Blois : En Marche ! fait son petit bonhomme de chemin

Le mouvement créé par l’ex ministre de l’Économie Emmanuel Macron réunit quelques dizaines d’adhérents et de curieux lors de régulières réunions de comités locaux. En Loir-et-Cher, quatre comités se réunissent régulièrement : Vallée du Cher, Romorantin, Vendôme et Blois. Des rencontres très hétérogènes sociologiquement. Voyage au cœur de l’un d’entre eux, à Blois en soirée du 24 janvier.


« Emmanuel Macron, c’est un mec plutôt pas mal qu’on voit à la télé. Mais il faut insister sur le vrai programme qu’il propose ». Christine Jagueneau, chef d’entreprise dans la force de l’âge, et responsable départementale du mouvement En Marche ! plante le décor. L’homme plaît. L’homme séduit. Il attire la lumière. Une soixantaine de personnes ont répondu à l’invitation essentiellement relayée par les réseaux sociaux. Le comité de Loir-et-Cher revendique quatre-cent soixante quatorze adhérents, au 24 janvier, 226 mentions « j’aime » sur Facebook. Au niveau national, ils seraient 150.000 marcheurs à avoir cliqué sur l’inscription en ligne, démarche d’autant plus facile à réaliser qu’elle est entièrement gratuite…

Les appareils politique : ce qui pollue la politique

Dans ce bar-restaurant de Blois qui a vu passer en septembre dernier le Président François Hollande lui-même, en quasi-catimini, les « marcheurs » convaincus ou simples curieux venus « pour voir » ont tous un point commun : le rejet des partis politiques, incapables selon eux de faire face aux défis actuels et futurs pour sortir la France du marasme dans lequel elle s’enfonce jour après jour, aggravé par un quinquennat d’hésitations et sans vision. Pire : des machines à faire élire les mêmes, dans un mouvement perpétuel qui donne des boutons aux “marcheurs” macronistes. « Les appareils politiques, c’est ce qui pollue la politique », n’hésite pas à dire Laurence, jeune quinquagénaire au franc parler qui connaît bien le problème pour avoir donné de son temps et son énergie à « Les Républicains », avant d’en être éjectée brutalement sans ménagement.

En éducation : les fondamentaux

Christine Jagueneau (à g.) lors d’un comité En Marche ! à Blois le 24 janvier.

Indépendants, commerçants, artisans, professions libérales, enseignants, retraités, chômeurs, familles monoparentales, étudiants et jeunes actifs tentant de se frayer un chemin dans la société : la palette est vaste. On y trouve même un adjoint municipal blésois, une ex-élue municipale blésoise, un élu très en vogue dans le sud du département… Une mixité qui est un point commun troublant avec les réunions du Modem il y a dix ans, lors de sa création par François Bayrou : on a une impression tenace d’avoir déjà vu ça, d’avoir déjà vu ces gens, avec un discours à peu près semblable. « Des déçus du Modem ? » répond Marlène, animatrice du comité de Vendôme. « Non, sauf peut-être sur l’éducation », dit-elle avec franchise. Sur le sujet en effet, les propositions d’Emmanuel Macron sont proches de ce que proposait l’élu béarnais à l’époque pas si lointaine où il briguait la présidence de la République : classes dédoublées dans les zones d’éducation prioritaire, réaffirmation de l’autorité des enseignants, retour aux « fondamentaux » avec la dictée, le par-cœur etc. Sur ce point, Laurent (le prénom a été modifié) réagit vivement : « ça c’est méconnaître franchement les élèves d’aujourd’hui ! » dit-il en aparté. « Ma femme est formatrice nouvelles technologies pour les futurs enseignants, elle leur apprend à maîtriser l’outil – le smartphone – plutôt que d’imaginer qu’on va revenir en arrière avec le par-cœur, les fondamentaux etc. Les élèves d’aujourd’hui ont un cerveau incapable de se concentrer sur une tâche plus d’un minute ou presque. En revanche, ils sont à former sur l’esprit critique des recherches d’informations qu’ils trouvent sur Internet. Pour eux, le par-cœur ça ne sert à rien, ils ont tout via leur smartphone ! ». Un constat partagé par des enseignants eux-mêmes, du moins ceux qui sont encore suffisamment jeunes pour conserver une certaine clairvoyance sur la génération qu’ils ont en face d’eux, et sortir du traditionnel « prof qui sait et qui transmet ».

Des randonnées pour “En Marche !”

Pour autant, les membres d’En Marche ! ne désespèrent pas. « Au niveau local, on voit déjà où sont les blocages. Emmanuel Macron propose un projet de société. On nous dit : Macron ? Il n’a pas de programme ! Mais on est en train de le construire, sur le terrain, en faisant remonter tout ce qui ressort des comités locaux ! » ajoute Marlène, par ailleurs adjointe au maire de Villiers-sur-Loir.
Parmi les propositions du candidat Macron, celle de renouveler en profondeur le personnel politique : trop de baronnies d’élus installés depuis trop longtemps, et trop d’hommes. Ce qui séduit, aussi, les adhérents et curieux d’En Marche ! c’est la promesse d’instaurer une parité stricte parmi les 577 députés, et d’en proposer la moitié qui n’ait jamais eu de mandats électifs. Pour ce faire, tout le monde peut s’inscrire en ligne, une commission étudiera toute candidature. Un brin démagogique ? « Non, pas du tout, c’est le seul moyen de renouveler, et l’autre moitié des candidats aux législatives sera choisie parmi des gens – hommes ou femmes – expérimentés », répond Christine Jagueneau. « 100.000 personnes ont été interrogées pendant la grande marche en 2016. Il en ressort forcément quelque chose ». Une grande marche qui inspire le comité loir-et-chérien : plusieurs randonnées thématiques vont avoir lieu dans le département (de 3 à 5 km avec verre de l’amitié à l’arrivée) pour échanger, discuter avec adhérents et sympathisants : citoyenneté, santé, travail et contrat social… seront abordés.

A la sortie, Philippe, travailleur indépendant dans la promotion touristique semble conquis : « Il est jeune, c’est un avantage. Si les candidats sont expérimentés mais trop vieux on le leur reproche. S’ils sont trop jeunes, on les traite de naïfs. Il suscite de l’espoir grâce à sa nouveauté ». Espoir, probité, parité, renouvellement, jeunesse : les attentes sont fortes. S’il rate la marche, il pourra toujours faire du cinéma. Un autre domaine où « attirer la lumière » peut faire d’un acteur un brillant soleil, ou une étoile filante…

F.Sabourin.

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

  1. N’est pas Giscard d’Estaing qui veut et Gérard Colomb, le maire de Lyon est un peu léger, pour faire un bon Poniatowski !
    Il faudra peut-être inventer la présidentielle à 4 ou 5 tours, pour pêcher un élu crédible, représentatif et capable de rassembler les Français, et de ne pas détruire son économie.

  2. On n’est pas loin avec Macron du populisme comme méthode de “séduction” des électeurs potentiels !
    Je doute aussi que la disparition des partis politiques renforce la démocratie ?
    Le “ni droite, ni gauche” peut costituer un appel d’air pour le “centre” mais ce dernier a toujours été un “supplétif” pour la droite et ses leaders des “marginaux” qui n’ont jamais fait l’Histoire et encore moins fait évoluer la société !

Comments are closed.






Recevez chaque jour les nouveaux articles par e-mail

Votre e-mail ne sera communiqué à aucun tiers et servira uniquement à vous envoyer les titres chaque jour par e-mail