Garde à vue

Mardi 17 janvier, à18h30, la librairie Les Temps Modernes organisent une rencontre avec l’auteur Tanguy Viel autour de son dernier roman, Article 353 du code pénal (Éditions de Minuit).

Lors d’une balade en mer, Martial Kermeur jette par-dessus bord Antoine Lazenec. Conscient de son acte, il est arrêté par la police et se retrouve face à un juge. Très simplement, il explique son passé et les conséquences de l’arrivée d’Antoine Lazenec dans sa vie.

Extrait

Et puis donc, la police, l’arrestation, tout s’est passé calmement. Ils ont usé des formules qu’on use dans ces moments-là. J’ai pris mon manteau à l’entrée et je les ai suivis sans rien dire. Je crois que c’est à ce moment-là qu’il a commencé à pleuvoir un peu, une bruine sans vent qui ne fait pas de bruit quand elle touche le sol et même enveloppe l’air d’une sorte de douceur à force de pénétrer la matière et comme la faisant taire. Là, en même temps que je présentais mes poignets aux policiers comme si c’était une vieille habitude, j’ai jeté un dernier regard autour de moi, vers la terre abîmée, la mer en contrebas. Je me suis dit que désormais j’aurai le temps de la regarder, la mer, depuis les fenêtres de ma cellule. Puis les deux flics m’ont poussé à l’arrière du fourgon et ils m’ont fait asseoir sur le banc de plastique collé à la tôle. Là, je me souviens, dans l’inconfort de la camionnette qui traversait le pont, sursautant à chaque nid-de-poule de la route fatiguée par le poids des remorques et des bateaux de dix tonnes, là, par la vitre arrière qui accueillait la bruine, on aurait dit que le ciel essayait de traverser le grillage pour se mettre à l’abri lui aussi, et ça faisait comme un rideau de tulle qu’on aurait posé sur la ville et qui ressemblait à notre histoire, oui ça ressemble à notre histoire, j’ai dit au juge, ce n’est pas du brouillard ni du vent mais un simple rideau indéchirable qui nous sépare des choses.

Le nouveau roman de Tanguy Viel est captivant par son ton simple et la richesse du monde qu’il décrit. Comme on l’apprend très vite, la victime, Antoine Lazenec, est un escroc et l’auteur choisit de s’intéresser à l’une des victimes, Martial. Il est tellement marqué qu’il ira jusqu’à tuer Antoine Lazenec.

La nature peu sympathique de la victime installe une situation assez favorable pour Martial. Il nous est vite sympathique, entouré d’une vraie simplicité. Mais ceci n’est pas exploité par l’auteur qui rappelle ponctuellement que face à lui se trouve un juge. Cette présence presque muette transforme ce qui n’aurait pu être qu’une confession. Le juge pousse Martial dans ses retranchements et l’oblige à développer plus ses arguments.

Le récit gagne en richesse très rapidement d’autant que Martial parle en tant qu’homme, père, mari, ami, alcoolique, frustré (face à certains rêves évaporés),… Le récit n’est ni linéaire ni confus. Martial développe sa perception de la vie, son ressenti. Toutefois, à aucun moment il n’y a de misérabilisme ou de pathos. Tanguy Viel construit un personnage qui explique sa dignité, les limites de son acceptabilité. C’est une sorte de Jean Valjean, un homme qui doit faire sa place dans une société dure. Ce livre a la puissance narratrice d’un roman noir et celle dénonciatrice d’une œuvre sociale.

Ce qui compte au cours de la lecture n’est pas tant de connaître les motifs mais de comprendre de quoi ces personnages sont le reflet. Tanguy Viel puise dans le faits divers, ce que tout artiste y trouve toujours, les symptômes de son monde, les icebergs d’un malaise social. Les brèves de journaux montrent la partie visible, grossière, facile, là où un auteur décortique la face cachée, profonde, terrible. Ici Tanguy Viel y parvient avec une écriture simple, précise mais jamais technique pour nous offrir un roman émouvant et saisissant.

Article 353 du code pénal de Tanguy Viel, Éditions de Minuit. 14,50€. 176 pages.

Rencontre avec Tanguy Viel

Mardi 17 janvier à 18h30

Librairie Les Temps Modernes 57 Rue Notre Dame de Recouvrance 45000 ORLEANS http://www.librairietempsmodernes.fr

 

 

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