Foyer Albert Thomas (Tours), « Nous voulons juste être traités avec dignité »

Au foyer Albert Thomas, la vie continue bon gré mal gré pour les résidents. Ces derniers attendent des solutions des pouvoirs publics et se disent peines face aux propos tenus à leur encontre.

Murs du foyer Albert Thomas (c) Mathieu Giua

« Nous avons été prévenus mercredi dans la matinée que des personnes de la DDCS allaient passer. Nous avons tout de suite appelés le secrétariat de la DDCS pour prévenir que nous ne pouvions donner la liste des présents puisqu’une partie des résidents étaient absents du foyer et que nous n’avions pas pu les consulter. Ils sont malgré tout passés et nous les avons reçus. Nous avons les preuves de ce que nous avançons, puisque la visite a été filmée ». C’est par ces mots que Valérian, ancien salarié de l’association Albert Thomas liquidée, Adama et Siakha, porte-paroles des résidents, répondent au préfet Louis Le Franc.

Mercredi dernier, lors d’une conférence de presse organisée à la dernière minute, ce dernier, en compagnie du maire de Tours, déclarait que ses services s’étaient vus refuser l’entrée du foyer. Adama et Siakha poursuivent : « Dès le jeudi matin, nous avons eu le directeur de la DDCS au téléphone et lui avons fourni la liste des résidents ».

Une épisode de plus, montrant la tension entre les différentes parties de ce dossier. Du côté des résidents, les propos des autorités ont du mal à passer. Pour Adama et Siakha, c’est l’incompréhension qui règne avant tout. Principaux concernés avec les 26 autres résidents encore présents au foyer, ils se retrouvent au centre de déclarations malgré eux. « Je tiens à dire que le comité de soutien ne nous impose pas ce qu’on a à faire » insiste Adama en réponse au maire de Tours. Par deux fois la semaine dernière, Serge Babary avait en effet accusé le comité de soutien de mettre la pression et d’influencer les résidents à des fins militantes et politiques.

« On n’est pas opposé aux propositions de la Préfecture, mais on ne croit pas qu’ils vont trouver une solution pérenne comme cela en quelques jours »

Murs du foyer Albert Thomas (c) Mathieu Giua

Depuis trois semaines, les résidents ont décidé de rester au foyer Albert Thomas, et s’ils sont soutenus par des militants associatifs notamment, au foyer, ce sont bien les résidents qui s’organisent, décident et vivent en autogestion. Repas, ménage et autres tâches quotidiennes rythment les journées et la vie continue ainsi bon gré mal gré, en attendant mieux. Ce mieux, les résidents comme Adama et Siakha l’attendent depuis longtemps déjà. Pour le premier, demandeur d’asile d’origine ivoirienne, cela fait maintenant sept mois qu’il est hébergé au foyer Albert Thomas.

Quant à Siakha, SDF de droit commun, le foyer est son quotidien depuis quatre mois. « On n’est pas opposé aux propositions de la Préfecture, mais on ne croit pas qu’ils vont trouver une solution pérenne comme cela en quelques jours ». « Si on accepte d’aller au gymnase, on devient quoi quand celui-ci ne sera plus réquisitionné au 31 janvier ? » demande de son côté Adama. Sur les 36 résidents du foyer Albert Thomas présents lors de la liquidation de l’association gérante, 3 ont obtenu depuis une place en CADA (centres d’accueil de demandeurs d’asile). Pour les autres, c’est l’incertitude et la peur d’être mis à la rue face au manque de places disponibles dans les différents dispositifs d’hébergements.

A l’origine centre d’hébergement d’urgence, le foyer Albert Thomas a vu ces dernières années, comme beaucoup de foyers similaires, ses missions être modifiées face au manque de places dans les autres dispositifs. Au moment de la liquidation de l’association, si une partie des places restaient destinées à l’hébergement d’urgence, d’autres étaient réservées aux demandeurs d’asile en voie de stabilisation ou encore aux droits communs en stabilisation.

Et pour ces derniers, l’hébergement peut durer plusieurs semaines ou mois. « Nous demandons simplement une solution, nous n’avons jamais dit que nous voulions occuper longtemps le foyer » témoigne Siakha de son côté, avant de poursuivre avec Adama : « Le vrai problème c’est que nous n’avons eu aucun contact avec la Mairie ou la Préfecture depuis la liquidation, nous n’avons reçu aucun document nous disant par exemple que nous devions nous rendre au gymnase Racault. Personne n’est venu nous voir et nous expliquer les choses. Ce n’est pas normal ».

« Nous voulons juste être traités avec dignité ».

Au cours de notre conversation, outre le désarroi de nos interlocuteurs, on ressent un mélange de sentiments variés allant de la colère à de la tristesse mais aussi des blessures. « Quand on dit que l’on est manipulé ou que l’on veut que le foyer soit réservé à un public traditionnel, comme l’a dit le directeur de la DDCS à la télé, cela nous peine parce que nous voulons juste être traités avec dignité ».

Des sentiments qui rejoignent ceux de Valérian, présent aux côtés des résidents. Avec ses anciens collègues, le salarié d’Albert Thomas s’est fendu d’un communiqué réponse aux propos du Préfet et du maire de Tours la semaine dernière. « Je n’ai pas à avoir honte de ce que je fais » insiste-t-il. « En 3 semaines, j’ai perdu mon emploi, on nous a demandé de rester dans un premier temps, on s’est proposé de le faire bénévolement pendant un mois en attendant une solution pour les résidents et maintenant on nous accuse de tous les maux. Pourtant les administrateurs qui ont coulé l’association eux sont tranquilles » explique celui qui dit ressentir beaucoup d’injustice.

Mathieu Giua

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