Haute-Savoie : une semaine au Grand Massif

Avec son domaine skiable  et ses vues époustouflantes sur le Mont Blanc, les stations de Flaine et des Carroz se découvrent  à ski, à pied ou en ski de randonnée. Au sommet du téléphérique des Grands Platrières de Flaine, la vue à 360° sur les massifs du Mont Blanc, des Aravis, de Belledone et du Jura est exceptionnelle. 

@Tristan Shu

C’est, avec l’architecture des bâtiments et les pistes reliées aux Carroz, à Morillon, Samoëns et Sixt-Fer-à-Cheval, les quatre autres stations du Grand Massif, le clou de cette station modèle, pensée dans les années 60, par Marcel Breuer, l’une des grandes figures du Bauhaus, mouvement architectural marquant du XXe siècle.

L’Ancien hotel Flaine vu d’en bas.

Dès l’arrivée au parking, à l’entrée de la ville où l’on doit laisser sa voiture, on est frappé par l’intelligence moderniste du concepteur. Au pied de l’audacieux porte-à-faux, construit au-dessus du vide pour soutenir la terrasse de l’ancien hôtel le Flaine, transformé en club de vacances et devenu l’emblème de la station, on prend déjà pleinement conscience, du projet de ce grand architecte, pensé pour être parfaitement intégré au paysage, dans le respect de l’environnement. Une vision très avant-gardiste, héritée des conceptions architecturales et esthétiques du Bauhaus- une certaine rudesse, la rusticité du traitement des matériaux, jusqu’à son aspect physique- qui selon Marcel Breuer s’accordait avec la montagne. On peut aimer ou pas, mais le geste architectural est là, dans toute sa majesté. C’est d’ailleurs, la seule station de sports d’hiver des années 1960 inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques de France. Du coup, l’office de tourisme organise pendant la saison tous les mardis à 14 heures des visites guidées de la ville. On y apprend comment le géophysicien Eric Boissonnas marié à la richissime Sylvie Schlumberger, a découvert le site de Flaine en 1959 avec l’architecte suisse Gérard Chervaz, avant de parier sur la création d’un exemple d’urbanisme, d’architecture moderne et de design au cachet épuré.

La ville n’a pas pris une ride, avec un sens du détail poussé jusque dans la couleur du béton qui rappelle les teintes que prennent sous le soleil le calcaire des falaises verticales du cirque environnant. Sur les façades de béton laiteux, dont chacune est différente pour éviter la monotonie,  les coffrages en béton diamantés réfléchissent la lumière quelle que soit l’heure. Tandis que les fenêtres en bois très foncé comme les épicéas des alentours et les balcons à l’ordonnance rigoureuse et équilibrée, surplombent le vide. C’est avec les lampadaires, des globes de verre perpendiculaires aux façades et les cheminées spectaculaires, disséminés ça et là dans les différents bâtiments de la station, tout ce qui reste de la décoration originelle,  les intérieurs dont certains avaient été décorés par Marcel Brueur, dans un esprit très Bauhaus, ayant pratiquement tous disparus, à la suite des changements de propriétaires. A moins de se rendre à l’hôtel Terminal Neige Totem, qui a ouvert l’an dernier, après une restauration du bâtiment faite dans les règles de l’art pour conserver au lieu, déjà à l’origine un hôtel, les vastes espaces d’un tenant et les plafonds  en forme de caissons et en béton dénués de toute décoration, voulus par Marcel Brueur. Avec une simplicité et une rigueur des lignes parallèles qui sont un bel exemple des exigences esthétiques de l’architecte. C’est le nouveau rendez-vous incontournable de la station pour un déjeuner, un diner ou une nuit.  

La Chapelle ©OT Flaine-Monica Dalmasso

Et en attendant, pour contempler l’architecture du lieu dans toute sa majesté, on se place au centre du Forum, face au “Boqueteau des sept arbres”, une sculpture de 9,20 mètres de Jean Dubuffet, splendide et plutôt inattendue dans ce lieu dédié aux sports de glisse. A droite, à gauche et dans le dos, les immeubles et la chapelle de béton du maître, animés par des œuvres d’art disséminées dans la ville. Il y a là, entre autres, les « Trois Hexagones » de Vasarely, un jeu de construction polychrome en tôle émaillée de 5,30 mètres, et un peu plus bas, en allant vers les pistes, un agrandissement  de “La Tête de Femme” de Pablo Picasso, pour lequel il a donné son aval. Ou encore, près de l’hôtel terminal neige Totem, les « Arbres brûlés » (2003) de Philippe Pastor. En tout, pas moins de 12 œuvres d’art monumentales sans parler du centre d’art voulus par Sylvie Boissonnas, qui y a organisé entre 1970 et 1995 plus de 70 expositions. Le lieu fonctionne toujours avec deux expositions par an.

Autre atout majeur de la station qui n’avait pas échappée à ses créateurs: son domaine skiable remarquable, naturellement limité par des barrières rocheuses. L’amphithéâtre orienté au nord est protégé des vents dominants, ce qui est excellent pour bien conserver la neige, au milieu d’une nature omniprésente, où il est très fréquent d’apercevoir  un troupeau de chamois.

Les Carroz @franck_Charton

C’est d’ailleurs l’une des activités proposées par la ville avec le ski sur les 265 km de pistes (175 km règlementés) du domaine du Grand Massif, reliés aux 4 autres stations dont les Carroz, notre seconde station coup de cœur, où fut construit le premier téléski en 1938, sur 1 600 mètres. Depuis les pistes se sont multipliées et le village, avec ses chalets traditionnels s’est agrandi. A midi, impossible de faire l’impasse sur une  pause-déjeuner au sympathique et bon restaurant du Milk hôtel. Autre spot au pied de la piste des Timalets : la terrasse du luxueux hôtel Les Servages d’Armelle, dont la carte à midi n’est pas trop chère. Un repos bien mérité vous y attend avant de filer à l’Aquacîme, une piscine dans laquelle on nage à l’air libre, entouré de fumée, un peu comme dans les « onsen » japonais. Autre pose presque obligatoire ici, surtout si l’on a envie de s’éloigner des sentiers battus : le refuge de Haute-Combe, que l’on rejoint uniquement en raquettes ou en skis, en partant des Moliets. On y est accueilli depuis 30 ans pour diner ou dormir par le sympathique Lionel, avec une bonne cuisine maison réconfortante. De quoi reprendre des forces, avant de rejoindre les bras de Morphée.

Bénédicte de Valicourt.

 Vous avez dit Bauhaus ?

En Allemagne, le Bauhaus (ou maison du bâtiment) fondé par Walter Gropius, architecte, à partir de la réunion des 2 écoles d’art de Weimar, a en moins de 20 ans (1919 – 1933) bouleversé l’architecture et le design dans le monde entier. On y enseigne aussi la peinture, la sculpture et les arts appliqués pour un nouvel art de vivre, influencé par l’industrie et en rupture avec les références antérieures. Mais le Bauhaus dérange, et l’école est successivement chassée de Weimar à Dessau en 1925, de Dessau à Berlin en 1932, pour finalement fermer l’année suivante.

 Le parti-pris de Marcel Breuer

«L’Architecture doit être basée sur l’utilité …Le bâtisseur doit se sentir libre de tourner le dos à la tradition. Il doit être libre d’être scientifique, d’être humain, d’être non-traditionnel». M. Breuer en 1968, in Projets et réalisations récentes, Ed. Vincent, Fréal & Cie, 1970

 Pour y aller

Autoroute A40. Ou train direct jusqu’à Cluses puis navettes, bus ou taxi. Compter environ 30 à 45 min pour les Carroz (aller simple : 8€ avec bagages) et un peu plus pour Flaine, à 17 km plus loin (1600 m).  
On peut aussi passer par Genève reliée par des bus, des taxis. En bus du 19/12 au 10/04/2016 du vendredi au lundi Genève aéroport, 11h45 et 17h45. Tarif : 40€ l’aller/ 71€ l’aller/retour.

Les pistes

Né en 1982-83, le Grand Massif est le 4e plus grand domaine skiable relié “skis aux pieds” de France avec 265 km de pistes (175 km règlementés),  1 800 mètres de dénivelé, 148 pistes : 20 vertes, 65 bleues, 50 rouges, 13 noires de 700 à 2 500 mètres d’altitude, 73 remontées mécaniques, 218 enneigeurs.
Forfait Grand Massif : 46,50 euros
6 jours adultes : 242,40 euros.

Ou dormir ?

Aux Carroz :
-Milkhotel au pied des pistes. Nuit en demi-pension à partir de 118 euros.www.milkhotel.fr
-Résidences CGH à partir de 1001 euros la semaine pour un appartement de 4 personnes avec spa Ô des Cimes.
-Refuge de Haute-Combe :  0450903291

A Flaine :

-Hôtel Terminal Neige Totem, à partir de 180 euros. contact@tn-totem.com
-Formule tout compris y compris les cours dans le 1er Village Club Ski Premium de Cap’vacances et l’UCPA, situé au pied des pistes : solarium, spa et piscine intérieure chauffée.  Vacances de février / A partir de : adultes : 1140€ / 12-15 ans : 990€ / 6-11 ans : 910€ / 2-5 ans : 570€ – Centrale de réservation +(0)825 725 735 – www.skipremium.capvacances.fr

A faire

Sentier de raquettes ®Laurent Chenivesse

Aux Carroz : balades en chien de traineau ou en raquettes sur les 7 circuits balisés ; un bain à l’Aquacîme ;  une randonnée sous les étoiles avec au sommet dégustation de fondue ; et pour les fans des héros de L’Âge de glace, direction la piste de luge à Bardelle pour une descente en bouée version “Age de Glace qui s’achève par un saut avec réception sur coussin gonflable :1 saut* enfant : 2€ /1 saut* adulte : 4€ / Carte 5 sauts* : 10€ / Carte 10 sauts* : 18€.
www.lescarroz.com

A Flaine : aller observer la faune avec des lunettes d’observation et un animateur ;  faire un tour au spa de 2000 m2 de la résidence Le Centaure à Flaine ; sortie nocturne en raquette ; ski nordique, balades en chiens de traineau ou en motoneige ; visite d’une expo au Centre d’art et visite guidée de la station ; folle nuit au White pub. www.flaine.com

 

 

 

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Code de sécurité *