Elections 2017

L’encombrante donation Cligman

L’annonce vendredi de la fin des expositions du Jeu de Paume au château de Tours dès cet été (pour cause de travaux nécessaires à l’accueil de la donation Cligman en ce lieu) a suscité beaucoup de réactions. Nombre d’acteurs culturels se sont ainsi étonnés ou opposés à cette décision, une page Facebook regroupant plusieurs centaines de membres a également vu le jour, tout comme une pétition ayant rassemblé plus de 1250 signatures en 48 heures. Ce lundi, le sujet devrait être abordé également lors du Conseil Municipal de Tours

« Déshabiller Paul pour habiller Jacques »

Le château de Tours (c) Ville de Tours

L’éviction du Jeu de Paume du château de Tours pour laisser place à la donation Cligman, suscite ainsi beaucoup de réactions et soulève également plusieurs questions.

Cette donation faite à l’Etat en vue d’une installation au Musée des Beaux-Arts de Tours, généreuse au premier abord (1 200 œuvres estimées dans un premier temps autour de 20 millions d’euros), se révèle être finalement bien encombrante pour la Mairie de Tours qui se retrouve coincée dans une affaire qui apparaissait pourtant simple au départ. Oui mais recevoir une donation de cette ampleur, avec les demandes précises du donateur qui vont avec, entraînent parfois de nombreuses difficultés pour des collectivités.

Le souhait du donateur de voir sa collection au Musée des Beaux-Arts ne devait être qu’une formalité, ce dernier finançant lui-même les travaux nécessaires à la construction d’une extension du musée. C’était sans compter sur la Commission Nationale de Sauvegarde du Patrimoine qui y mit son veto, le musée et le jardin des Beaux-Arts étant classé à plusieurs titres. Dès lors, il fallait aller vite pour la Mairie de Tours, Léon Cligman, âgé de 96 ans, ayant émis le souhait de voir sa donation installée de son vivant.

Dès décembre, plusieurs sites furent ainsi montrés et proposés à Léon Cligman qui arrêta son choix sur le château de Tours. Si on comprend la sortie honorable que cela constituait, on peut s’étonner ici du choix laissé au donateur de sélectionner lui-même le patrimoine public qu’il estime digne pour sa collection, d’autant plus qu’à l’heure actuelle, on ne connaît toujours pas la qualité des œuvres muséables de celle-ci.

Fallait-il dès lors « déshabiller Paul pour habiller Jacques »  et « sacrifier » le Jeu de Paume, aussi gratifiant soit le geste de Léon Cligman pour la ville de Tours ? On peut légitimement se poser la question. En effet, alors que la politique du rayonnement de la ville est érigée en sacerdoce par la municipalité, on peut logiquement s’interroger sur cette décision d’arrêter si précipitamment les expositions du Jeu de Paume au château de Tours, alors que ces dernières ont fait leurs preuves et ont permis à Tours d’être nommée de multiples fois dans la presse nationale voire internationale et que celles-ci attiraient de nombreux visiteurs. En sera-t-il autant du futur département d’art moderne ? Rien n’est moins sûr…

Le Jeu de Paume vers l’hôtel Gouin ?

Si le maire de Tours s’est voulu rassurant vendredi en conférence de presse, affirmant qu’il avait « la volonté de continuer à travailler avec le Jeu de Paume », l’avenir des expositions de l’institution parisienne, qui avait fait de Tours un véritable satellite et une vitrine, avec des expositions parfois inédites, se pose. Il paraît aujourd’hui difficile d’imaginer un retour au château de Tours une fois les travaux terminés (réouverture prévue au printemps 2019). La donation Cligman devrait prendre deux étages du château pour les collections permanentes, tandis que les deux autres seraient consacrés à des expositions temporaires. Appelé à devenir un « département d’art moderne du Musée des Beaux-Arts» pour reprendre les propos de Serge Babary, on voit en effet mal les expositions du Jeu de Paume partager l’espace restant du château de Tours.

Le maire de Tours chercherait donc un lieu de repli satisfaisant pour le Jeu de Paume, sa direction ayant déjà par ailleurs refusé le Logis des Gouverneurs, jugé inadapté. Or, peu de lieux ayant la capacité d’accueillir des expositions de l’ampleur de celles du Jeu de Paume semblent disponibles. Selon une source proche du dossier, le salut pourrait venir d’un accord avec le Conseil Départemental, propriétaire de l’Hôtel Gouin. Ce site, au cachet certain et adapté par sa taille à ces expositions, serait une belle compensation pour le Jeu de Paume. Si ce choix devait se faire, cela permettrait par ailleurs de créer un véritable pôle d’art contemporain avec le CCC OD voisin.

Reste à savoir si le Conseil Départemental qui a conduit et financé la restauration de l’ancien hôtel particulier serait prêt à accueillir le Jeu de Paume. En effet, si pendant longtemps le département a peiné pour donner une identité à ce lieu, semblant ne pas trop savoir quoi en faire, depuis sa réouverture complète l’an passé, les intentions ont apparemment changé.

Il commence en effet à se dessiner une ligne directrice et une visibilité pour ce bâtiment Renaissance et plusieurs expositions sont d’ors et déjà prévues. Citons actuellement celle d’André Bauchant, puis celles de Philippe Lucchese et de Michel Audiard d’ici septembre. Une volonté caractérisée également par l’installation d’une œuvre de Calder dans la cour (pour une durée d’un an).

L’Hôtel Gouin (c) 37°

Quoiqu’il en soit, la décision pourrait arriver rapidement. En effet, la Mairie de Tours sait qu’elle doit trouver une solution rapidement si elle veut garder le Jeu de Paume à Tours. Rappelons que la convention qui lie la ville au Jeu de Paume court jusqu’à fin 2018, soit trois expositions.

Pour la prochaine, le Jeu de Paume a déjà trouvé une solution loin de la Touraine puisque c’est la ville d’Arles et ses rencontres photographiques qui en bénéficiera. L’incertitude demeure pour les deux dernières, mais aussi pour la suite. Aujourd’hui déçue d’être poussée hors des murs du château de Tours, la direction de Jeu de Paume pourrait en effet être tentée d’aller voir ailleurs…

Mathieu Giua

http://www.37degres-mag.fr/

Relire également : La donation Cligman pousse le Jeu de Paume hors du Château de Tours 

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

  1. Bonjour, il circule des bruits de couloirs comme quoi les CCI pourrez libérer des salles, afin d’exposer les oeuvres d’Art photographiques, du Jeux de Paume ! qu’en est’il ?. Les collections du couple Cligman irait au Musée de l’Hôtel Guoin, se serait bien mieux qu’au château de Tours ?, mais qu’elle est le verdict de l’ICCOM sur la valeur et la traçabilité réelles de ses oeuvres “exceptionnelles” ? certains parlent aussi d’objets archéologiques romaines numides, prés-hispaniques et Incas ! qu’en est’il ?.
    La Société archéologique de Touraine, présidait par un Commissaire-priseur, les bureaux associatif iraient s’installer, au Logis des Gouverneurs (là ou était installé l’ancienne Direction du Centre National d’Archéologie Urbaine ? et l’ancien Laboratoire dirigé par M.Uzzi de Restauration en Céramologie-numismatie du Lat du CNRS de Tours ?) et les collections de Livres de la Sat, s’exposeraient dans un bâtiments jouxtant l’église Saint-Julien, qu’en est’il ?.

    Cela veut dire que la Capitale historique ligérienne, n’a plus de Musée archéologique car celui-ci, ce trouvait dans l’Hôtel Guoin et, fermé depuis 2008 !. Tours, avait réalisée en 2006, sous l’égide du Laboratoire Archéologie et Territoire du CNRS, de l’Inrap et, de l’ancienne municipalité, une superbe exposition moderne et non permanente au Château de Tours, (les Thermes romaines princières, ouvertes sur la Loire et, accolés au château de Tours n’étaient pas encore, recouvertes de terre végétale !), l’exposition Scientifique fût intitulé “Tours Antique et Médiéval :40 d’Archéologie urbaine: le passé archéologique de notre ville et sous nos pieds” , était Géniale, attirant beaucoup de locaux, de touristes, de scolaires et d’étudiants ! les lieux s’y prêtant à merveilles (Château médiéval, véstiges de l’ancien pont romain doté d’une noria hydrolique sous le pont Wilson, la Cathédrale Saint-Gatien et ses vestiges romains en sous-sol, le Jardin Archiépiscopal du MB-A, les Maisons à pans de bois, les anciens remparts du castrum, ses poternes et tours d’angle, la tour romaine de Cupidon,…) et surtout, l’unique amphithéâtre romain de la Ville de style augustéen et considérablement agrandit par l’Empereur de Rome, Hadrien, alors de passage en 21 ap J-C ! ce n’est pas rien, le Musée d’Arles Antiques de renommée mondiale dans ce domaine, le présente brièvement sur la CAG, comme étant le 5ième plus vaste amphithéâtre, de tout l’Empire romain d’Occident ! comparable de style à celui de Pompéi !: des galeries et vomitoria…auraient put être ouverts au publics, sécurisés et aménagées, scénographiés, son Histoire racontées (I s ap J-C/VI s ap J-C) des Municipalités comme celles de Naples en Italie, ont pu valoriser leurs parties de galeries souterraines de leurs amphithéâtre romain (celui-ci passe aussi sous des propriétés privées et napolitaines !!) cette Ville et les Archéologues italiens l’ont fait avec respects et Volontés de le faire et bien : de nos jours depuis 2005, les touristes et locaux affluent en masse, les napolitains et la Municipalité, l’Etat italien en sont très fiers ! les Maires de Tours successifs, ont toujours voulus le cacher, le masquer, voir le détruire comme avec le 1ier projet Cligman, au lieu de Respecter ce Monument Antique unique en Touraine, ou l’Histoire de l’Evêque Saint-Martin, ancien officier de cavalerie et de légion romaines l’eut connu, ou l’âme des Martyrs des premiers chrétiens et du Trophisme hantent toujours les lieux, ou la gladiature et volontés des Empereurs et sénateurs romains s’exercèrent: la Région Centre, ne pourrait’elle pas voir avec l’UNESCO, la Municipalité, les Services archéologiques et géologues, les propriétaires privées concernées, voir comment et quelles parties de ce Monument, pour l’ouvrir aux publics et touristes ! comme Naples, la réalisée ?

    Tours, n’a plus de Musée archéologiques, ou les Antiques objets sont exposées ? n’a quasi plus de vestiges à présenter (tout est cachés, enfouis, masqués, voir cassés !) est-ce bien normale et respectueux de notre Histoire commune et universelle: des Professeurs en Archéologie turones étaient pour le Valorisation de l’Amphithéâtre de César à Tours; Henri Galinier (UMR-Inrap), Jacques Seignes (CNRS-Université), Chimier (Inrap), André Voisin (Enseignant-Chercheur et Historien de la Sat)…et, de très nombreux tourangeaux !

    Un Musée Régional d’Archéologie Antique, à l’image de ce qu’est le Musée départemental d’Arles Antique, n’est ce pas nécessaire ? histoire aussi, de pouvoir exposer dignement les nombreux objets princiers provenant de sites archéologiques de la Région (torques en or de Civray en Tne, statues d’Amboise, restes de chars de Sublaine, casques romains d’Esvre…) et, qui furent acquis et sont exposés au Musée nationale d’archéologie à Saint-Germain en Laye en RP !

    A une époque ou les gens se replie sur eux, ou la société semble en perdition, ou beaucoup de personnes manquent de repère, ou des Pans entier de notre Histoire et Géographie, celle de nos Institutions de notre République ne sont plus guère enseignés…: n’est ce pas nécessaire, là aussi !

    Souhaitant avis,

    Ligeriennement

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Code de sécurité *




Recevez chaque jour les nouveaux articles par e-mail

Votre e-mail ne sera communiqué à aucun tiers et servira uniquement à vous envoyer les titres chaque jour par e-mail