un dramatique huis-clos féminin. Ce visage, c’est celui d’Helena Peršuh alias Petra Van Kant : cette célèbre créatrice de mode allemande va tomber passionnément amoureuse de Karin (Arna Hadžialjevic), une jeune fille conquérante d’origine modeste, à qui la styliste va ouvrir la voie du mannequinat et de la réussite sociale. Mais tandis que Petra vit intensément cette relation sous le regard jaloux et impuissant de Marlène (Vesna Voncina), bonne à tout faire silencieuse et malmenée, Karin va la plaquer… Ravage. 

À l’ambiance aseptisée du luxe et du raffinement, Arthur Nauzyciel oppose avec brio la détresse dévastatrice d’un amour perdu avec une vibrante Petra Van Kant, entre Greta Garbo et Marlène Dietrich dans l’allure et une héroïne de tragédie grecque dans le jeu. Le public est aussi plongé dans un univers sensoriel : le satin des robes, le glissement des talons aiguilles sur la fourrure du tapis, l’effleurement des corps ne se touchant que dans le paroxysme de la passion, ou encore la douceur de la langue slovène dans laquelle la pièce est jouée (même si ce surtitrage a tendance à effilocher la concentration du spectateur plus river sur l’écran que sur la scène).

Outre les thèmes abordés de l’homosexualité, de la violence des rapports humains et de la passion comme source d’inspiration artistique, la pièce nous connecte aussi en toile de fond à l’histoire de l’Allemagne : nazie, avec la mère de Petra (Milena Zupancic) entre autres horrifiée de découvrir l’homosexualité de sa fille, d’après-guerre avec les ambitions de reconstructions, et celle moderne et vénale de la jeune Karin. 

« Il faut apprendre à aimer sans rien exiger », disait Rainer Werner Fassbinder. C’est au final, ce à quoi se résoudra Petra Van Kant à travers ce chemin initiatique qui s’achève dans une sorte de rédemption, un apaisement, une sérénité retrouvée.

Estelle Boutheloup

Dernière représentation de Les Larmes amères de Petra Von Kant ce samedi 10 décembre au CDN d’Orléans.

CDN Théâtre d’Orléans boulevard Pierre Ségelle 45000 Orléans

Arthur Nauzyciel, ses années créations à Orléans

Arthur Nauziciel

Arthur Nauziciel

Après 9 ans de direction artistique au CDN d’Orléans/Loiret/Centre, Arthur Nauzyciel prend la direction en janvier du Théâtre national de Bretagne à Rennes. Un passage marqué par différentes créations très éclectiques :  

Splendid’s de Jean Genet (2015)

La Mouette de Tchekhov (2012)

Abigail’s Party de Mike Leigh (2012)

Red Waters, opéra de Lady & Bird (2011)

John Karski (Mon nom est une fiction) d’après le roman de Yannick Haenel (2011)

Le Musée de la Mer de Marie Darrieussecq (2009)

Ordet (La Parole) de Kaj Munk (2008)

Julius Caesar de Shakespeare (2008)

 






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