Campo Santo, le temps des ruines

La création de Jérôme Combier et de l’Ensemble Cairn, ce mercredi soir à la Scène Nationale d’Orléans, si elle n’a pas rempli la salle du théâtre, nous a plongé dans une réflexion sensorielle forte autour du temps. Le concept de temps prend une troublante dimension concrète dans ce spectacle qui nous entraine à visiter une ville abandonnée par les soviétiques aux confins du nord de la Norvège. (photo de une JB Sansnom)

Campo Santo Ensemble Cairn DR

Campo Santo Ensemble Cairn DR

“Nous anticipons sur les ravages du temps, et notre imagination disperse sur la terre les édifices mêmes que nous habitons: à l’instant la solitude et le silence règnent autour de nous, nous restons seuls de toute une nation qui n’est plus; et voilà la première ligne de la poétique des ruines” Denis Diderot Salon de 1767

Ponctuée de citations littéraires multilingues, les images extraites cette ville fantôme partent d’un temps minéral immobile et gelé pour introduire des marques temporelles d’abord fugitives, comme ces oiseaux qui traversent l’écran, puis le mouvement accéléré des nuages avant de suivre cette troublante rotation du soleil qui ne se couche jamais. Nos repères temporels se délitent, apparaissent alors les fantômes, mélancoliques images d’un rêve fier et joyeux à jamais enfoui .

photo JB Sansnom

photo JB Sansnom

Et que ce soit avec les tôles frappées des percussions “telluriques”, ou les étranges chorégraphies musicales de la guitare électrique ou de l’accordéon “quart de ton”, la création sonore dans une harmonie qui s’impose au fil du spectacle avec l’image,  participe de cette sensation d’un univers marqué tant par la trace que par l’absence de l’humain. L’écran se rétracte alors comme une ingénieuse ogive autour d’un  étrange spoutnik, objet si cher aux soviétiques, qui égraine du sable sur des tôles, image d’un sablier percussif, comme si le temps de l’écoulement se transmuait en son dans une sorte d’équivalence relativiste.

Voilà un spectacle que l’on peut certes qualifier d’avant-garde, mais qui a l’immense mérite de provoquer chez le spectateur une intime sensation sur sa condition temporelle, une expérience forte qui en fait sans aucun doute un spectacle grand public.

Gérard Poitou

Campo Santo

Impure histoire de fantômes

Création mondiale – Coproduction

Composition, conception Jérôme Combier
Scénographie, vidéo Pierre Nouvel
Assistant mise en scène Bertrand Lesca
Réalisateur en informatique musical – Ircam Robin Meier
Ingénieur du son Sébastien Naves
Lumières Bertrand Couderc
Percussions Sylvain Lemêtre, Arnaud Lassus
Flûte Cédric Jullion
Guitare électrique Christelle Séry
Accordéon Fanny Vicens

Scène Nationale d’Orléans boulevard Pierre Ségelle 45000 Orléans

Mercredi 14, jeudi 15 décembre 20h30 – Salle Barrault

Renseignements et location 02.38.62.75.30

 

L'Ensemble Cairn à l'issue du spectacle

L’Ensemble Cairn à l’issue du spectacle

 

 

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