Pour Xavier

@Marie-Line Bonneau

La lettre de Pierre Allorant, doyen de la fac de Droit et de gestion d’Orléans, à Xavier Beulin, qui était son président au CESER (Conseil économique, social et environnemental régional).

“Cher Xavier,

Tous tes amis, et bien au-delà, plus de 3 000 personnes étaient réunies hier, à la cathédrale d’Orléans, pour te rendre un dernier hommage. Anonymes et puissants, dirigeants politiques nationaux et européens, mais aussi simples militants agricoles ou associatifs de base, tous encore sous le choc et attristés de ta disparition si brutale. Oui Xavier, tu es parti bien trop vite, trop tôt, et ton énergie et ta simplicité nous manquent déjà.

Sous un magnifique soleil d’hiver, dans une cathédrale glaciale comme le cœur des Orléanais orphelins de l’enfant du pays, la cérémonie d’hommage a été à ton image : pudique, digne et chaleureuse à la fois. Dans la foule massée très tôt sur le parvis, tous tes mondes se croisaient : le syndicalisme paysan, bien sûr, auquel, littéralement, tu as donné ta vie ; tes compagnons de route reconnaissants des assemblées consultatives locales et régionales du début de XXIe siècle : le conseil de développement de l’agglomération d’Orléans, cette métropole pour laquelle tu t’es si efficacement battu, Jacques Martinet, Christophe Dupont, Olivier Renaudeau, et le CESER Centre-Val de Loire, membres actuels du bureau, mais aussi André Lopez, ton fidèle bras droit, ou encore l’ancien rapporteur général Joël Mirloup.

À l’intérieur d’une cathédrale pleine comme la porte de Versailles un jour d’ouverture de salon de l’agriculture, l’évêque d’Orléans a rappelé ton parcours, tes engagements forts, et leur enracinement dans ton enfance à Donnery, jusqu’à ton rôle précoce dans la visite pastorale de l’un de ses prédécesseurs, Mgr Picandet. Et bien sûr, ce tournant dramatique de tes 17 ans, récit qui ouvre ton livre récemment publié, le décès brutal de ton père, qui te force à quitter ta terminale C du lycée Pothier pour entrer dans le monde adulte.

Rappel fort aussi, celui de ton engagement chez les jeunes agriculteurs du comité départemental du Loiret, la fraternité du syndicalisme, le dépassement de soi et la solidarité, l’écoute et la confiance en l’autre, bref tous ces traits saillants de ta personnalité que l’image médiatique et pire, les attaques personnelles grossières qui se déversent sur Internet, n’évoquent jamais. Tous ceux qui t’ont fréquenté savent que, derrière une grande maîtrise, apparaissaient vite ton humanité, ta confiance en l’autre, donnée sans calcul, et ton imperturbable enthousiasme envers les projets d’avenir, l’ambition collective pour le territoire régional, la jeunesse et sa formation, le progrès, la recherche et aussi ta passion pour l’Afrique et l’autre rive de la Méditerranée, indissociable à tes yeux de l’avenir de l’Europe. 

D’autres que moi seront mieux placés et légitimes pour dire tes qualités d’entrepreneur, de syndicaliste, de négociateur des rounds commerciaux européens ou mondiaux. La présence d’ambassadeurs africains, de commissaires européens et de la plupart des dirigeants politiques français d’hier et de demain, de Sarkozy à Macron, en disait plus que de longs discours sur ton importance, ton influence sur la France d’aujourd’hui, toi le patriote sans exclusive, aussi attaché à sa « petite patrie » de l’Orléanais qu’à notre avenir européen, dans l’ouverture et la coopération de tous les peuples.

L’émotion aussi avait toute sa place, avec les prises de parole de ton mentor chez Sofiprotéol (devenu Avril), Jean-Claude Sabin, à l’accent rocailleux du Sud-Ouest, de tes sœurs, de ton beau-frère et de tes enfants. La tristesse allait bien au-delà de la douleur de tes proches, car après Michel Debatisse et Jean-Michel Lemétayer, la France des campagnes perd avec toi un leader qui l’incarnait et la défendait, à un moment si difficile où « Notre agriculture est en danger », comme tu viens de l’écrire. « Ce qu’il faut faire ? » Pour l’agriculture française, tu en as tracé les pistes dans ce testament qui vient d’être publié. Pour l’Orléanais, pour le Centre-Val de Loire qui te doivent tant, les acteurs de la société civile essaieront d’être dignes de ta qualité d’écoute, de dialogue républicain dépourvu de tout sectarisme, d’énergie sans faille dans la défense de l’intérêt général, de l’intérêt public local au service de tous.”

Pierre Allorant

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