Contrôleurs SNCF : speak english, please !

La scène est à bord d’un TER de la Région Centre-Val de Loire, entre Orléans et Tours. Un réfugié soudanais a bien un billet, mais il ne l’a pas composté. Ignorance réelle ou fraude délibérée ? Nous ne saurons pas. Et ça n’est pas la question.

Passe le contrôleur, plutôt jeune, qui constate que le billet n’est pas composté, et réclame 20 € supplémentaires. L’homme ne les a pas, ne comprend pas. Soupire d’agacement de l’agent de contrôle, qui demande une pièce d’identité “ou un passeport”. Pas de papiers, “I am a refugee, I don’t understand“, dit l’homme à côté de nous. “Même réfugié vous devez avoir une pièce d’identité” répond sèchement l’agent, en français dans le texte…  Le réfugié soudanais finit par comprendre qu’il doit se justifier, et sort un papier officiel plié en quatre, tamponné de la préfecture où son nom et une photo sont imprimés. Une copie de sa demande d’asile. Le contrôleur sort illico un terminal de poche sur lequel il pianote les informations disponibles. Le tarif monte : 70 €. Ça commence à faire cher l’oubli ou la fraude.

Courageusement, j’avise le contrôleur qui vient de dire au voyageur sans bagage “before you take the train, you must check the ticket“, dans un anglais presque impeccable. Je me hasarde, avec un matelas de formules de politesse et ma plus douce voix (si, si, c’est possible) : “Euh… les annonces, vous ne pourriez pas les faire aussi en anglais ? Ça éviterait peut-être à des gens de se trouver en porte-à-faux avec des billets non compostés ?” (une annonce est en effet systématiquement faite au moment du départ : “les voyageurs n’ayant pas acheté ou composté leur billet doivent se signaler aux contrôleurs lors de leur premier passage et ce avant toute opération de contrôle”). Réponse cinglante du contrôleur à casquette et veston Armor Lux : “Il faudrait que les contrôleurs soient bilingues alors ?” Moi : “Non… pas jusque là, rassurez-vous, mais il me semble vous avoir entendu parler anglais il y a dix secondes…” Lui : “Ce sont des phrases stéréotypées qu’on apprend par cœur”. Moi : “Ben rajoutez-en une ou deux, ça permettrait peut-être d’éviter ces situations… et peut-être aussi à des touristes – nombreux en région Centre-Val de Loire – de comprendre vos annonces marmonnées si rapidement que même nous Français nous ne comprenons pas toujours”. C’en est trop pour lui, qui tourne les talons en marmonnant (justement) mais on n’a pas compris quoi.

Notre réfugié soudanais regarde dépité le ticket de caisse sorti du terminal (probablement made in China) du contrôleur. En quittant le train, je lui tapote sur l’épaule : “Welcome in France, and good luck !”. Il a compris, je crois.

F.S.

 Droit de suite : des éléments d’informations peuvent être ajoutés à ce billet, au ton ironique assumé (c’est un “billet”), mais qu’il convient déontologiquement d’apporter au lecteur. Le voyageur dont il est question dans ce billet semble coutumier du fait, et, selon nos informations recueillies depuis, ce ne serait pas la première fois qu’il tente de voyager avec un titre de transport non composté. Ce qui pourrait expliquer une certaine façon plus “directive” du contrôleur de s’adresser à lui. Dont acte. Nous prions la SNCF de bien vouloir accepter nos excuses pour la gêne occasionnée.

Commentaires

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  1. Mon commentaire que je vous smoiuets…

    55 ans après, rien ne m’étonne. En 62, quand je suis arrivé d’Algérie à Cloyes (28), charmant port de pêche sur le Loir, l’épicière du village m’avait précisé que les Français passeraient devant moi dans la file comme “vous le faisiez là-bas, chez vous, avec les Algériens”. Puis, pensant que je ne pratiquais pas la langue de Molière, elle m’avait parlé en utilisant des mots où le patois local mi-percheron, mi-beauceron, se mélangeait à du “petit nègre oral”. C’était donc l’inverse de Clément, mais tout aussi agressif et violent. Et je ressens, encore, la “gifle virtuelle” reçue à 16 ans pour mon arrivée dans la mère Patrie…

  2. Je lis Mag Centre pour avoir quelques infos sur ma Région, certainement pas pour lire ce qui s’apparente à un reglement de compte entre un journaliste et la sncf. Où est donc l’information que vous prétendez porter ?

  3. Cet article, dans son existence comme dans son ton, suinte la condescendance. Sur le fond, il s’agit d’une tribune de plus pour l’anglicisation rampante, à laquelle résisterait les autochtones bas de plafond.

  4. Pauvre réfugié, sale fonctionnaire… On a tout l’arsenal du petit moralisateur dans cet article qui se veut caustique…
    Dommage, parce que la plume est alerte, et le style agréable.

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