Quand Londres invitait l’Europe

La musique rejoint parfois la politique: le concert donné ce jeudi soir à la Scène Nationale par l’ensemble La Rêveuse, intitulé “Londres 1700”, en plus de la découverte d’une musique anglaise du XVIIe siècle peu connue, offrait une belle réflexion sur l’échange et la création musicale.

Photo Marc Roger

Les œuvres interprétées pour ce joli concert proviennent toute d’un répertoire situé historiquement à la suite de la restauration du roi Charles II sur le trône d’Angleterre succédant à l’épisode du régicide et puritain Cromwell. Au retour de son exil à la cour de France où il fut  accueilli par son cousin  Louis XIV, Charles II, qui sera surnommé le “merry monarch”,  va non seulement autoriser à nouveau la pratique musicale publique mais surtout, grand admirateur de la musique de Lully, favoriser la création musicale en Angleterre, ce qui incitera nombre de musiciens européens à venir s’installer à Londres. Cette période d’échanges intenses va révolutionner la musique anglaise tant sur le plan instrumental que sur celui de la composition musicale.

C’est de cette révolution londonienne qu’était donc tiré le programme de ce concert de La Rêveuse avec un ensemble instrumental qui mêlait aux instruments anglais du XVIIe siècle, que furent le grand théorbe et surtout la viole de gambe, un clavecin-orgue et surtout l’arrivée d’Italie du violon qui va finalement profondément modifier les sonorités et la composition des sonates écrites par les musiciens de l’époque. Des anglais bien sûr avec le très connu Henry Purcell, mais aussi un italien, un allemand et un morave (aujourd’hui Tchéquie), pour illustrer ce foisonnement européen londonien.

Et la découverte de ce répertoire, entre deux époques, fut un vrai plaisir tant ce programme interprété avec maestria par l’ensemble La Rêveuse, offrait une musique à la fois vivante et expressive, à la composition parfois un peu déconcertante mais toujours très accessible, et tant pis si certaine mauvaises langues ont dit de Charles II qu’il n’aimait que la musique “dont il peut battre la pulsation avec le pied”, après tout nous aussi !

Une bien belle leçon de musique mais aussi, last but not least, une leçon politique qui nous rappelle que de l’échange nait la création culturelle.

Gérard Poitou

“Londres 1700” par l’Ensemble La Rêveuse

Direction artistique Benjamin Perrot, Florence Bolton
Violons Stéphan Dudermel, Olivier Briand
Viole de gambe Florence Bolton
Théorbe Benjamin Perrot
Clavecin-Orgue Brice Sailly

Œuvres de Purcell, Blow, Pepusch, Draghi, Finger, Croft

Scène Nationale d’Orléans

 

 

 

 

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