Avis de tempête sur la présidentielle

Par Pierre Allorant

Turbulences

Un vent mauvais souffle en rafales sur la campagne présidentielle. Mais les bourrasques venues de l’ouest pourraient dégager un nouveau paysage politique porteur d’un débat ressourcé et de pratiques adaptées aux exigences de notre temps. Comme en architecture, les « turbulences » peuvent harmonieusement se conjuguer au futur avec un FRAC, mais un goût de hold-up moral nous ramène parfois au Fric-frac des inoubliables Arletty, Michel Simon et Fernandel, ce vol par effraction doublé d’un prétendant dupé, dindon de la farce.

Avis de “turbulence” sur la Présidentielle.

Fric-frac

Alors que les décideurs n’ont de cesse d’appeler leurs concitoyens à la mobilité, à s’adapter à la perspective de parcours professionnels et de métiers discontinus, comment peuvent-ils tolérer et défendre la propension de certains d’entre eux à pérenniser l’usage suranné de la circonscription acquise à vie, voire héritée, avec jouissance de l’usufruit en communauté avec l’épouse et partage de la nue-propriété avec les enfants ? La comparaison de cette confusion des intérêts avec le travail, bien réel celui-là, d’une femme de commerçant ou d’artisan, n’est pas seulement le comble du grotesque, elle est honteuse. L’argent public suppose un intérêt général pour justifier son emploi, et heurter les travailleurs indépendants, électorat traditionnel de la droite, n’est sans doute pas la meilleure idée de ces communicants pyromanes qui gravitent autour du candidat carbonisé de la droite, l’ex favori de fin 2016 d’une alternance immanquable, fruit bien mûr du rejet de la déception hollandaise. 

Notre jeunesse et leurs décombres 

François Fillon

Nos élus nationaux sont-ils à ce point coupés de tout et de tous – alors qu’enracinement et proximité leur servent de prétexte à perpétuer le cumul des mandats dans l’espace et le temps – pour ignorer l’effet désastreux et choquant des montants évoqués et des pratiques du népotisme ordinaire ? Quand le chômage, la précarité et le déclassement sont le lot de la jeunesse française, quand trouver un stage faiblement rémunéré est un parcours du combattant, quand des diplômés à bac +5 trouvent un emploi d’assistant politique sans compter leurs heures pour au mieux 2 000 euros, la nomenklatura post-gaulliste, sourde au tremblement de terre de « Cahuzac droit dans les yeux », ose encore se draper dans un complotisme politico-judiciaire contemporain de la construction de Beaubourg, de l’ORTF et du ministère de l’information d’Alain Peyrefitte. Savent-ils, les malheureux, que, comme les civilisations, les partis et les systèmes politiques sont mortels ?

 

Voyage en terre inconnue. Le retour des « étranges lucarnes »

Pierre Mendes France

Tissu de mensonges en dépit du plein gré de l’esseulée et désoeuvrée Pénélope, Tristes tropiques sur Sarthe, le château de cartes, sur papier glacé de Paris-Match, imaginé par les apprentis sorciers de la communication politique est bien en train de s’effondrer. Mais « sommes-nous en 1788? » comme l’annonçait Pierre Mendes France au crépuscule d’une autre République ? À l’évidence, la suppression des privilèges et la passion de l’égalité guident encore la liberté du peuple français comme l’avait si bien compris un autre député châtelain du temps des monarchies censitaires, le grand Alexis de Tocqueville. Cette permanence de sentiment national coexiste avec un moderne ressourcement. Si, de Grévy à Aranda, des diamants de Bokassa à DSK, la vie politique française a souvent navigué en eaux troubles entre Scandal et The Affair, la mutation du solennel adoubement du monarque républicain en série télévisée scénarisée, avec rebondissement à la fin de chaque épisode, est très nouvelle. Malheureusement pour les époux Fillon, Plus belle la vie (de château) n’aura pas de nouvelle saison, et il est bien tard pour eux de se mettre en garde, de d’assister mutuellement, pour le meilleur et pour le pire, en se donnant du : « Fais pas ci, fais pas ça ».

 

Porter sa Croix sans la bannière 

On voit que la question n’est plus dans le maintien ou non de la candidature Fillon, désormais anecdotique. Après tout, voir le candidat plébiscité par la « Manif pour tous » perdre tout « sens commun » au point de porter sa croix jusqu’au Golgotha a sa logique, même si les jours à venir pourraient le voir s’interroger : « Droite, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Si l’on préfère un mode plus léger, on se retrouve, comme chez Garcia Marquez, entre Chronique d’une mort annoncée, Les funérailles de la grande Mémé (la droite post-chriraquienne), L’amour au temps du choléra de l’assistanat, voire Cent Ans de solitude.

Ressourcement universel

Et pourtant, si le maelström de 2017 accouchait en définitive d’un vrai débat – « l’identité heureuse » de la libéralisation du travail versus la société du temps libéré, de l’écologie et de la solidarité – en rejetant les pulsions régressives de la firme familiale des Le Pen vers leur morbidité atavique et putride de modernes Atrides, décidément, cette campagne inédite, sur fond d’humeur populaire massacrante et « dégagiste », serait loin d’avoir obstrué l’avenir démocratique. En lieu et place de l’illusoire homme providentiel, la possibilité d’une île démocratique : la régénération salutaire du débat public.

P.A

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