Jérôme Combier: la création de Campo Santo à Orléans

Jérôme Combier dirige l’ensemble Cairn qu’il a fondé à la fin des années quatre-vingt-dix, ensemble musical qui est régulièrement programmé par la Scène Nationale. Il nous parle ici de la création de Campo Santo présentée ces mercredi et jeudi à la Scène Nationale d’Orléans.

Pyramiden campo santo

MC: Pourquoi ce titre de “Campo Santo” ?

JC: Bien sûr il existe à Orléans un lieu qui porte ce nom, un ancien cimetière, mais le titre n’a pas de rapport, c’est un hasard assez heureux puisque nous sommes programmés à Orléans depuis plusieurs années maintenant, mais non, Campo Santo c’est le titre d’un livre d’un auteur allemand  W. G. Sebald  sur lequel j’avais déjà travaillé, il y a quelques années, en 2011 avec la même équipe sur un autre livre qui s’appelle Austerlitz et que j’avais mis en musique.

Mais ici,  il n’est pas question de faire une adaptation du livre, d’ailleurs il y a peu de chose du livre, mais c’est plutôt, dans le prolongement de ce premier spectacle, s’inspirer d’une démarche proprement “sebaldienne” puisque cet auteur est un auteur qui arpente les espaces et les histoires humaines, ou les espaces où ces histoires humaines ont lieu : des gares, des hôtels des lieux comme ça. Il en fait matière  romanesque, l’idée étant de faire matière d’un lieu, peut être d’en arriver à son épiphanie, donc Campo Santo, c’est le titre du livre d’un auteur dont on va garder finalement que l’esprit, que la démarche artistique de cet auteur.

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MC: Et comment présenter ce lieu “Pyramiden”

JC: C’est un campo santo, c’est un champ de ruines c’est un cimetière à ciel ouvert à l’intérieur duquel on peut déambuler, c’est une ville qui se trouve au Spizberg c’est à dire à 1200 km du pôle nord, ville qui appartient à la Norvège mais où les russes avaient acquis quelques concessions pour y construire des mines de charbon.

Et il y a donc cette ville Pyramiden, qui est une ancienne ville soviétique, que les soviétiques ont acquis dans les années vingt. Ils s’y sont vraiment installés dans les années cinquante et cette ville a perduré jusqu’en 98. C’était une petite ville avec quand même un hôpital, une piscine, un palais de la culture, c’est une ville qui a compté dans ses temps fastes 1200/ 1500 habitants

MC C’est aussi le deuil d’une utopie ?

JC Utopie pas forcément puisque le lieu a existé, c’est peut être la ville emblématique d’un système, du système soviétique: il n’y avait pas d’argent là bas, c’est une ville qui vivait en autonomie même si elle était ravitaillée par Mourmansk, parce qu’au Spizberg il n’y a absolument rien, c’est une terre pelée, de cailloux. Donc tout a été importé là bas pour construire cette ville, le bétail, les végétaux qu’ils ont réussi à cultiver sous serres, oui, c’est une ville emblématique du système soviétique et qui se voulait assez heureuse. On en a quelques témoignages, on a quelques images d’une ville un peu vitrine, et il y avait aussi une fierté, ces gens là étaient un peu des pionniers: on les envoyait vivre là où l’homme n’avait jamais vécu, c’était sans doute la ville la plus septentrionale qui soit et il y avait une sorte de fierté à vivre dans ces conditions de vie extrêmes !

MC Et pour le spectacle que vous créez à Orléans ?

JC On s’est rendu deux fois là-bas, et on a capté plus de cinq heures de film, plus de trois mille photos et environ trois heures d’enregistrement de sons, on a capté des acoustiques , des vieux pianos déglingués… Et toute cette matière sert pour le spectacle qui est une sorte de déambulation à l’intérieur de cette ville, qui est aussi une déambulation littéraire puisqu’il y a des fragments de littérature de diverses langues qui a priori n’ont pas à voir avec Pyramiden, mais qui vont finalement éclairer notre parcours visuel dans une réflexion très libre sur ces images, et bien sûr, sur la musique qui est là comme une espèce d’environnement sonore, si l’on peut dire ça comme ça.

Donc c’est à la fois un spectacle visuel, de type installation même, puisqu’il y a une scénographie importante, c’est aussi une installation sonore, je parle pour moi (rire), c’est une pièce radiophonique puisqu’il y a des voix, c’est un spectacle musical, c’est en fait un peu inclassable: peut-être que l’on appellerait ça aujourd’hui “projet multimédia”, mais ça m’ennuie de le réduire à cette appellation-là.

Pyramiden campo santo

MC Campo Santo, c’est aussi une réflexion sur le temps ?

JC Oui il y a aussi une réflexion sur le temps et nos grandes questions avec Pierre Nouvel le scénographe, a été comment rendre cette sensation d’un temps très particulier, d’un temps étiré, d’un temps qui fait ouvrage aussi, puisqu’on voit à l’œuvre sur les photos, la rouille tout recouvrir, la ville se détériorer, comment rendre compte de cela ? Je ne voudrais pas dévoiler les choses parce que c’est l’enjeu premier de ce spectacle.

C’est important pour moi, c’est la raison d’être avant tout de Campo Santo , je ne suis pas russe je n’ai pas au départ d’accointances avec la culture russe, ni avec la culture soviétique, mais ce qui m’a retenu dans cette idée, c’est de faire de ce projet, au delà même du spectacle, d’en faire pour moi une réflexion sur le temps et sur la durée. Parce que en tant que compositeur, je vis complètement dans un temps parallèle finalement au temps chronométrique qui nous habite, et mon activité principale est de construire un temps particulier qui est celui du temps musical. Pour moi, c’est la raison d’être ce spectacle musical , mais c’est un spectacle qui fédère énormément de personnes et chacun y apporte des choses différentes.

C’est un spectacle multiple, depuis le programmateur en machinerie, l’informaticien musical, l’éclairagiste, le créateur lumière, le vidéaste et aussi le scénographe, le photographe avec qui on est parti à Pyramiden, et puis les musiciens, l’ingénieur du son, la régie, tout ça fait un spectacle qui a une originalité qui vient de moi mais qui a très vite été porté par un collectif.

Propos recueillis par Gérard Poitou

Campo Santo

Impure histoire de fantômes

Création mondiale – Coproduction

Composition, conception Jérôme Combier
Scénographie, vidéo Pierre Nouvel
Assistant mise en scène Bertrand Lesca
Réalisateur en informatique musical – Ircam Robin Meier
Ingénieur du son Sébastien Naves
Lumières Bertrand Couderc
Percussions Sylvain Lemêtre, Arnaud Lassus
Flûte Cédric Jullion
Guitare électrique Christelle Séry
Accordéon Fanny Vicens

Scène Nationale d’Orléans boulevard Pierre Ségelle 45000 Orléans

Mercredi 14, jeudi 15 décembre 20h30 – Salle Barrault

Renseignements et location 02.38.62.75.30

 

 

 

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