“Barbe-Neige et les sept petits cochons…”, par delà les contes de fée

La Scène Nationale d’Orléans propose pour la Saint Sylvestre et le Nouvel An  “Barbe-Neige et les sept petits cochons”, une fable subversive et jubilatoire, à la croisée de la danse, du mime et du théâtre, servie par huit danseurs hip hop de talent.
Un plein de rire vitaminé pour débuter la nouvelle année !

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c Dan Aucante

Laura Scozzi est la chorégraphe de ce spectacle “garantie sans ennui”. Barbe-Neige et les Sept Petits Cochons au bois dormant est un titre qui part complètement en vrille. Il colle parfaitement à son cocktail endiablé de contes pour enfants, vigoureusement secoués au shaker.

Interview

MC Pourquoi vous intéressez-vous aux contes de fée ?

Laura Scozzi Pour plusieurs raisons, c’est une démarche que j’ai commencée sur l’image, il y a une dizaine d’années, avec des danseurs contemporains. Qu’est ce qui se passe si on prend un costume et qu’on le met sur n’importe qui? Du coup ça devient la représentation de quelques chose, et comme on dit: ” le costume fait le moine” donc on pourrait mettre un chien dans le costume du pape, et on verrait toujours le pape et non un chien. Après c’est: comment ce décalage fait que tous nos codes sont perturbés, ça a commencé comme cela : comment déconstruire un personnage habillé d’une certaine façon ?

MC Pour faire rire ?

Laura Scozzi Faire rire n’est pas ma volonté première, mais c’est vrai que je suis un peu spécialiste dans le comique; c’est plutôt une rupture avec le sérieux avec le premier degré, c’est pour casser, et donner la possibilité d’envisager d’autres possibles, c’est à dire de ne pas se contenter de ce que l’on voit, pour pouvoir réfléchir à d’autres possibilités qu’on n’a pas l’habitude de voir parce que l’on a certains codes de regard.

MC Les contes de fées peuvent modifier notre regard ?

Laura Scozzi  Oui, à la base c’était justement pour subvertir les mythes. Le problème c’est l’image que Walt Disney a donné à ces personnages. A la base, le conte de fées c’est vraiment un parcours initiatique pour les enfants, donc c’est quelque chose qui a comme but de faire peur pour que l’enfant puisse inventer une solution à ses peurs, afin d’ affronter la vie d’une façon plus sereine. Mais Walt Disney s’approprie l’image justement et en a fait quelque chose très « eau de rose », quelque chose qui est mièvre, qui est naïf et qui n’est plus vraiment un parcours initiatique: c’est juste un divertissement. Les personnages ont encore investi les habits mais sans avoir la profondeur des vrais contes de fées.

MC Vous êtes plus proche des contes pour enfant que Disney ?

Laura Scozzi Oui je le pense profondément, je pense profondément lutter contre cette culture de masse qui est la culture ordinaire, oui bien sûr, je suis complètement pour le fond et pas pour la forme. Je pense que dans mon travail il y a une bonne dose de méchanceté, mais qui est traitée justement avec humour, c’est à dire qu’en fait, je m’englobe dans l’idiotie, dans le groupe des idiots je me mets dedans. Ce qui fait que, du coup, c’est plus facile de se reconnaître car on avoue soi même ses faiblesses donc les autres sont beaucoup plus à l’écoute si on ne donne pas des leçons de moralité.
Cet humour que j’utilise ça permet de parler de principes, de morale, enfin, de principes je n’aime pas dire ça, mais en tout cas de valeurs sans devenir moralisatrice, parce que si on veut me fermer à un spectacle, faites-moi la morale et je me ferme comme une huitre !

c Dan Aucante

c Dan Aucante

MC Le rire est une forme de liberté ?

Laura Scozzi Tout à fait ! Tous les codes sont un peu transgressés, je me suis intéressée à ces VIP du conte populaire et je les ai transformés en personnages de tous les jours: c’est un peu comme si nous mêmes, on s’habillait avec un beau costume de prince et qu’on allait faire nos courses. Du coup le quotidien de l’homme et de la femme, ou du troisième sexe peu importe, vient prendre le dessus sur le coté mythique, le coté conte de fée justement : les princes et les princesses se retrouvent aux prises avec leur quotidien et donc on ne sait pas ce qui va se passer après: Blanche Neige n’est plus avec son beau prince, ils ont eu quatre gosses et un divorce, il y a eu une crise boursière entre temps… Enfin voilà toutes ces choses de la vie, donc ce qui est drôle, c’est que ce sont des personnages que l’on connaît, c’est toujours Blanche Neige dans le costume de Blanche Neige, mais c’est un personnage très contemporain.
C’est ce qui fait rire, et c’est pour cela qu’on a besoin d’avoir ces codes pour pouvoir réagir au spectacle …

MC Vous vous situez au delà de la psychanalyse des contes de fée à la mode dans les années 70/80 ?

Laura Scozzi Je suis bien sur, sous l’influence de ces bouquins-là, évidemment, j’ai lu ces bouquins il y a dix ans lorsque j’ai commencé mon travail, j’ai absorbé et puis j’ai recraché à ma manière les principes, ou en tout cas les choses qui m’ont frappée. 
Mais moi je travaille vraiment sur le terrain, je travaille à l’instinct, sur un ressenti pas sur quelque chose d’intellectuel, ou de conceptuel. Tout ce que je crée, ça vient vraiment de quelque chose de physique, d’une sensation physique et pas du tout d’un travail de table. Je peux imaginer plein de choses mais il faut que ça me fasse réagir instinctivement et physiquement et pas pour me dire que ça, ça veut dire ça parce que… il me faut quelque chose de tangible et de réel à imaginer et à voir.
Je travaille plutôt sur les clichés, donc les clichés tout le monde connaît, je donne une autre lecture essentiellement des moments forts des histoires, par exemple sur Cendrillon quand elle perd son soulier dans les marches, et j’en ai fait plusieurs versions : qu’est ce qui se passe si ?… Je fais plein de versions différentes de ces moments-là et tout cela c’est vraiment instinctif et visuel, c’est très spontané.

Propos recueillis par Gérard Poitou

Barbe-Neige et les Sept Petits Cochons au bois dormant

31 décembre 2016 20h 30* et 1° janvier 2017 17 h

Scène nationale d’Orléans avenue Pierre Ségelle 45000 Orléans

(enfants à partir de 8 ans)

Renseignements et location 02.38 62 75 30
*Attention la séance du 31 décembre est déjà complète, vous pouvez néanmoins vous inscrire sur une liste d’attente en cas de désistement.

Conception, mise en scène Laura Scozzi
Chorégraphie Laura Scozzi
Avec la participation des danseurs Dorel Brouzeng Lacoustille, John Degois, François Lamargot, Céline Lefèvre, Sandrine Monar, Karla Pollux, Mélanie Sulmona, Jean-Charles ZamboMusique Niccolò Paganini
Scénographie Natacha Le Guen de Kerneizon

 

 

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