Ils auraient préféré que l’on parle de Vesoul…

 Un quotidien national qui vient en immersion dans une petite ville de province, même si c’est pour parler de phénomènes de société dans l’Hexagone, c’est plutôt positif. C’est un peu ce que Nicolas Sansu, le député-maire de Vierzon a du penser lorsqu’il a reçu la journaliste du Figaro, grand reporter, et son photographe, en début de semaine dernière, dans la deuxième ville du Cher.

Certes le sujet de la série en cours « « Les colères Françaises »  a déjà mis la puce à l’oreille de l’élu local. Certes le journal concerné  n’entre pas dans la catégorie « amis » du membre du PCF qu’il est, mais un éclairage sur la gestion d’une petite ville, ses problèmes et ses solutions, ce peut être quelque chose d’intéressant. Las, à la lecture du dossier, vendredi matin, l’édile a déchanté. Il avait déjà eu un petit aperçu la veille, sur Internet avec les articles partiels à paraître.

“Presque à Chicago”

Une boutique à vendre.

Dans « Les colères Françaises 5/6 » on pouvait lire : “C’est une petite bourgade de 27.000 habitants, le long du Cher. Des ruelles bordées de jolies maisons à colombages. Paisibles ? Pas vraiment, à en croire les rares passants qui pressent le pas dès la tombée de la nuit. Si vous saviez tout ce qu’il se passe ici et qu’on nous cache, soupire une vieille dame en traînant son caddie. On se croirait presque à Chicago !»

Et pour bien marquer le sujet, le sous-préfet, Patrick Vautier, installé depuis un trimestre seulement sur les bords du Cher, que l’on cite pour enfoncer le clou : « «Ce n’est pas l’image de la ville bien tranquille avec les petits vieux qui boivent un café sur la place ! Si on met bout à bout chaque fait, on peut dire qu’on est dans une ville qui n’est pas sûre ». On additionne les chiffres. On pose les statistiques. Le sentiment d’une ville à la dérive s’installe. Les légendes des photos sont là pour en rajouter une couche. Une image, la nuit est là, à la lueur de l’éclairage public deux ombres chinoises au milieu d’une rue « Plus personne dans les rues de Vierzon à la nuit tombée, sauf quelques jeunes dealers ». Une autre image, une agence immobilière, une vitrine vide, et cela devient «  Une à Une les boutiques du centre-ville ferment, accentuant encore le sentiment d’insécurité ».

Le photographe a fait du bon taff, rien à redire. La grand reporter aussi. Question qualité du boulot, tout cela paraît pas mal. Cela pourra apparaître un peu démagogique pour certains peut-être. Un peu vision de la province vue par la capitale. Beaucoup dans le style de la ligne éditoriale du Figaro. Partir à deux heures de Paris, même par autoroute, dans « Cette petite ville du Cher (qui) est confrontée, comme beaucoup d’autres, à une insécurité croissante », ça craint tout de même. Non ?

« Nous n’avons pas du tout assisté à une explosion des faits ! »

Pas plus que cela estime Patrick Vautier qui a trouvé que ses idées ont été quelque peu interprétées.  « C’est vrai que j’ai dit que si on met bout à bout les trois agressions de fin d’année et de début 2017, on pourrait dire que l’on est dans une ville qui n’est pas sure. Cependant, c’était un raccourci pour mettre en comparaison avec le travail collectif réalisé par la police, les associations, les services municipaux. Pour mon sentiment, Vierzon n’est pas une ville que l’on peu qualifier de pas sûre…  Au contraire, on peut dire que l’on est plutôt dans un climat serein ! » Quant au cliché de l’impossibilité d’une ville paisible où les anciens sont en train de boire un café sur la place centrale, le sous-préfet estimait qu’il était totalement sorti de son contexte. «  C’est un fait … mais c’est une réalité de part la configuration de la ville elle-même, son histoire et son territoire. Vierzon c’est un assemblage de quatre villes qui se sont additionnées. Non pas, comme très souvent ailleurs, une ville qui s’est construite autour d’un point central … »

Nicolas Sansu (PC). @JJT

À raison d’une réunion par mois avec les différents intervenants du secteur concernés par le problème,  et d’un taux d’élucidation à 44 %, Patrick Vautier assure que l’on est loin d’une explosion des faits. «   Il faut différencier, pour les cambriolages par exemple, ceux perpétués par des bandes qui « descendent » pour en faire plusieurs dans la même journée et ceux qui sont réalisés par la délinquance plus ou moins locale. Nous avons ainsi eu un premier semestre 2016 très fort et, après la résolution d’un certain nombre d’affaires, le taux est énormément retombé au deuxième semestre. Au final, nous  sommes à niveau identique à 2015. Les efforts ont été faits… Nous n’avons pas du tout assisté à une explosion des faits ! Tout ne va pas forcément mal à Vierzon et les chiffres donnés ne sont pas aussi facilement interprétables que ça. »

Pour le député-maire, si on lui demande sur le fond ce qu’il pense de l’article, la réponse est claire et nette : « je crois ne pas avoir de leçon à recevoir d’un journal dont le proprio vient d’être condamné pour avoir cacher son pognon à l’étranger ».

Le commissariat de Vierzon.

Article trop à charge et téléguidé selon le député-maire Nicolas Sansu

Sur la forme, il regrette que l’article ait été essentiellement à charge. «  C’est un peu facile de prendre les chiffres sans donner d’explications. Je pense que c’est une opération téléguidée et scandaleuse. On ne va pas dire que tout va bien mais il faudrait tout de même prendre en compte le travail réalisé. Les auteurs d’agressions ont été arrêtés. Restons mesurés ! Pour certains endroits nous attendons les autorisations des services de l’État. La pose de caméras ça ne se fait pas comme ça. Le problème c’est que, de toute manière, dès que les caméras seront installées, les fauteurs éventuels de troubles se déplaceront ailleurs… C’est pourquoi je demande des effectifs supplémentaires de police », insiste Nicolas Sansu.

Actuellement, la ville de Vierzon dispose de dix caméras sur cinq points. En projet, dix autres caméras, sur quatre sites, et une caméra «nomade » sont dans le dossier déposé auprès de la CNIL et autre services spécialisés. Avec vingt caméras pour 27.000 habitants, Vierzon est toutefois très loin de la vingtaine de caméras prévues, pour 1.300 habitants, dans un des villages de la périphérie. Dans cette dernière commune, douze caméras ont été installées bien avant les autorisations officielles, une est déjà cassée et deux autres… ont été volées ! Le Figaro aurait peut-être pu aller y faire un tour. Question insécurité ce doit être du sérieux !

Cela dit, l’élu et le représentant de l’État sont d’accord sur un autre point : le duo du Figaro aurait beaucoup mieux fait de suivre les conseils de Jacques Brel, et au lieu d’aller voir Vierzon, de faire un tour du côté de Vesoul.   

Fabrice Simoes.

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