Blois : Robert Schumann, éternel tourmenté

Pierre MorabiaLundi 15 décembre, Pierre Morabia a consacré son dernier récital de 2016 à des pièces de Robert Schumann. Impossible de dissocier l’œuvre de la biographie : né en 1810 dans une famille cultivée avec un père libraire, le jeune Robert se nourrit des poèmes de Heine, Hoffmann ou Richter.

Très rêveur et imaginatif, il s’invente deux personnages de jumeaux irréconciliables : Florestan, impétueux, emporté, tourmenté, et Eusebius, sage, raisonnable, contemplatif. De nos jours, il serait sûrement qualifié de bipolaire ! Tiraillé entre littérature et musique, Robert choisit finalement d’étudier le piano avec Friedrich Wieck, pédagogue et pianiste très compétent qui a tôt fait de discerner les potentialités de son élève, mais aussi très sévère et rigoureux. La relation tourne court quand Wieck comprend que sa fille Clara, elle-même virtuose et compositrice, éprouve envers Robert un amour partagé. Il leur faudra dix ans pour vaincre l’hostilité du père et pouvoir enfin se marier.

Les Trois Romances op. 28, sont l’objet du concert de ce jour. Nous sommes presque au terme de la période de dix ans pendant laquelle Robert n’a composé que pour le piano, toujours à destination de Clara, l’être aimé. La romance est un genre romantique par excellence et Schumann lui gardera toute sa vie un attachement particulier. Elle affectionne souvent un climat de rêverie tendre, d’échange amoureux, elle se plaît aux crépuscules, aux nuits de clair de lune. Mais chez Schumann, il arrive qu’elle s’agite et s’enflamme : telles sont deux sur trois des Romances op. 28 composées en 1839. La première se définit comme un Scherzo en si bémol aux accents passionnés, avec un trio central en fa dièse majeur suivi d’une sorte de développement du Scherzo, donc quelque chose comme une structure A-B-A’. Pièce inspirée à l’évidence par Florestan, qui cède la place à Eusebius dans la seconde Romance en fa dièse majeur, authentique chef-d’œuvre du piano romantique en dépit de sa brièveté (trente-quatre mesures !) dont le chant paisible pénètre les profondeurs insondables de l’âme. L’ardente mélodie vibre sous les pouces des deux mains à intervalle de tierce, effet unique qui nécessite la notation sur trois portées, dont deux pour la main droite. Schumann avait objecté avec humour que ce système ferait le désespoir de gens comme Czerny, car « ils ont tout juste assez d’idées pour une portée… » Les quatre mesures de coda rappellent paisiblement le thème principal. Plus développée que les deux autres réunies, la troisième Romance s’écarte encore du propos expressif suggéré par son titre. Pièce « à tiroirs » chère au compositeur, dont le schéma formel pourrait se noter comme suit :  A-B-A-C-A-D-B-A. Schumann appelle intermezzi les épisodes C et D de ce vaste ensemble encore inspiré par Florestan.

Pierre Morabia excelle pour mettre en valeur les climats variés que ces pages suggèrent. Il sait en faire ressortir toutes les couleurs. Comme à l’habitude, il émaille son propos d’extraits de textes très éclairants et non dépourvus d’humour. Nous le retrouverons toujours avec le même plaisir le 9 février prochain, dans un programme consacré à Prokofiev.
Roger Bouchard.

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