Blois : quel commerce demain en centre-ville ?

Les commerces de centres-villes souffrent, ce n’est pas nouveau, mais ce n’est pas non plus la première crise de leur histoire. Plutôt que de baisser les bras et de se jeter dans la Loire, la CCI de Loir-et-Cher a organisé un colloque sur le sujet, lundi 13 mars, pour tenter de dégager quelques idées neuves afin de les redynamiser.

La rue du Commerce à Blois, pendant la période de Noël 2016.

Le colloque sur l’avenir des commerces en centre-ville est né, selon Yvan Saumet président de la CCI 41, « d’un cri d’alarme lancé par les commerçants à Blois, en fin d’année dernière. Il est lié aux travaux, mais pas seulement. Un rapport de l’IGF (Inspection générale des finances, Ndlr) fin octobre 2016 sur la situation est particulièrement alarmant. Nous sommes là pour faire émerger des idées…» .  

“Il coûte de plus en plus cher de vendre de moins en moins”

Autour de la table (ronde, comme il se doit) Pascal Madry, directeur de l’Institut pour la ville et le commerce, qui a brossé sans concession le tableau du commerce de centre-ville des villes moyennes (10.000 à 100.000 habitants) : « Nous arrivons à une fin de cycle brutale. Nous produisons plus de surfaces que nécessaire. Depuis les années 90 la consommation ralentit, et depuis les années 2000 on observe un réel tassement. Pourtant les surfaces augmentent, très rapidement. Pour les distributeurs : l’outil est devenu plus cher, alors que les rendements diminuent. Ce que produit 1 m² de vente diminue d’année en année », constate-t-il. Avant de lancer la phrase qui fait mouche : « Il coûte de plus en plus cher de vendre de moins en moins ». Il fallait s’en douter : ce sont les indépendants toussent en premier, voire qui meurent en premier.

Le taux de commerces vacants, une droite qui augmente régulièrement

Le colloque “quel commerce demain pour nos centres-villes” à la CCI 41 le 13 mars.

Les collectivités type agglomérations observent, impuissantes ou presque, le phénomène et sont coincées entre le marteau et l’enclume : si elles n’attirent pas de grandes enseignes dans des surfaces de plus en plus grandes, c’est l’évasion commerciale vers d’autres villes. Alors elles font tout pour les attirer puis les installent en périphérie, au lieu d’essayer de remplir d’abord les trous dans les limites urbaines raisonnables. L’étalement urbain se fait alors au détriment des centres-villes. Conséquence visible et dégradante : le taux de commerces vacants explose. En 2016 à Blois il est de 11 % ; à Vendôme 7,5 % ; Romorantin : 9 %. Pour ces deux dernières, elles sont légèrement en dessous de la moyenne des villes de même strate. 

Un “manager” du commerce

Pour lutter contre la fatalité, diverses solutions sont testées. À Contres, Jean-Luc Brault, maire au franc-parler légendaire, explique que la municipalité « rachète systématiquement chaque pas-de-porte qui ferme ». Il propose ensuite des loyers très bas aux créateurs ou repreneurs, et si le commerce est viable, au bout d’environ cinq ans le commerçant peut le racheter, loyers déduitsn du prix d’achat. Résultat : « 9 commerces vacants sur 59 au total » seulement. Mais c’est à Contres, 3.000 habitants, et le rachat des pas-de-porte témoigne d’un choix politique qui n’est pas forcément partagé ailleurs… 

À Vierzon (27.000 habitants), le manager du commerce Freddy Toinette ne le cache pas : « c’est une ville qui souffre : il y a 25-30 % de vacance commerciale. Nous travaillons sur trois axes : les espaces publics, la rénovation ou l’entretien de l’habitat privé, le commerce ». La tendance est-elle inversée ? « On est toujours à 29 % de vacance commerciale, en 2016, sur 288 locaux commerciaux 50 sont vides. Aujourd’hui il y a des rues qui ne sont plus commerçantes. Mais sur l’artère principale on a réduit à 9 % les commerces vacants ».

Châteauroux (48.000 habitants) a aussi son manager du commerce : c’est Benjamin Losantos. Il invite les porteurs de projets et créateurs commerciaux au Salon de la Franchise, qui a lieu chaque printemps à Paris. Une vingtaine se sont inscrits en 2016, une quinzaine en 2017. C’est aussi l’occasion d’une « chasse aux enseignes » qui ne sont pas encore présentes à Châteauroux. « Résultat, 850 m² d’ouvertures en plus sur le centre-ville ». Notamment une locomotive : H&M. Le Graal, en quelque sorte.

Être indépendant, ça ne suffit plus

« C’est un état d’esprit, il faut être positif », témoigne Christophe Galland, commerçant à Amboise, et président de la fédération départementale des Unions commerciales d’Indre-et-Loire. « C’est aussi une prise de conscience : à l’heure d’Internet, n’ouvrir que de 10h à midi et de 15h à 19h, c’est plus possible. C’est pénalisant pour les autres commerçants en plus ! » argumente-t-il. Alors il a pris son bâton de pèlerin pour tenter de convaincre les commerçants d’adhérer à son association. De 9 commerçants amboisiens ils sont désormais 105. « Alors ils nous disent : mais nous on est des indépendants ! Mais ça ce n’est plus possible de raisonner comme ça ! ». Pour preuve : même le propriétaire du château en fait partie.

Avoir une vitrine ne suffit plus

À Blois, place Avé-Maria. Un commerce vacant depuis 2013.

Pour conclure, il faut donc « réinventer le centre-ville », selon Pascal Madry : « Le centre-ville est au centre du territoire mais il n’est plus au cœur de nos modes de vie ». Comment « travailler le client » dans ces conditions-là ? Il pointe trois contraintes qui continuent de disperser les clients à l’extérieur : « 1/3 des Français vivent dans des villes-centres. 1/3 dans la première couronne. 1/3 dans le périurbain. La reconquête des centres-villes passe aussi par ces questions d’urbanisme », l’étalement urbain se révélant nocif pour le commerce de centre-ville. Autre contrainte : d’ici 2030 beaucoup de Français vont vieillir, et modifier leurs habitudes. « C’est une prime à la proximité, petits déplacements, petites quantités : pour une France qui vieillit, modeste et âgée ». Là encore, il faudra s’adapter.
Quand au e-commerce, c’est une évidence : « La vitrine pour détourner un flux : ça ne suffit pas. Être commerçant c’est savoir aussi gérer tous les autres médias, les réseaux sociaux ; savoir parler au client à distance ». En clair : investir le champ des sites Internet qui ont, eux, pignon sur rue. 

Même si le principal concurrent aux achats est aujourd’hui… le coût du logement et des transports. « On est plus riche qu’au début des années 70, mais on ne dépense plus notre argent comme avant ». Ce n’est peut-être pas demain qu’on résoudra la quadrature du cercle…

F.Sabourin.

Originally posted 2017-03-13 20:00:25. Republished by Blog Post Promoter

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