Orléans : l’hôpital inauguré. Oui, mais…

En service depuis l’automne 2015, le CHR (Centre hospitalier régional) d’Orléans-La Source a été inauguré en grande pompe lundi 2 janvier par le Premier ministre Bernard Cazeneuve et Marisol Touraine, ministre de la Santé. Un équipement ultra moderne à 700 millions d’euros résolument tourné vers le XXIe siècle, mais qui laisse aussi un goût amer au personnel soignant, en sous effectif chronique.

Bernard Cazeneuve

Bernard Cazeneuve

L’hôpital, cette « grande maison pleine de malades » comme disait Leslie Nielsen dans Y a-t-il un pilote dans l’avion ? en compte probablement plus que ce qu’on imagine en y arrivant. Le Centre hospitalier régional d’Orléans-La Source, ouvert fin 2015 (et même en juin pour la maternité d’Orléans) mais jamais inauguré jusqu’alors, est peut-être un modèle sur le plan architectural, technologique, un de ces bâtiments de santé public résolument tourné vers le XXIe siècle, mais il souffre, aussi, de son cruel sous-effectif, rendant difficile pour ne pas dire impossible le travail des personnels soignants. C’est en tout cas ce qu’a osé dire Marie Capdeville, infirmière en réanimation et déléguée du personnel à la commission médicale de l’établissement (déléguée syndicale Sud Santé) : « L’hôpital du XXIe siècle ? Sans personnel ? La qualité de soins est en baisse. On nous avait parlé de 1.000 postes créés, il y en a eu 100 pour 120 lits supplémentaires. En médecine interne – le supplétif des urgences – jusqu’ici pour trente patients il y avait deux infirmières et deux aides-soignantes. Avec le nouvel hôpital, le nombre a été divisé par deux. A part en réanimation, il n’y a pas de normes de personnel minimum », dit amèrement cette infirmière depuis 36 ans, à quatre mois de la retraite. « Je n’ose plus dire que je travaille à l’hôpital, tant il y a de réclamations de la part des patients et leurs familles », ajoute-t-elle sérieusement. Ceci en réponse à Danièle Desclere-Dulac, présidente du collectif inter-associatif sur la Santé, qui va bientôt se transformer en Union nationale des associations agréées de Santé, qui temporisait les « péripéties liées au déménagement ». « Notre hôpital a un visage humain. Nous faisons la médiation entre ce qui peut être fait et ce qui doit être fait », disait-elle pour sa part

Baisse de la qualité de soins

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Manifestation des syndicats devant le CHRO en marge de l’inauguration par le Premier ministre.

Le Premier ministre Bernard Cazeneuve et la ministre de la Santé Marisol Touraine ont eu le loisir d’entendre cette infirmière qui courageusement s’est avancée vers eux, une fois les discours fleuves achevés, et les nombreux satisfécits et auto-congratulations de rigueur en ces moments-là eux aussi clôt. Olivier Carré, maire d’Orléans, Olivier Boyer le directeur du CHR, Serges Grouard député et ancien maire d’Orléans : tous ont salué, « la chance d’un tel équipement ;  l’ouverture seulement deux mois après la fin des travaux, une logistique de déménagement hors norme ; des activités soutenus (+ 40 %  de séjours en 2016 en gastro, pneumo, néo-natalité, etc.) ; un hôpital à fière allure et à la hauteur »… Sans oublier de saluer « le grand professionnalisme du personnel, c’est un hôpital pour les patients, mais aussi pour les personnels » a déclaré S. Grouard. Ont-ils tous entendu le public tousser, car même s’il n’était pas « nombreux » à cette inauguration, le « personnel » était quand même là, et visiblement pas aussi enthousiaste que les parlementaires et les ministres. Dehors, dans le froid humide et glacial d’un 2 janvier saumâtre et gris plombé comme un costume de pompes-funèbres, les syndicats CGT, FO, Sud avaient organisé une petite manifestation réunissant une centaine de militants pour dénoncer, selon la CGT notamment, « la politique d’austérité du gouvernement » en matière de santé publique. « 22.000 suppressions de postes annoncées par Marisol Touraine pour 2017 ». Mais aussi « les CDD, emplois précaires, la politique de mutualisation envisagée qui ne fera qu’accroitre la baisse des effectifs, les conditions de travail délétères et la baisse de qualité des soins ».

“ll faut entendre et accompagner les personnels”

Bernard Cazeneuve

Marie Capdeville (à d.) interpellant la ministre de la Santé et le Premier ministre sur la baisse de qualité des soins liée au sous-effectif.

Mutualisation, maîtrise budgétaire, équilibre des comptes réclamé par la Sécurité sociale : Bernard Cazeneuve, dans son discours s’est essentiellement adressé aux Parlementaires présents, notamment quelques proches d’un certain… François Fillon. Histoire de faire passer des messages (lire l’article ici). « La politique d’investissements, la gestion rigoureuse et la mutualisation des moyens permet un nouveau rôle territorial aux hôpitaux. C’est un symbole du service public, et un des piliers de notre pacte social », a-t-il déclaré devant environ 150 à 200 invités. « La loi de modernisation de notre service de santé, ce sont 10 milliards d’euros supplémentaires par an pour l’hôpital public. Cela permet des financements d’envergure, comme pour ce CHR dont le début du projet remonte aux années 2000, et je me réjouis qu’il ait traversé les différents gouvernements ». Le Premier ministre se fait même l’infirmier au chevet du patient Hollande : « ce sont 31.000 postes qui ont été créés depuis 2012. Mais il faut aussi adapter l’hôpital aux nouvelles formes de prise en charge. Cela a pu engendrer des ruptures et des souffrances. Il faut entendre et accompagner les personnels ».
Dans le public, certains de ces personnels esquissent des sourires crispés. La douleur d’un soin palliatif, peut-être…

F.Sabourin.

Commentaires

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  1. est – il normal que dans un hopital du xxi eme siècle
    toutes les toilettes du rez de chaussée soient dans un etat de saleté deplorable ou même fermées …. j’ai pu le constater helas puisque je suis allée voir mon mari hospitalisé pendant 35 jours … ! pas de changement!!!!!!

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