Blois : Inépuisable Schubert…

Pierre Morabia

Jeudi 9 mars dernier, comme il le fait quasiment chaque saison, Pierre Morabia a consacré un de ses concerts-découvertes au « petit Schubert », ainsi qualifié non sans malice par William Sheller.

Ce soir-là, nous entendrons les Six Moments musicaux D 780, op.94, artificiellement réunis en 1827, bien que les N° 3 et 6 soient plus anciens (1823). La première édition porte le titre souvent maintenu à l’étranger de Moments musicaux. L’ensemble peut faire figure de cycle très acceptable. Le N°1 commence par un limpide Moderato en ut majeur, mais, comme à son habitude, le compositeur a vite fait d’égarer l’auditeur dans d’invraisemblables modulations… Le N° 2 en mi bémol maj. Andantino présente un section médiane colorée de souvenirs hongrois. Le N° 3, de loin le plus célèbre, est un très bref Allegro moderato en fa mineur, lui aussi proche par l’esprit de la musique hongroise. N’oublions pas que Schubert passa de longues périodes en Hongrie, occupé à enseigner le piano aux Princesses Esterhazy, ce qui explique en partie l’abondance de sa production pour piano à quatre mains. Il se dit même qu’il exista entre le compositeur et  l’une des Princesses de tendres sentiments, mais, bien entendu, les différences d’âge et de niveau social interdisaient tout projet… Dans l’édition de 1823, cette pièce portait le titre d’Air russe !   

Au plus court et au plus léger, succède le N° 4, le plus long et le plus développé, un Moderato en ut dièse mineur dans lequel tous les commentateurs ont cru reconnaître l’influence des Préludes de Bach dans le débit des doubles croches liées. Violentes oppositions entre un murmure purement romantique alternant avec des rythmes de danses sombres et farouches, jusqu’à une fin qui s’éclaire du souvenir fugitif des instants heureux. Le 5e Moment musical Allegro vivace en fa mineur est un bref scherzo dont l’atmosphère passionnée s’éclaircit graduellement jusqu’à une conclusion pleine de contrastes animés et imprévus. Le N° 6 Allegretto en mi bémol majeur est un joyau d’un tendre charme viennois allié à un incomparable raffinement harmonique qui évoque « la douce volupté des larmes ».    

Pierre Morabia bénéficie ce soir d’une remarquable avancée technique, qui lui permet de s’exprimer sans avoir à lâcher le piano à chaque instant pour se tourner vers le micro. Progrès également apprécié de l’auditoire. Il émaille son propos de quelques termes savants, mais pas trop, pour que le musicien informé y trouve son compte sans que l’auditeur qui vient pour la première fois se sente perdu pour autant. Très bon équilibre, donc, et manière bien rodée. On se prend à rêver que certains élèves du Conservatoire de Marseille ont bien de  la chance de bénéficier de l’enseignement d’un tel maître. 

Roger Bouchard.

Consacré à Maurice Ravel, le dernier concert-découverte de la saison sera donné le 6 avril prochain au Conservatoire à rayonnement départemental (rue Franciade à Blois) dans les conditions habituelles.

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