Bel élan musical avec La Rêveuse et Buxtehude

 
Place à de la musique cousue cœur, cousue main, cousue âme, cousue souffle. 

La Rêveuse photo Ségolène Perrot

 
D’ores et déjà “Choix de France Musique”, le nouveau disque de l’ensemble orléanais La Rêveuse, consacré à l’Allemagne et aux sonates en trio de Dietrich Buxtehude (1637-1707) sortira officiellement le 3 février prochain lors de la Folle journée de Nantes où l’ensemble donnera cinq concerts. Publié par Mirare, ce CD “Sonates manuscrites pour violon, viole de gambe et basse continue et autres sonates d’Allemagne du Nord” porte en pochette la reproduction d’une oeuvre d’Anthonie Verstraelen, ” Winterlandshap” ( 1623 La Haye Mauritshuis).
Dans cet opus, Stephan Dudermel, violon, Florence Bolton et Emily Audouin, violes de gambe, Benjamin Perrot, théorbe, Carsten Lohff, clavecin, Sébastien Wonner, orgue,  célèbrent une figure marquante de la musique instrumentale.
Florence Bolton: “Il a donné ses lettres de noblesse à la sonate en trio allemande en y intégrant le style fantasticus, ce langage instrumental très contrasté et théâtral où l’imagination et la virtuosité règnent en liberté.”
 
Une œuvre accomplie où riment virtuosité et spiritualité
 
Place  ici à l’œuvre de l’organiste et administrateur de l’église Sainte-Marie de Lubeck, personnalité que l’on venait voir et écouter de loin tant il était reconnu pour ses improvisations à l’orgue ainsi que pour ses  Abendmusiken, ces veillées musicales au cœur d’une ville  telle un  “foyer musicien de premier ordre ou virtuosité rimait avec spiritualité”.
Avec cet opus enregistré en octobre 2015 en l’église protestante allemande de Paris, voici le beau compagnonnage de La Rêveuse avec un compositeur réclamant toujours l’interprétation de musiciens accomplis. Florence Bolton: “C’est dans ces variations libres que le compositeur a le mieux exprimé son imaginaire fécond.”
 
Avec ces sonates harmonieusement offertes par un ensemble de haut et de doux vol, voici le son flûté de l’orgue, le travail de haute lisse de l’orgue et de la viole de gambe, le délicat perlé du théorbe, la limpidité éloquente d’un minimalisme qui invite tour à tour au recueillement et à la danse.
Magnifique est la prise de son  de Hugues Deschaux, directeur artistique qui a remarquablement prêté l’oreille à cette délicieuse fugue d’œuvres, à ces moments de grâce  faisant montre d’un charme bondissant. Benjamin Perrot et Florence Bolton: “ Hugues est presque un autre membre de l’ensemble, il a ce très bel art de savoir respecter les fragilités de l’artiste lors de l’enregistrement.” Pour la belle histoire, ce sont en fait Florence Bolton et Benjamin Perrot qui ont effectué le montage du disque à raison de soixante à cent heures de réécoute des enregistrements: “Ce qui nous importe est de toujours garder l’élan musical, ce qui se dégage de l’énergie commune “.
 
Pour la passion de servir, révéler et découvrir
 
Dans leur demeure orléanaise , Florence Bolton et Benjamin Perrot parlent volontiers de  leur plaisir d’avoir pu introduire dans ce CD Buxtehude , une sonate de Dietrich Becker ainsi qu’une autre signée d’un anonyme : “Depuis toujours nous nous attachons à faire découvrir des auteurs injustement oubliés et à nous ouvrir sur l’époque du compositeur que nous décidons de servir.
En vérité, nous concevons chaque disque comme une exposition où les œuvres doivent se mettre en valeur les unes les autres. Ici,  nous pouvons retrouver des similitudes chez Buxtehude, Becker et cet anonyme. De fait, tous baignaient dans une atmosphère éloquente et commune sans que chacun perde pour autant son propre langage.”
 
Très intéressant est encore le livret du CD, lumineuse leçon de musique vivante signée Florence Bolton: “Ce livret, je l’ai écrit après l’enregistrement. Avoir la musique dans la tête permet de ne pas être docte et de laisser jouer l’émotion. Ce que je tenais à monter est surtout mon admiration pour l’incroyable niveau de ces gens. De cette musique j’aime son côté joyeux et optimiste. A n’en pas douter, Martin Luther imprime ici sa marque de simplicité.”
 
De nouveaux projets et un voyage en “Opéra Bus”
 
Le prochain CD de La Rêveuse, dont la sortie est annoncée pour 2018,  sera un livre disque où les pièces de Marin Marais et de Couperin seront mises en miroir avec l’oeuvre du peintre Antoine Watteau. Florence Gétreau co-écrira avec Florence Bolton le texte de cette production. A l’automne prochain, La Rêveuse enregistrera par ailleurs “Londres 1700”, toujours pour Mirare,  opus consacré aux sonates à l’époque de Purcell et dont la Scène Nationale d’Orléans dévoilera le contenu lors d’un concert proposé le 2 mars prochain. La ville de Toronto en fera de même le 12 mai.
 
Enfin, à l’automne 2018, La Rêveuse  invitera à Orléans,  avec le soutien de la Ville d’Orléans le fameux Opéra Bus, “instrument de folie” géré par le Festival  “Embaroquement immédiat” de Valenciennes. Dans ce bus aménagé, conçu comme une vraie petite loge de l’opéra Garnier forte de trente places,
La Rêveuse interprétera des musiques des XVIIe et XVIIIe siècles. Elle y  présentera aussi des reproductions d’œuvres peintes du musée des beaux-arts d’Orléans et d’ailleurs. Le but: “Faire travailler l’imaginaire et inscrire la musique dans une esthétique visuelle à laquelle elle se rattache”. Chaque concert durera quarante-cinq minutes pour un prix d’entrée allant de 5 à 6 euros. L’itinéraire qu’empruntera cet Opéra Bus permettra de le retrouver Place du Martroi mais aussi dans les quartiers de l’agglomération orléanaise ainsi qu’en zone rurale du Loiret.
 
Ensemble en perpétuelle évolution La Rêveuse, si sensiblement savante et talentueuse, est aujourd’hui à la tête d’une discographie passionnante. Si l’on se félicite des nouveautés présentes et à venir on ne peut, une fois encore, que saluer l’un des précédents CD de cet ensemble. La formation s’y livrait avec bonheur à la révélation des Trios et quatuors de Telemann, “un coloriste, un génie du langage idiomatique pour chaque instrument”.
 
Jean-Dominique Burtin.
 
A noter: La Rêveuse donnera ce vendredi 13 janvier, à 20 h 30, salle François Rabelais, de Ormes (45) son spectacle concert “Jack et le haricot magique”, conte musical pour musique baroque et marionnettiste en collaboration avec Kristof Le Garff.
 

La Rêveuse 

Fondé par Benjamin Perrot et Florence Bolton, La Rêveuse est un ensemble à géométrie variable qui réunit des musiciens solistes et s’attache à redonner vie à certaines pages de la musique de chambre instrumentale ou vocale des XVII e et XVIII e siècles. Remarqué lors de ses différents concerts en France et à l’étranger, ses enregistrements chez Mirare et K617 ont tous été salués par la critique française et internationale (fff de Télérama, CHOC de Classica, Gramophone, Early Music Review, etc..)

Souhaitant créer des liens entre les différentes pratiques artistiques, La Rêveuse travaille depuis sa création en collaboration étroite avec le monde du théâtre. L’ensemble a notamment participé à différents spectacles avec Benjamin Lazar, Louise Moaty, Catherine Hiegel et François Morel, le plasticien Vincent Vergone (Cie Praxinoscope), ou encore Nicolas Vial.

Désireuse de partager avec tous les publics l’humanisme, la beauté et la culture des XVII e et XVIII e siècle, La Rêveuse a monté, depuis quelques années, un cycle de concerts-conférence sur mesure, mettant en miroir musique, littérature, peinture et patrimoine, en collaboration avec JeanPhilippe Guye, professeur d’Arts et Civilisations au CNSM de Lyon.

L’ensemble s’investit également dans des projets éducatifs et pédagogiques sur ces sujets, avec des classes de primaires ou des lycées. Son dernier projet, Les Lettres persanes revisitées, avec des primo-arrivants adolescents et adultes a été finaliste du Prix de l’Audace Culturelle et Artistique 2016 (Fondation Culture & Diversité).

Parmi les dernières créations, on peut citer Jack et le Haricot Magique, un conte musical en collaboration avec Kristof Le Garff ; la comédie ballet Monsieur de Pourceaugnac de Molière/ Lully avec le Théâtre de l’Eventail (Raphaël de Angelis) ; Ba-Rock !, un concert unplugged autour de la chanson anglophone de Dowland à Sting ; L’Heure verte, un spectacle cabaret réunissant airs polyphoniques et compositions contemporaines de Vincent Bouchot, mis en scène par Nicolas Vial.

La Rêveuse travaille actuellement à un projet de livre-disque consacré à deux grands artistes du début du XVIII e siècle, Marin Marais et Antoine Watteau.La Rêveuse reçoit le soutien de la DRAC Centre – Ministère de la Culture, de la Région Centre, de la Ville d’Orléans et de la Fondation Orange. Elle est membre de la FEVIS (Fédération des Ensembles Vocaux et Instrumentaux Spécialisés) et du Profedim (Syndicat professionnel des Producteurs, Festivals, Ensembles, Diffuseurs Indépendants de Musique).

www.ensemblelareveuse.com

 

 

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