Opus 14, le ballet hip hop de Kader Attou

Ces vendredi et samedi 17 et 18 février, le chorégraphe Kader Attou présentera sur la scène du théâtre d’Orléans son spectacle “Opus 14”, un ballet hip hop de seize danseurs créé par le Centre Chorégraphique de La Rochelle.

Interview

Kader Attou BD© CCN La Rochelle_

GP: On imagine le hip hop plutôt comme une danse individuelle, avec des “battles”, des performances individuelles..?

KA: Et bien c’est justement ceux qui ne viennent pas au théâtre qui ont cette vision du hip hop, je peux comprendre , mais ce qu’il faut dire c’est qu’en France, il y a ce hip hop avec ces battles, la technique, la performance, la compétition, mais il y a aussi depuis trente ans une création chorégraphique en France et qui fait la spécificité française du hip hop d’ailleurs.
C’est vrai qu’il y a beaucoup de gens, sans être une majorité, qui ne vont pas voir ces créations chorégraphiques issues du hip hop. Il y a un vrai courant de chorégraphes  du hip hop qui développe un travail de signature, d’écriture chorégraphique sur scène, il n’y a pas un hip hop mais des hip hop, il y a celui des battles, mais il y a aussi celui des plateaux de théâtre dont je fais partie.

GP: Comment avez vous construit la chorégraphie d’Opus 14 avec seize danseurs et danseuses ?

KA: Oui avec seize danseurs, Opus 14 c’est en référence à ma quatorzième création depuis que je chorégraphie, , ça fait déjà plusieurs années sur mes créations que je travaille avec pas mal de danseurs, j’avais envie de m’entourer de seize danseurs pour continuer à travailler cette réflexion autour de ces questions de masse, d’écriture, et j’avais envie de m’interroger sur la notion de ballet au travers de ce spectacle. Il existe des grands ballets que l’on connait Casse Noisette, le Lac des Cygnes etc… en danse contemporaine aussi, il existe des ballets portés par des  grands chorégraphes  très talentueux comme Preljocaj, Pina Bausch par exemple et je me suis dit est-ce qu’il existe un ballet hip hop ?

Depuis que je danse, depuis que je fais ce métier, on a toujours tendance à nous mettre dans des cases et je considère que je suis d’abord avant tout un homme libre, au passage, et qu’en tant que chorégraphe, je crée des envies des sentiments que je ressens en tant que chorégraphe pour développer une certaine ligne artistique à travers mes spectacles. Je ne parle pas de comédie musicale mais de vrais ballets hip hop et du coup c’est un spectacle qui pose des questions fondamentales dans cette réflexion. Il fallait évidemment qu’un ballet soit porté par beaucoup de danseurs et aujourd’hui, j’ai la chance de pouvoir travailler avec beaucoup de danseurs. On est vraiment dans un spectacle qui sort de la narration des précédents, il n’y a pas d’autre volonté que de travailler sur toute cette richesse que donne la danse à voir dans cette notion de ballet.

Opus 14 Kader Attou ©Michel_Cavalca

GP: C’est un spectacle qui pose un jalon dans votre travail par rapport à cette question du ballet ?

KA: Oui on peut dire ça, en même temps tout ce travail que j’ai pu faire sur les précédents spectacles est toujours important pour moi, moi je suis dans ma tête d’artiste qui essaie d’être le témoin  du monde dans lequel nous vivons, et c’est vrai que sur ce spectacle là, la question fondamentale était vraiment de travailler sur les articulations qui peuvent exister en danse tout simplement, portées par des danseurs hip hop et chorégraphiées par un chorégraphe danseur qui vient de ce monde-là, c’est un spectacle vraiment danse dans les deux sens du terme, dense et danse ! Je me suis évidemment interrogé, nourri, sur les ballets, sur leur mode de manipulation, de création, et j’étudie donc tous ces modes qui existent de construction/ déconstruction  de la danse, de synchronisation/ désynchronisation, d’improvisation contrôlée…

GP: Comment avez-vous recruté vos seize danseurs et comment vous avez travaillé avec eux  ?

KA: J’ai la particularité de ne pas faire d’audition dans mon travail ! Ce sont d’abord et avant tout des rencontres,  et les danseurs que vous voyez sur scène ce sont vraiment des danseurs que j’ai connus depuis un petit moment, soit certains ont déjà travaillé avec moi, soit d’autres c’est la première fois, mais c’était vraiment une volonté pour moi de les embarquer dans cette aventure artistique. Le monde de la danse c’est un monde assez vaste, mais c’est aussi un monde où tout le monde se connait et je privilégie les rencontres et l’envie.

Le hip hop est un art populaire, mais là ce sont des danseurs qui veulent traverser une aventure avec un chorégraphe qui fait partie de cette génération qui a contribué à faire reconnaitre cette danse. J’ai la particularité de travailler à partir des danseurs en fait, parce que chaque danseur pour moi est différent, unique. Ce n’est pas parce qu’on travaille la même esthétique que l’on est forcément uniforme, je déteste l’uniformisation, je ne veux pas que les corps se ressemblent, je voudrais travailler justement sur cette richesse là, sur la différence, sur les qualités et les énergies des danseurs, donc j’invente finalement peu de mouvement, je mets en situation, je cherche avec eux, donc ça passe par différentes phases d’improvisation, on crée des images,  des émotions des énergies qu’en tant que chorégraphe j’essaie  avec eux dans un processus de création.

Et au fur et à mesure les choses se dessinent, certaines choses servent et d’autres sont abandonnées complètement parce que finalement ce n’était pas la bonne voie. Dans ce spectacle là, je me suis beaucoup intéressé/interrogé sur la question de la masse. Pour un ballet il faut qu’il y est masse mais dans cette masse là, comment l’individualité peut exister aussi ? Dans ce spectacle c’est tout ce travail que je fais sur comment chaque personne singulière dans cette masse peu exister, donc c’est un pari original, car quand on prend un ballet au sens propre du terme, il y a le corps de ballet et et les danseurs solistes et dans ce ballet Opus 14, il n’y a pas un soliste, tout le monde est soliste et tout le monde est corps de ballet, et c’est sans doute ça qui fait la différence avec ce que l’on peut connaitre.

Je me suis interrogé dans ce spectacle sur la notion du ballet, mais je ne dis pas que c’est un ballet, il y a tous les ingrédients qui s’apparentent à un ballet, mais finalement c’est bien plus que ça !

Propos recueillis par Gérard Poitou

“Opus 14” chorégraphie de Kader Attou

Vendredi 17, samedi 18 février 20h30

Salle Touchard Théâtre d’Orléans boulevard Pierre Ségelle 45000 Oléans
Renseignements et location 02.38.62.75.30
Tarifs de 5 à 35 € – Durée 1h10

Scène Nationale d’Orléans

 

 

 

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